‹ Les couteaux d'or [microforme]Chapitre 20 sur 22 · UE · texte numérisé non relu

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Villiers esquiva ma vengeance, Towah me dit un soir: “Maître, ceci est le dernier appareil: j'ai fait comme mon père, qui faisait comme ses aïeux. Demain vous aurez le front libre, et vos Yeux verront la piste de votre enneini !” :

“Je ne le croyais pas, et pobrtant ce fut une nuit de fièvre.

“Je pensai à vous, Carmel. L'idée de revoir Ellen amollissait mon coeur.

“J’entendais Towah qui chantait dans la chambre voisine, et je me disais : Pourquoi ai-je placé une lueur d’espoir sur la superstitieuse folie de cet homme ?

“ Le lendemain l'appareil tomba ; le bandeau de feuil. les qui entourait mon front et descendait jusqu’à mes lèvres se déchira.

“Je poussai un grand cri, tandis que Towah gambadait autour de moi comme un furieux.

“Je voyais!

“Je m’approchai d’une glace; aucune cicatrice ne restait sur mon visage.

“Je m’agenouillai pour remercier Dieu, qui seul fait des miracles.

“Towah m’apporta ma carabine et me dit: “Traversons la mer; mes pieds nus ont froid.”

“Faut ! vous dire, Carmel, ce que j’éprouvai en revoyant Ellen? Je l’avais laissée pleine de jeunesse et de vie, je revoyais un fantôme.

“Ce fut elle qui me parla d'Hélène.

“Qu'il ne soit pas son époux !”” me dit-elle.

“Je lui répondis: Je pars.

“Elle prit ma main entre ses Pauvres mains pâles et froides et murmura : |

“Albert, pardonnez-moi !”

“ Puis ses larmes coulèrent.

“ Jurez-moi, acheva-t-elle,—ceci est ma suprême prière...—jurez-moi que vous ne lui ôterez pas la vie...

—Tant qu’il pourra réparer sa faute, répondis-je, je le jure! ù

“J’ai écrit à Hélène, me dit-elle encore; Hélène ne m'a pas répondu.” :

“ J'ai eu depuis que le valet de confiance des Boistrudan avait été acheté par le vicomte.

“Auprès d’Ellen, dans un berceau blanc, était un bel ange aux yeux bleus, que son sein tari avait cédé à une nourrice étrangère.

“Ta partis le lendemain avec Towah.

‘ja trois mc's que j'ai quitté PAmérique; il ya trois jours’ que je suis en France.

“J'ai revu mon beau pays de Hongrie dans l’intervalle : les temps ont changé; M. de Metternich n’est plus à Vienne. Le jeune empereur m’a rendu mes titres et mes biens...

—Et vous êtes venu en France tout exprès pour vous rencontrer avec Henri de Villiers? interrompit la duchesse, É

—Je suis venu en France, répondit le comte: Albert, pour voir la femme qui ressemble à Ellen.

— Vous sentez-vous capable de l’aimer ?

—Je laimef

T1 y eut un silence, pendant lequel la duchesse de Rivas resta toute rêveuse.

—Moi, dit-elle, tandis qu’une nuance de pâleur venait à ses joues, je quittai San Felipe le lendemain de votre départ. Nous avons des parents dans le sud. La soeur de ma mère me donna l'hospitalité à Durango; le marquis de Concha était dans la ville, où il se reposait de ses courses dans la Sonora. Il apprit la mort du duc de Rivas, son père, et demanda ma main. Je n’avais rien oublié alors, je lui dit tout ; il me baisa la main en m’appelant duchesse. Nous étions mariés trois semaines après et nous partions pour Rio de Janeiro, où l’empereur offrit au nouvéau due l’ambassade de France.

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—Eies-vous heureuse, Carmel ? demanda le comte.

—Je serai heureuse, répondit-elle,

Puis, jetant un coup d’oeil à la magnifique peniule, don! les (râces de Manova portaient Le cadran su: !curs têtes. :

:—Le temps passe, reprit-elle ; Isabelle était hier chez la marquise ; je vous ai deviné au récit qu’elle m’a fait.

epuis hier je veille sur vous. .… le général O’Brien courait risque de la vie en rentrant ici; le général est mon prisonnier et galope à l'heure qu’il est sur la route d’Allemagne.. .

“ Vous savez, s’interrompit-elle en souriant, nous autres Espagnoles, nous sommes pour les grands moyens. Il devait vous tenir deux berlines toutes prêtes avenue Gabrielle : les berlines y sont: qu’en voulez-vous faire ?

—M'en servir pour éviter les assassins apostés au devant de votre hôtel.

—Ah!... fit Carmel, vous avez reçu mes lettres... Pourquoi êtes-vous venu ? \

—Parce que toute cette histoire doit avoir son dénoûment à la pointe du jour qui va naître... Je le veux! ” —Soit... Vous aviez besoin du secrétaire de M. le duc? =

—Seulement pour gagner les Champs-Elysées.

—Et quel devait être le rôle d’0’Brien ?

—11 devait m’apporter un costume de rechange...

On frappa doucement à la porte du boudoir.

—M. Jean ! cria Suzanne d’un ton d’ironie à travers la serrure.

—Qu’il en.re! ordonna la duchesse,

Jean venait dire que le fameux landau était parti avec les deux dominos, le cocher de contrebande et le valet de pied apocryphe.

—Tiens, petit Jean, s’écria la duchesse, veux-tu être Pintendant d’un grand seigneur ?

Puis, sans attendre sa réponse :

*—Comte, reprit-elle, celui-ci n’est pas un domestique ; vous l’emmènerez en Hongrie pour l’amour de moi.

—Enfant, tu ne me quitteras jamais, dit Rosen ; soit prêt à partir ce soir.

—Quitter ma mère! murmura Jean, qui avait déjà les larmes aux yeux.

—Ma maison est grande, nous emmènerons ta mère.

—Mes frères... mes soeurs...

—Tes frères et tes soeurs, quel qu’en soit le nombre... et, sur mon honneur, vous serez une heureuse famille!

—Va, petit Jean, conclu. la duchesse, et fais comme on te dit !”

Avant de. s'éloigner l'enfant ajouta: :

—C’était l’homme de Montmartre qui était sur le siège. "

— Elle a eu le front de faire entrer le page pendant que l’autre était là! chuchottait à la porte Mme Dalmas.

—Ah! ma chère! riposta Suzanne, elle nous a fait voir le tour!... ce n’est pas une débuttante!

Carmel et Albert, restés seuls, eurent tous deux la même pensée. °

Quelle manoeuvre nouvelle se cachait derrière le départ du landau? |

Pourquoi éloigner cette machine de guerre au moment même où l’assaut allait se livrer ?

—’ai promis à M. de Villiers, dit Albert, de lui montrer ici même le comte Albert de Rosen. Je veux tenir ma parole... mais comme je sais le vicomte capable Ge tout, je veux user de mon avantage et me garer au moins du fer de ses assassins... Il ne me verra que sur le terruin.

—Vous battre contre cet homme, vous! s’écria Carmel.

—-Le forcer à réparer sa faute!

—Mais vous avez promis de ne pas le tuer...

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