FRS
joue le gentilhomme français et son valet contre di onces |”
Les Golden-daggers, qui nous entouraient, se miren à rire.
Le Gallois nous regarda en dessous pour voir ei no poches pouvaient valoir dix onces d’or.
Il fut satisfait de l’examen, sans doute, car il se rassi et mit sur la couverture dix onces d’or, pesées dans |: balance.
La partie commença. J'avais croisé mes bras sur m: poitrine et je suivais les coups en tâchant de garde mon calme.
Le Gallois gagna.
Saunders, le sergent, brisa le trictrac d’un coup dk poing et ‘il:
“ Puissestu mourir comme un chien, Gallois mau dit! paye-toi l”
Nick vint à moi, sans façon, pour fourrer ses main: dans mes poches. Je le tins à distance de la main gau: che; de la droite, je pris un pistolet à ma ceinture. Nick était. armé. :
“Ah! chien! dit-il, tu ne veux pas payer les dettes di sergent Saunders!...”
Je n’attendis pas. Au moment où il levait son pis tolet, le Gallois Nick tomba au pied de son sergent, la tête fracassée par ma balle. :
Aussitôt vingt carabines furent braquées sur ma poitrine.
Benoît fit le signe de là croix pour la première fois depuis longtemps.
Le sergent Saunders regarda Nick renversé, puis il tint son regard fixé sur moi.
“La paix, vous autres Idit-il; qu’auriez-vous fai à la place du Français ?”
Quelques carabines reposèrent leurs crosses dans la
tre dix mirent r ei nos
e rassit dans ia
sur ma garder oup de 8 mau- > Mains in gaue. Nick ttes du
on pisent, la
na poire fois puis il faï à lans la
neige, mais trois ou quatre entêtés continuèrent de me tenir en joue.
“Nick portait le couteau d’or! murmuraient-ils sl mort de Nick doit être vengée!
—La paix, vous dis-je” répéta Saunders.
Il prit le sac de poudre d’or, pendu à ja ceinture de Nick et le mit dans la balance.
“Cent trenteinq onces! fit-il; c’était un voleur... c'était un Gallois! ... il trompait au jeu... bas les carabines ! =
—Mon officier, dis-je en armant mon scéond pistolet, lequel de ces drôles voulez-vous que j’envoie chez Satan ?”
Il sourit parce que je l'avais appelé officier.
“Voulez-vous prendre le couteau d’or de Nick ?” me demanda-t-il.
—Pourquoi non ?” répondis-je sans hésiter.
Saunders mit le sac du Gallois à sa ceinture.
“ Adjugé ! fit-il, vous êtes des nôtres... On vous lira le rituel ce soir... à la soupe : ‘
Ici, M. le vicomte Henri de Villiers exhiba de nouveau son coutelas à manche de corne noire et à lame dorée.
Benoît fut chargé de fouiller dans la poche du mort. J’eus l’honneur insigne de souper côte à côte avec le sergent Saunders, et, quelques jours après, mon domestique et moi nous faussâmes compagnie aux Goldendaggers pour nous diriger vers les placers du Rio del Sacramento.”
Le vicomte se tut et prit un siège.
Un silence se fit dans le boudoir de la marquise.
La fin de l’histoire, pour employer un mot de théâtre, ratait complètement son effet.
I] y avait pour cela plusieurs raisons: d’abord, ce n’était pas un dénouement; en second lieu, le meurtre du Gallois manquait de ces excuses tirées de la passion qui
font tout pardonner. Avec quelques mots de plus une mise en scène un peu moins terne, M. le vicon de Villiers eût fait trépigner son auditoire.
. Ces dames étaient tentées de plaindre le pauvre G: lois.
Nous l'avons dit, le vicomte était préoccupé: ee pour cela qu’il avait nc:ligé sa mise en scène, Si qu qu’un avait eu intérêt à scruter, en ce moment, sa con cience, peut-être ce quelqu’un-là eût-il trouvé un cor mencement de lumière dans les dernières paroles du » comte qui dit en se rasseyant et très-négligemment :
“Avez-vous oui parler de cela, monsieur Leslie? |
—Oui,” répondit George.
Chose singulière, cette laconique réponse impressios na le cercle plus vivement que le récit lui-même. J ne sais quel vent romanesque souffle parmi ceux qui sor rassemblés pour écouter des histoires. Sans que pe: sonne se fût consulté avec son voisin, chacun eut com me une vague saveur de drame dans Pesprit.
Le prologue mystérieux s'était joué là-bas au delà d la mer; la mystérieuse action se poursuivait-elle ici, a grand jour de la civilisation parisienne ?
La marquise seule était contente, la fanatique mar quise! .
“ Remerciez donc M. le vicomte, mesdames! s’écria-t elle, indignée de la froideur de son cercle; voilà ce qu: j'appelle des aventures saisissantes !. Mais permettez moi une question, mon cousin... Vous ne nous avez pa: dit pourquoi ces coquins s'appellent les Couteaux d’or. .
—Je lignore absolument, ma cousine. . J’ai peine à croire qu’il y ait un motif à cette appellation bizarre...
—Vous vous trompez, monsieur le vicomte, dit George Leslie; cette appellation bizarre a une cause.
—Vous la connaissez ?
—Je la connais.
—Monsieur” George Leslie, dit Henri, je crois être
> plus et ) vicomte
ivre Gal-
pé: e’est Si quelsa consun com- >s du vi- 1ent :
slie? .
dressionme, Je qui sont jue perut com-
delà de > ici, au
le mar-
'écria-tce que mettezvez pas d’or...
i peine zarre...
t Geor-
is être
l'interprète du désir de ces dames en vous priant de nous renseigner à cet égerd.
—{Certainement! certainement, s’écria la marquise qui se tourna aussitôt vers George.
“Que ne disiez-vous, ajouta-t-lle avec reproche en s'adressant au général, que votre protégé savaii des histoires ? ;
—Peut-être ne me les at-il jamais contées, belle dame, répliqua le vieillard.
George rougit, comme toujours, quand il voyait un cercle de regards fixés sur le sien.
Mais il domina bien vite ce trouble et commença d’un ton simple et précis:
“Dans la montagne neigeuse on raconte ainsi la légende du Golden-dagger :
Vers la fin du siècle dernier, il y avait, à la place où est maintenant le campement du major et de ses comp4gnons, un village d’Indiens Panies. Leurs pères avaient été rejetés au delà des Cordillières par les pionniers anglais. Ils étaient nombreux. Leurs troupeaux passaient des deux côtés de la montagne, et leurs pêches s’étendaient jusqu’au Colorado.
Leur chef était un grand guerrier qui avait nom Aganiz.
La Nouvelle-Navarre avait alors pour vice-roi le due de Médina-Sidonia.
Les Panies Blancs (nos Indiens s’appelaient ainsi) gardaient sa frontière contre les incursions des Anglais et même des autres Indiens. Ils le nommaient leur père. Aganiz avait été fumer le calumet de paix dans la ville de San-Diégo où était le palais du vice-roi.
Un jour les soldats de la Nouvelle-Navarre vinrent chasser les chevaux des Panies. Deux députés furent envoyés au vice-roi pour demander jusiice...
Ces Panies-Blanes étaient une race hautaine ; les dé-
mn bé
putés parlèrent trop fièrement, Le vice-roi, nffengé, fit battre de verges.
Quand on apprit cela dans la montagne, iz allumer un feu au sommet de ce mont qu’on appe maintenant le Golden-dagger.
La nuit suivante, deux cent Panies étaient réunis tour des cendres de ce feu.
On tint conseil. La mort du vice-roi fut résolue, le sort désigna Aganiz lui-même pour exécuter « arrêt.
Aganiz prit son tomahak et le jeta dans le torrent
“ C’est lui qui m’avait donné mon tomahak,” dit-
I] brisa son arc sur son genou et poussa son carquc dans le feu.
“C’est lui qui m’avait donné mes flèches et mon arc dit-il encore.
1 fit un trou dans le sol et y enfouit son coutelas, d sant enfin:
“ Cest-lui qui m'avait donné mon coutelas!,.,. Ave quoi voulez-vous que je tue mon père ?”
Les Sachems répondirent :
“I1 faut que notre père meure ! nous voulons sa che velure.”
Aganiz enterra son calumet auprès de son coutelas € il pleura.
“C’est lui qui m’avait donné mon caluïnet,” dit-il.
Il prit tous les grains d’or qu’il avait amassés pou: acheter de l’eau de feu et descendit dans la plaine.
Il marcha jusqu’à ce qu’il eût trouvé un village espa gnol. I] dit au forgeron:
“ Faïis-moi un couteau-d’or.”
Avec ce couteau d’or, il tua le vice-roi et prit sa che. velure.
Les Espagnols donnèrent aux Pawnies ou Panies à qui on fit désormais la chasse comme à un troupeau de
ffensé, les
\ganiz fit n appelle
éunis au-
ésolue, et ‘uter cet
torrent.
3” dit-il.
carquois on arc,”
lelas, di-
.. Avec
sa cheitelas et dit-il, és pour ine,
Je espa-
sa che-
inies à eau de
bêtes fauves, le nom de Cuchillos de oro. Les Panies sen parèrent eux-mêmes avec orrueil.
C’est ce nom que les Américains ont traduit par celui de Golden-daggers.
En 1846, peu de temps après que le Mexique eut cédé la Californie, sept conwicts, échappés de Botany-Bay, traversèrent l’océan Pacifique sur une frèle barque et vinrent prendre terre sur les côtes de l’Orégon.
C’étaient des hommes intrépides.
Ils firent noyau dans le pays et descendirent peu à peu vers le sud.
Il y avait grand débat entre les débris de la peuplade Panie, réduits à une vingtaine de guerriers, et un groupe d’aventuriers ténesséens qui avaient découvert un gisement d’or considérable, au flanc du Golden-dagger. Les convicts aidèrent les couteaux d’or à chasser les té nesséens ; puis ils firent table rase des Couteaux d’or.
Le massacre eut lieu la nuit.
Un seul Panie parvint à s'échapper et se soumit aux vainqueurs.
C’est celui-là dont M. le vicomte a parlé à ces dames; cette figure rouge et tatouée, dont les yeux flamboyaient dans la nuit du bosquet de pins. Il s’appelle Towah; c’est le serviteur particulier 4u mayor. :
La bande victorieuse prit le campement et le nom de Couteaux d’or...
—C’est très-curieux, cela, dit le vicomte Henri; quand je pense que je possède peut-être le couteau d’or qui a scalpé Médina-Sidonia !
— Non, repartit George Leslie, le mayor possède ce couteau ; et il ne vous l’eût pas laissé prendre.”
On disait dans ile cercle :
“Nous revenons au temps de Mille et une Nuits!... c’est au XIXe siècle que ces choses-là se passent !”?
Le général O’Brien se pencha à l’oreille de la marquise et lui dit quelques mots à voix basse.
“ Vraiment ! s’écria la bonne dame, à la bouche d l’eau venait,
—Îl est fort timide dans le monde,” reprit le gén
La marquise se leva et courut à George :
“ Monsieur, dit-elle, vos aventures si curieuses,
—Je n’ai pas eu d’aventures, madame, interro: George, que l'attention générale troublait visiblemer
—Vous ne voulez pas nous raconter un de ces dra merveilleux auxquels vous avez assisté
George jeta au général un regard de reproche, vieux général souriait.
“Allons, Leslie, dit-il, exécutez-vous !
—Mesdames, reprenait la marquise, venez à mon cours.”
George était désormais le centre du cercle, Vi jolies bouches Ii souriaient. Ses yeux se baissèr après avoir vainement cherché ceux d'Hélène, qui 8 bit rêver,
“Je ne sais qu’une histoire, dit-il enfin; c’est ce de cet homme que M. de Villiers vit pascer sur un br: card, la tête enveloppée d’un lambeau de soie...
—Le prisonnier des Vecinos! s’écria-t-on de tou: parts.
—Le chef des Golden-daggers ! ajouta Henri, ‘ vuvrait George d’un regard fixe et inquiet.
—Dites! dites! fit le cercle tout entier.
—Soit, répliqua George Leslie, dont la voix devi: plus grave; le récit de M. le vicomte a donné d’avan au mien comme un reflet d'intérêt... Je vais vous r conter les aventures du jeune comte Aïbert de Rosen, mayor des Couteaux de la montagne.”
uche de qui le général.
euses, nterrompi!
blement, ces drame:
roche, Le
à mon ge-
e. Vingt baissèrent qui sem-
cest celle un bran-
de toutes nri, qui x devint d'avance
vous ratosen, le
Le comte Albert de Rosen, dit George après s’être reueilli un instant, est le descendant d’une grande famille
agyare; son père, le général Karoly, fut fait comte e Rosen par l’empereur Joseph. Avant d’être comte, aroly était presque roi, puisqui’l gouvernait, en qualité e ban héréditaire de Kaposvar, tout le pays situé auour du lac Baranton, jusque par delà les immenses foêts de Baccon.
Ce fut pour l’amoindrir que l’empereur Joseph le fit
omte.
Dans ces montagnes de l’Amérique occidentale où j'ai rencontré, j’ai vu I jeune comte Albert pleurer du sang en songeant que son épée manquait aux défenseurs de la Hongrie. .
“Il est jeune ? interrompit la marquise. .
—Pas encore vingt-cinq ans, réponait George.
— Est-il beau ?”
George Leslie eut un sourire.
“ Entre hommes, répliqua4-il, on ne se juge pas bien sous ce rapport... J’ai entendu des femmes admirer le comte Albert... Je sais qu’il est grand de taille, robuste, infatigable, et qu’il n’y a pas un homme au monde qui puisse se vanter de l’avoir vu trembler devant le péril.
—Jeune, beau, noble, vaillant! dit la marquise en s’arrangeant dans son fauteuil pour ne pas bouger de longtemps ; voilà un vrai héros de roman, mesdames. . écoutons ! écoutons !
—Pour ma part, ajouta Henri de Villiers, qui s’était
— er
rapproché, je ne saurais dire combien je suis aise de c naître la vie de ce curieux Personnage... M’est-il per:
‘ de demander à M. George Leslie s’i} l’a fréquenté pa culièrement ? :
—Assez, répliqua George.
—Ecoutons, écoutons, répéta la marquise, ;
—Le comte Albert, reprit George Leslie, était, à d neuf ans, docteur des quatre facultés; l’université Presbourg lui obéissait comme à son maître, A vin ans, il fut exilé par M. de Metternich pour avoir affic une thèse sur l’indépendance de la Hongrie. On lui.as gna Milan-pour lieu de résidence. Une fois hors « territoire autrichien, il dirigea sur Paris. Ses bie: furent confisqués,
Le comte Albert parle de Paris avec enthousiasme c’ést lui qui m’a donné envie de traverser la mer pot voir ce centre du monde.
À Paris, le comte Albert était loin pourtant d’occt per Un rang proportionné à sa naissance. Il n’avai emporté de Hongrie qu’une somme assez modique et besoin ne tarda guère à le venir visiter. Il demand conseil à un vieil ami qu’il avait.
“Que puis-je faire ici Pour vivre ?lui dit-il.
—Que savez-vous faire d’abord?” répondit Je gé néral. :
—Le vieil ami était un général, Et Pourquoi ne dirais-je pas, Puisque c’est une lettre du comte Albert qui m'a mis en rapport avec cet excellent homme ? L’ami était M. O’Brien, à qui je dois honneur de me trouver au milieu de vous: . *
—Bien, bien! fit le vieux général; voici qui était au moins inutile!.. .”
Puis il ajouta en se tournant vers la marquise :
“Belle dame, je vous engage à ne point profiter de cela pour me demander des histoires; je n’en sais pas ombre d’une... ma parole d’honneur !
it, à dixersité de A vingt r affiché lui assi.
ji ne le Albert L’ami rouver
ait au
ter de is pas
ne Be 49 — —Le comte Albert, reprit George Leslie, répondit
pau général qu’il était quatre fois docteur; le général se-
coua la tête et demanda :
“Savez-vous faire quelque chose ?”
Comme le jeune Allemand, dé oncerté, gardait le sidence, le général reprit : :
“Vous autres Burschen, vous êtes tous des ferrailleurs... savez-vous assez d'escrime pour donner des lecons de sabre ?
‘Je suis gentilhomme, monsieur, repartit Albert.
—Moi aussi, monsieur, répliqua le général; à telles enseignes que le géant Diarmid O’Brean, mon aïeul, était roi d'Irlande. Cela ne m'a pas empêché, après la chute de don Miguel, que je servais, de donner ici, au Jockey-Club, des leçons de shillelagh. . .”
Le vieil O’Brien leva un doigt menaçant vers George Leslie, à la grande gaieté de toute la réunion.
“Que le ciel vous confonde, George! s’écria-t-il; je comptais mettre cela dans mes Mémoires. Vous me volez tout un chapitre!... Il est entendu que je suis arrière-petit-fils d’un souverain qui avait seize pieds anglais de hauteur; sa mesure est à la maison des aldermen de Galway... Il est convenu que j'ai donné pour de l’argent, des coups de gaule irlandaise aux membres du Jockey-Club... mais je vous demanderai raison, George, si vous dites encore un mot de moi!
—Dites vous-même, alors, mon bien cher ami et protecteur, répliqua George, ce que vous conseillâtes à ce pauvre comte Albert.
—Je “avais entendu taper sur un piano, fit le général d’un ton bourru; c’est encore un métier, cela... Je lui dis: à Paris, un cahier de musique vaut quatre douzaine de diplômes... Arrangez-vous... et marchez. Je vous prie, George, en voilà assez là-dessus !” |
Le comte Aibert, mesdames, suivit le conseil du général, reprit George Leslie; il donna des leçons de piano
pour vivre. Il était venu à Paris sans amour : une d . élèves, miss Ellen Talbot, Américaine de naissance inspira de tendres sentiments...
Il paraît que le récit de George était destiné à souvent interrompu.
Ce nom d’Ellen Talbot excita une véritable émo dans le salon de la marquise.
Le vicomte Henri de Villiers tressaillit si ostensi ment que le général lui demanda tout haut s’il ge tait incommodé,
La marquise frappa ses deux mains l’une contre 1 tre. Hélène changea de couleur et s’agita sur son & sans prendre la peine de cacher son trouble.
“Par exemple! s’écria la marquise, voilà qui tou au roman!... vous devez vous souvenir, mesdames, voir vu à la place où nous sommes cette charmante E Talbot, fille unique d’un membre du congrès ?
—{Certes, certes, répondit-on ; toute jeune...
—De l’âge d'Hélène. :
—Une délicieuse blonde! ajoutèrent ces messieur
—Juste la nuance des cheveux d'Hélène 1dit la m -quise; le même nom, presque le même son de voix une ressemblance des plus frappante... tout le mo: les prenait pour les deux soeurs!
—Je ne sais pas si jamais deux soeurs se sont P tendremént aimées que nous!..: murmura Hélène, avait les larmes aux yeux.
—Mais comment se fait-il, reprit la marquise, € nous n’ayons jamais entendu parler de ce fameux cor ‘Albert de Rosen, nous qui voyions les Talbot tous jours ?”
Hélène rougit et baissa les yeux.
—“* Je crois deviner que Mlle de Boistrudan n’est sans en avoir entendu parler, dit tout bas Henri.
—Vous ne vous trompez pas, monsieur, répliqua jeune fille d’un ton froid. Ellen m'a écrit une fois
issance, lui tiné à être le émotion
ostensibles’il se senontre l’aur son eiège
qui tourne lames, d’aante Ellen
e fois de
+, ss
Baltimore ; le nom du comte Albert ge trouvait dans la e... Quant à la circonstance qui vous étonne, manan, ajouta-t-elle en se tournant vers la marquise, vous avez que nous avons pascé l’hiver entier de 1846 à Nice. —#’était en effet pendant l’hiver de 1846, dit George. —{’est juste, c’est juste! fit la marquise; nous reetfâmes de n'avoir pu embrasser la chère Mme Talbot t sa charmante fille avant leu: départ pour les Etats- Unis. ;
—Vous avez connu Ellen, monsieur ?” demanda Hé ène.
La jeune fille était redevenue pâle; mais le regard ue George lui jeta fut si ardent et à la fois si doux qu’un vif incarnat couvrit de nouveau ses joues.
George répondit :
“ Assez pour affirmer que jamais ressemb.nce plus arfaite n’exista ici-bas... Même nom, même âge, nême voix, même beauté... même âme peut-être. . .”
Il ajouta en se tournant brusquement vers Henri :
“M. le vicomte ne vous at-il pas dit qu’il avait haité Baltimore ?
—Peu de temps, repartit M. de Villiers d’un ton déagé; le hasard ne m’y a jamais fait rencontrer miss albot... A l’époque où ces dames Pont connue à Paris, avais commencé déjà mes voyages... Pourquoi me denandez-vous cela? :
—Pour avoir votre témoignage, monsieur, comme je ous ai fourni le mien tout à l’heure... Car j'allais jouter qu’en saluant Mlle de Boistrudan une sorte de ertige m'a passé devant les yeux... J'ai cru voir miss Îlen elle-même... et j'ai eu cette idée bizarre que l’ahour lui-même pourrait se tromper à cette merveilleuse essemblance... Votre avis à ce sujet, monsieur le viomte, m’eût été précieux.
—Désolé d’être dans l'obligation de vous le refuser, aonsieur, répondit le vicomte avec une nuance de hau-
LA CMÉGUANS EEUE en dHGG NI : : ON a NE RASE RAM Le DORE \ us PA ne ee 0 EE Res .
RE EE RE ae Fi She autre "Orne =
au vo eng: der het co FU
rte nn mme
teur; je vous répète que je n’ai jamais eu l’honneu me trouver avec miss Tulbot. —__
—Du » reprit George, dont le regard chang mélancolie se reporta sur Hélène, l'illusion ne pou être de longue durée... deux fleurs jumélles cessen: se ressembler quand l’une reste droite et brillante sa tige, riche de sève, tandis que l’autre, blessée et in rante, laisse choir les feuilles flétries de son calice.
—Que voulez-vous diré, monsieur.[” s’écria Hél
oppressée, George Prononça lentement et d’un accent plein
“Miss Ellen Talbot était bien malade quand .
quitté Baltimore!
7 Malade... dangereusement ?” interrompit Hélè dont les joues étaient plus blanches que la dentelle de & col.
George ne répondit pas. Il y eut un silence dans boudoir. la Marquise s’étendait; des larmes muet brillaient aux cils d'Hélène. ï
M. le vicomte Henri de Villiers gardait seul lattitu de l'indifférence.
Ce sont des diplomates d’élite : on parmi les ambassadeurs.
Si un homme ainsi fait s'était introduit tout à cot dans le boudoir de la marquise, peut-être aurait-il reco: nu que M. le vicomte Henri de Villiers n’était pas moins ému de l’assemblée
George glissa vers lui un regard à la dérobée. Georg Leslie avait précisément de ces yeux qui descendent a
plus profond du coeur. Un sourire amer passa sur se lè
vres.
Ce fut lui qui rompit le silence,
t Hélène, Île de son
e dans le muettes
= l’attitude
rutateurs es et desements.
rarement
t à coup il recont pas le
George dent au Sur ses
. Pour peu » je ne pour-
—Au contraire, dit Hélène d’une voix brève et entreupée, je veux.... je désire savoir. .. tout savoir ! —Mon Dieu’! ajouta la marquise, plus facile à conso-
D, à cet âge-là la nature a tant de rcasources !... La
ère enfant est peut-être rétablie à l’heure qu’il est... pntinuez, monsieur Leslie: ces dames vous écoutent”
George reprit, sans \#”adiresser particulièrement à élène, bien qu’elle eût la conscience qu’il parlait sur. ut pour elle:
Cette famille Talbot était riche. M. G. H. Talbot, ère de Miss Ellen, fut ruiné, comme vous le savez sans oute, par la banqueroute des comptoirs du Sud, qui ranla si rudement le crédit de l'Etat lui-même, Il anda près de lui sa femme et sa fille. Le comte Albert nivit ces dames en Amérique. Son amour pour miss llen avait grandi. M. Talbot, ruiné de fond en come, donna sa démission de membre du congrès, et con-
Venez avec moi dans
“Quand nous serons riches.
Ouest”
Ils partirent. |
En passant à Washington, M. Talbot se prit de queelle avec un partisan de l’esclavage, qui lui reprocha ses nciens votes au congrès. On argumente là-bas le pislet à la main, M. Talbot perdit la vie sur la place ublique, dans un de ces duels ignobles particuliers à Amérique, et qui ressemblent toujours à des assassi-
4 FES —54— | Le comte Albert revint à Baltimore ; il serra les d’Ellen et de sa mère; il leur dit: :
‘Je pare seul; je reviendrai riche: attendez-m.
Le comte Albert fit précisément ce même voyag M. Henri vient de vous décrire.
Il n’avait pas de compagnon. -
Il traversa la chaîne neigeuse à deux ou trois au nord du Golden-dagger, et se mit à la chasse de ‘Ses diplômes lui avaient été à peu près inutiles à F ici, ses connaissances géologiques le servirent pui: ment. Il découvrit tout de suite plusieurs gîtes a res. Un instant l’idée d’en opérer seu] l’exploit leffraya. :
Il traça néanmoins”la carte de ses claims, rédige notices et se rendit propriétaire de ses découvertes solidement que cela se peut faire dans ces contrées . légalité formaliste, minutieuse et myope lutte avec de désavantage contre la brutale logique du moi bare
T1 s’agissait de construire une machine à épuiser : qu’un barrage pour arrêter l’eau du Torrente-S: lun des affluents du fleuve Lewis.
Le premier érable que le comte Albert jeta bas 4 cha ses mains blanches, et il se coucha bien des fois : de fatigue, auprès de la méchante scie qui devait conquérir son tas d’or.
Au bout d’une semaine, il e’était fait une pauvre h en branchages, et un foyer à l’abri des pluies pour c son gibier.
Ses outils étaient rares et mauvais, mais il avai bonnes armes.
Une nuit qui travaillait au clair de la lune, au | rage de sa rivière, des coups de feu retentirent au de son claim.
T1 vit un Indien, armé seulement d’uné hache,
jusqu’à lui sur ses genoux
lui baisa les pieds. Depuis cette nuit-là, Towah le
anie est le serviteur, ou plutôt l’esclave du comte Alrt.
Ces Indiens ne se lassent ni de se venger ni d’aïmer.
Le comte Albert ouvrit sa hutte à Towah et à Lile sa
mpagne. Lile était jeune et belle. C'était une Espa-
nole des frontières. Lile et Towah étaient mariés chré. ennement.
prit à quel
sa tribu, et ce
ne restait plus au quatre aventuriers
quelques heures avant le jour.
l’aubê, le comte les voyait revenir, et parfois Towah - it .
« Les o8 de mon père sont rouges.”
* he
Cela signifiait qu’un Golden-dagger avait eu 1 ‘ fendue à son poste de sentinelle ou dans son han que Towah Towah avait répandu quelques gouttes | sang sur la sépulture de son père.
Depuis l’aurore jusqu’à la nuit, Lile et Towah tr vaillaient sans relâche avec le comte. La rivière barrée. Dix-huit cent pieds de planches séchaie soleil. Le comte Albert et ses deux auxiliaires e bientôt établi une machine, assurément très-impar mais qui fonctionnait tant bien que mal.
Elle suffisait pour laver le sable de la rivière contenait l’or en proportion énorme, ee
Le comte Albert put écrire à Baltimore qu’il re drait avant un an, et qu’il reviendrait riche.
‘Les moyens de communication: par la voie de sont précaires et difficiles. . Le comte Albert a puis que, ni cette lettre ni d’autres qu’il écrivit tard, ne parvinrent à leur destination. . .
Un matin, Towah enterra son tomahak sangla:
dit :
“ C'était le dernier !” La nuït suivante, il dormit sur ses feuilles sèches . Sa femme. Mais l’ennemi avait trouvé sa trace. A de jours de là, les Golden-daggers vinrent rôder au de la hutte. Towah l’entoura d’un rempart de tr d'arbres dans lesquels il perça des meurtrières. avait dans la hutte ainsi retranchée-trois carabines el minutions en abondance,
Le comte Albert prit encore d’autres précaution: Creusa nuitamment un trou dans la terre à quelque tance du fort et ÿ plaça le produit déjà considérabl son travail.
Aucune marque distinetive extérieure ne pouvait f reconnaître l'emplacement de ce trou.
Pour le retrouver, une fois que l'herbe eut poussé
s du trésor, il fallait le raisonnement et la bous-
“il m'arrive malheur, dit le comte Albert à Toweh à Lile, vous tracerez une ligne au cordeau, de la hutte
centre du barrage; puis vous vous rendrez avec la ussole au pied du Soldier. . .”
Le Soldier était une haute roche blanche qui s’éle-
it à deux cents pas de la hutte en tirant vers l’ouest.
De loin, cette pierre avait la forme d’une sentinelle nmobile, ce qui lui avait fait donner ce nom du Soldat.
“Une fois sous le Soldier, poursuivit le comte, vous interez la boussole et vous tracerez une seconde ligne lon la direction exacte du compas. A l’endrait où ptie seconde ligne coupera la première, vous fouillerez
sol et vous trouverez mon or.”
Lile pleurait. Towah mit la main sur son coeur.
“Maître, quand vous ne serez plus là, dit-il, Towah ura{-il besoin d’or?... Towah ne sait plus vivre que e la vie de son maître.
—$i je mourais, répliqua le comte, Towah vivrait our exécuter mes dernières volontés.”
Les yeux de l’Indien brillèrent.
“Et pour vous venger, ajouta-t-il.
—Ecoutez-moi bien tous deux, reprit le comte; ma ernière volonté, la voici: de l’autre côté du continent méricain, dans la ville de Baltimore, j’ai laissé tout ce ue j’ai de plus cher au monde: une jeune fille qui sera ma femme, e’il plaît à Dieu. Cet or lui appartient: est pour elle que je l’ai conquis... La route est lonpue d’ici jusqu’à Baltimore, mais vous la ferez...
— Nous la ferons! dirent à la fois Towah et Lile.
—Vous demanderez dans la ville la veuve du député lalbot; vous frapperez à la porte de sa maison et vous irez à sa fille, qui est ma fiancée: Ellen, Albert est mort pour vous, et ceci est à vous...”
Les Golden-daggers se tinrent en repos pendant plus
de six mois, Une nuit que le comte dormait ap ‘ journée de travail, il fut réveillé per un bruit lég i it à son chevet.
‘Maître, dit-elle, Prenez votse carabine.” Le comte sauta sur ses pieds ; un coup de feu re! Towah était déjà aux meurtrières ; il venait d’abat: . Couteau d’or au moment où celui-ci attaquait les sades à coup de hache. :
Lile eaisit la troisième carabine,
‘Le hutte avait maintenant une triple ligne de dé une palissade, un fossé profond et le rempart en t d’arbres.
Le comte, assisté de Towah et de Lile, sontint ] dans un siège de cinq nuits, Les Golden-daggers : tiraient au point du jour, emportant leurs morts.
Leur rage était au comble, Ils criaient avant à lrigner :
“C’est la nuit prochaine que tu seras coupé par ceaux !” © La sixième nuit, les Golden-daggers incendièrer hutte. Ils avaient perdu leur mayor et douze hom
I] croise ses bras sur sa poitrine et attendit l’enn Les Golden-daggers le lièrent étroitement avec des des et lemmenèrent au campement. Lile et Towah rent aussi fait prisonniers.
Le lendemain, on se rassembla sur la montagne élire un chef,
Il y eut des coups de couteau échangés, mais perso ne rassembla une quantité suffisante d’adhérents.
‘Le sergent Saunders et un Canadien du nom de 1 ton avaient chacun quatre voix; d’autres en avaient tr d’autres deux; il y en avait une trentaine qui s’étai
né à eux-mêmes leur confiance et qui avaient un suf-
ge.
‘Avant qu’on te coupe en morceaux, laveur de limon, Saunders au comte Albert qui regardait tout cela
nquillement, donne-nous ton avis.
—Mon avis, répondit Rosen, est que vous alliez à vos bines... Mon chien Lion a flairé les Vecinos.”
Lion était un magnifique chien du Sud que Towah
ait conquis sur les Mexicains. Il sentait les Vecinos
ane lieue.
“Arow! (à vos rangs!)” cria presque en même temps
sentinelle placée au sommet de la montagae.
Il y eut un instant d’inexprimable tumulte. Tout le
onde voulait commander, personne ne consentait à
La sentinelle tira son coup de carabine et se replia. Saunders s’élança vers Rosen et coupa ses liens avec n dagger qu’il lui pendit au cou.
“Dieu me damne! s’écria-t-il, le laveur de terre nous tué treize hommes ; il se bat bien... Je vote pour qu’il it notre mayor !” Ce ne fut qu’un cri.
1 “ Commandez-nous, gentleman! nous vous laisserons
Bolton seul, au lieu de jurer, lui frappa rudement ans la main et dit:
“Je veux voir si le sang du laveur de terre est aussi
puge que le mien.” = La loi des Couteaux d’or ne permet pas de refuser le
duel. Bolton monta sur une des roches jumel M. le vicomte vous à parlé; Rosen se plaça sur Bolton fit la culbute et tout fut dit. Le comte était mayor des Golden-daggers.
Sous on Mayorat, les pauvres chasseurs d’o plaine eurent la paix ou à peu près, 1] n'eut pa folle de civiliser se8 sauvages soldats, mais il leur
à tirer l’or du Torrente-Santo et employa leur ] batailleuse à raisonner les Mexicains,
Ceux-ci jurèrent sa perte...
Vers ce temps, s’interrompit ici George Leslie fut donné d'approcher le comte Albert. Je croi connu ses plus secrètes pensées. Je ne sais ce qu fait, placé dans une sphère moins excentrique 1 puis lui donner ce témoignage qu’il avait un v Coeur et une saine intelli see
“Rien que cela ! s’écria la marquise; mais je t moi, que c'était un héros, tout uniment.…. . qu’en vous, mesdames ?°” .
Le comte Albert de Rosen fut déclaré héros I majorité des vicomtesses,
Henri de Villiers sourit à sa future belle-mère
“Un héros, ma cousine, un héros véritable !” George Loslie, en Prenant un temps de repos, Cha le regard d'Hélène. Celle-ci avait attiré la de la marquise jusqu’à ses lèvres et la baisait d’u pensif.
“ Albert de Rosen perdit la vue, reprit George L le jour où M. le vicomte le rencontra, prisonnier exicains.” Hélène lâcha la main de ga mère et ouvrit tout er ses yeux attristés. | “Aveugle!... murmura-t-elle, —Le comte Albert est aveugle! répéta-t-on de to parts.
—Quand M. de Villiers le vit couché sur son branrd, répliqua ‘eorge Leslie, le vent d’ur balle venait > lui ravir la lumière.”
es plaines de la Hongrie pour frapper d’estoc et de aille les sauvages bandits de l'Amérique, Toutes resentaient la blessure profonde qu’il venait de recevoir.
Aveugle! Albert de Rosen, lintrépide et le victorieux, tait aveugle !
Mais n’était-ce pas une chose bien bizarre que la faon dont les deux histoires successivement racontées s’en-
enaient l’une dans l’autre? Le vicomte gravissant le iolden-dagger juste au moment où Albert de Rosen tait enlevé par les Vecinos!
“Il y a loin, reprit George Leslie, des montagn
, geuses jusqu’à San-Felipe de Sonora, où le comte lui-même avait rejeté le campement des Mexicai: ses précédents succès.
La route fut longue comme un martyre.
Le prisonnier pensa plus d’une fois succomber e
anin.
Les Vecinos avaient eu la pitié de lui voiler le : jusqu’au terme de la route, et cela contribua sans à soutenir son courage, il conserva quelque espoir. disait: C’est sans doute ce bandeau qui m’empéc voir... à
En arrivant à San-Félipe, on lui ôta son voile conscience subite et complète qu’il eut de son ma faillit lui faire perdre la raison. ;
San-Felipe est une bourgade située à une cinquan
de milles d’Arispe, au sud de rio Gila, dans une f fertile, mais inculte, dont la majeure partie est oc par des marais riziers que le vent d’ouest prend la | d’ensemenser lui-même à l'automne, Les prodi, gisements d’or que renferme la Sonora sont plus au À San-Felipe, il y a deux ou trois douzaines de cal groupées autour d’un fort en bois, qui est dominé même par une tour assez hante.
Cette tour, dépourvue d'architecture, a la forme
gigantesque bidon, sans lèvres ni rebords.
Ce fut le lieu choisi pour servir de prison au « Albert.
Dans la bourgade, il y avait un parti qui voula mettre à mort; mais le seigneur alcade et son ayu miento prétendait tirer rançon de lui. La haine et varice sont deux passions espagnoles. Entre elles & le coeur du vrai Mexicain balance. Les Vecinos qu Prononçaient pour la mort, restèrent en minorité. taient des cerveaux brûlés. Le plaisir qu’on se don: tuer l’ennemi qui peut fournir rançon est manifester
lexicains par
mber en che
ler le visagr.
lominé lui.
forme d’un à au comte
voulait le on ayuntaaine et l’aelles deux nos que se rité. C’ése donne à
ifestement
ne prodigalité condamnable, Avec ses goûts, Shylock ût fini par mourir sur la paille.
L’alcade se nommait el senor Joan-Maria Tristany.
était un homme grave, taciturne, maïgre comme don uichotte, vivant de tabac, de chocolat et d’eau fraîche ; on chrétien, car il jeûnait trois fois par semaine, mais oleur jusqu’au bout des ongles.
Il avait une fille de vingt ans qui s'appelait dona armel.
Le pauvre Albert de Rosen ne put jamais la voir, mais Île avait une voix qui descendait au fond du coeur; et e comée Albert savait qu’elle était belle comme un ange.
Ses cheveux surtout, on parlait de ses ch “eux, noirs omme le jais, plus doux que la soie, et qui tombaient, uand elle les dénouait, jusqu’à ses pieds “comme un nanteau de roi,” selon la belle image du poète.
monter à la tour.
Le seigneur alcade y consentit, à condition que Car-
mel se chargerait de dire au mayor que les Vecinos se ontenteraient de huit mille onces d’or pour sa rançon.
Quand dona Carmel entra dans la cellule du captif,
e fut pour lui, au milieu des ténèbres qui lappressaient, omme l’approche d’un rayon de soleil. Elle vint s’aseoir auprès de son lit. Le bandeau qui couvrait les yeux du comte donnait je ne sais quelle confiante sécu-
En le quittant elle lui laissa lobéissance à la volonté
e Dieu, qui est le courage des souffrants.
“Je reviendrai, seigneur cavalier,” dit-elle.
‘ Albert lui demanda sa main à baiser, mais elle
‘franchi le seuil. :
Tobie fut consolé après la visite de l'ange. Cett le comte eut un sommeil tranquille.
Elle revint le lendemain. Albert effleura de s vres le bout de sa main douce et parfumée. Son. la voyait. Et comme il la voyait belle !
Le troisième jour, la voix de dona Carmel tre quand elle quitta la cellule. Elle dit : -
“ Voulez-vous être mon frère je serai votre soeur.
Le quatrième jour, sa voix tremblait davantage : lui demanda sil avait eu jamais de'lPamour.
Le comte Albert remplit loyalement son devoi gentilhomme. 11 lui montra son Coeur tout entier l’image d’Ellen était gravée.
“ Puisque vous l’aimez, je l’aimerai”” murmura Carmel. à
Rosen devina qu’elle avait les larmes aux yeux.
Le seigneur alcade cependait demandait chaque à sa fille quand Je Mayor payerait sa rançon.
À dater de ce jour, Rosen et Carmel parlèrent sou: d’'Ellen. Ces longues heures de la captivité avaient douceur. Parfois Carmel disait :
“ Comme elle doit être triste loin de vous!
“Si votre Ellen eût été fille du Mexique, ajouta-t- Vous ne eeriez point parti seul... Moi, j'aurais ditàr fiancé: Je veux être ta femme et prendre ma moitié tes dangers. . .”
Plusieurs mois s'étaient écoulés. Dans cette tour bois, la chaleur était étouffante le jour. Rosen resi une partie de la nuit assis auprès de sa fenêtre, P donner son front à la brise fraîche qui soufflait du no est .
Ce vent venait de Baltimore, il avait caréssé les blor cheveux d’Ellen.….
ris elle avait Mn soir qu’il était ainsi, paresseux et rêveur, il treslit tout à coup et sauta sur ses pieds.
Cette nuite vent lui apportait un son étrange et bien connu,
ignal à l’aide duquel Towah et Lile ge retrouvaient a de ses lès les bois. .
Son coeur] crut être le jouet d’un songe; mais le signal se réà. Puis le silence régna dans les ténèbres.
el tremblait Rosen se pencha au dehors pour tâcher de saisir quel- . nouveau bruit.
} soeur.” a ville dormait.
intage ; elle ne put ouir que la les grandes savanes.
| devoir. deRomme il allait gagner sa couche
voix triste du vent qui passait
> UN Coup de carabine
usqu’au matin, il resta sur Je qui-vive.
eux. Dona Carmel vint plus tôt que de coutume. haque jour On a vu rôder un Indien autour du rempart, dit-
outa-t-elle dit à mon
€ sais cela, répondit Joan-Marh Tristany; Digu
e tour de ri! Senora, nos sentinelles ne sont ni sourdes ni en restait Mholes!
tre, pour ; du nord-
les blonds ppela aussitôt ses Mosqueteros et donna
re d’épargner soigneusement a vie de l’Indien,
“Pour avoir nourri le cavalier depuis le tem ra, dit-il, nous pouvons bien demander huit n cents onces.” .
Dona Carmel promit à son père d’assister a vues du prisonnier et de l’Indien, afin d’éviter { plot d’évasion.
Towah revint rôder sous les murailles et se dre. Une fois pris, selon l’usage des Indiens, : nonça pas une parole. Dona Carmel le fit con tour et renvoya les gardes,
Le comte, dona Carmel et Towah restèrent
L’Indien resta muet parce qu’il ne connai Carmel.
“ Parle, Towah, dit le comte; celle-ci est m
Towah qui se tenait dioit et roide, tourna son regard vers la jeune fille.
Il lui prit la main et la mit sur sa tête, m parla point encore.
” “Voyons, reprit le comte, n’as-tu rien à me Lile est-elle avec toi ?”
Towah baissa la tête et un rauque soupir :
de sa poitrine.
“Towah n’a plus de femme!” prononça-t-il
Puis il ajouta en se redressant tout à cou} ton de douloureuse fierté :
“C’est Towah qui l’a tué.
—{Cet homme a assassiné sa femme ! s’écria d mel avec horreur. Ù
* —Towah ne ressemble pas aux hommes que :
naissez, senora, dit le comte. Pourquoi as-t femme, Towah ?
—Parce qu’elle avait trahi le secret de mon répliqua l’Indien,
Le comte n’interrogea plus.
Carmel regardait d’un air épouvanté le visa remeni tatoué du Panie.
le temps, scibrès un court silence celui-ci étendit sa main en huit mille ch et reprit à voix basse :
ile avait trahi aussi Towah, son mari... Towah
ister aux ent tout dire à son maître... Un visage pâle vint au
éviter tout cAement avec son serviteur. Il était da pays de
e: Lile et moi, nous l’appelions la Langue Dorée
“et se fit pré qu’il savait-persuader et plaire en parlant... Les
diens, il ne pen-Daggers avaient surnommé son valet le Mohi-
it conduire # La langue dorée resta quelque temps parmi nous.
lui qui a empêché le sergent de tenter une expédi-
stèrent seul: our vous délivrer. Son valet causait avec les jeu-
connaissait ens; il apprit que Lile et moi, nous avions la conarice d’un trésor.
est ma soc @es femmes ne savent pas garder un secret. Les
ourna vivei gens étaient-ils sorciers pour avoir deviné le secret le ?
tête, mais iSEt c’est à cause de cela que tu l’as tué? interromcomte.
à me dire Non, répondit Towah; que le mayor attende: il -.. La Langue-Dorée vint un soir dans la cabane
oupir s’échiltais avec Lile. Il mit une bouteille de rhum sur nche et dit: Voulez-vous boire! N ous bûmes, Lile
ça-t-il tout We; ; la Langue-Dorée mettait à son tour dans sa bou-
à coup et e goulot de la bouteille: je ne sais s’il buvait. d la bouteille fut vide, Lile se mit à chanter et à r': elle était ivre. |
écria dena à Langue-Dorée dit :
i mon frère Towah le veut, il aura cent flacons de
8 que vous Sr pareils à celui-ci.
où as-tu tuSTowah Îe veut, répondis-je.
| our cela, il faut que Towah me parle’ avec fran-
nterrogez, Towah répondra.
à quel endroit le mayor a-t-il caché ses lingots ?” le visage De n’est pas Towah qui s’enivre avec la moitié d’un à de rhum! Il dit à la Langue-Dorée : “ Va-t-en !”
“Et il décracha son tomahak qui pendait de porte du wigwam.
“La Langue-Dorée se retira.
“Le lendemain, Towah sortit pour voir s’il :
rien de nouveau entre la roche du Soldier et le Quand il revint, Lile chantait et dansait. L ivre.
“Towah frappa” sa femme au visage, para femme n’a pas le droit de s’enivrer sans son m:
“Pendant plusieurs jours, Towah vit Mot valet rôder autour du-wigwam.
Un matin, on chercha vainement la Langi et son valet Mohican dans le village. On les
: tout le jour: ils ne revinrent pas. Lile ne vo sortir du wigwam; elle pleurait et se frappait trine, Towah lui demanda :
“ Pourquoi pleures-tu ?”?
“Elle répondit en se tordant les bras:
“Lile veut mourir !”
“Towah comprit. Les femmes parlent de quand elles ont trahi leur foi d’épouse. Towah la femme est plus faible que l’homme. Il lais Lile.
“ Mais un soupçon le poussa vers l’ancienne ] son maître, où déjà les hautes herbes croissaient cendres.
“IL vit deux lignes tracées au cordeau: lux de la hutte. au centre du barrage, l’autre partait dier et se dirigeait vers le nord.
“A l'endroit où ces deux lignes s coupaie avait un trou large et profond.
“ Le trésor du mayor avait disparu.
. “Towah rentra au wigwam et trancha la Lile d’un coup de tomahak.
“Quand elle fut enterrée, il partit sur la tra
Langue-Dorée et de Mohican. Towah jura qu
dait derrière erait pieds nus tant qu’il n’aurait pas mis la chevedu Mohican à sa ceinture. . .”
Le comte Albert se baissa et toucha les pieds de Towah i n’avaient point de sandales.
“’Towah n’est pas encore vengé,” dit celui-ci qui courla tête,
Tout espoir de ran de Rosen.
ir s’il n’y av:
r et le barra uit. Lile ét
ÇOn était cependant perdu pour Al.
Towah les a suivis à t
ravers tout le Mexique jusils se sont embarqués sur un ur de la terre du Sud et re- «+. Towah sait le nom de la ; c’est un nom indien. Æ&
. sait tandis que rant, I] laissa vi
issaient sur
Towah ne peut pas, répliqua-t-il enfin; son maître u: l’une al
L soin de lui... Towah connaît la vertu des plantes ; partait du endra la vue au mayor.”
Coeur du comte Albert bondit à cette parole. Peut- ? n’avez-Vous pas, mesdames, une grande confiance s le savoir médical des Sauvages. Rosen avait Popi-
= =. $ ne se vantait jamais. Quand ha la têteh,, à :
ceci, c'était chose faite, La cette joie! s’écria le comte en a trace (4
ant la main de la belle senorita} je vous verrais, ara Qu'il 1.) pe =
Mais il ajouta, et sa voix prit l’accent de la pas
“Je reverrais Ellen!...”
La main de Carmel devint froide entre les sien
“Æ€ombien de temps te faudra-t-il pour me renc vue ? demanda Rosen à Towah.
—Trois mois d’été,” répliqua celui-ci.
La saison des pluies commençait :
Albert se prit à réfléchir.
“Il y a longtemps que ces deux hommes se son en mer? demanda-t-il encore.
—Cinquante jours.”
Certes, pour le présent, rien ne RS porter ] à réunir dans sa pensée l’aventurier français qui 1 dépouillé et miss Talbot, sa fiancée.
Sait-on par quelle porte les pressentiments s’intt sent dans l'esprit ?
“Tu m'aimes et tu as du courage, Towah! s tout à coup le comte; il faut absolument que jai nouvelles d’Ellen ! =
—Voilà six mois que Towah marche sur ses nus, répondit le Panie ; ses pieds sont durs; il peut marcher six mois encore.
—Tu iras, reprit le comte, tu ne t’arrêteras qu’à timore. Tu verras Ellen. Tu lui diras que je li tu lui raconteras mon malheur... tu lui promettr: lui jureras, entends-tu, en mon nom et sur ma foi q me reverra riche et vainqueur... Je la connais m’attendra... Dien ne m’a jus enlevé tout espo bonheur.”
Carmel init de l’or dans la main de Towah.
“Towah, murmura-t-elle, vous direz à miss que Carmel, sa soeur inconnue, lui envoie le bais
ix.”
Towah sortit de la bourgade. Il avait promis : s’arrêter nulle part en chemin.
Le seigneur Joan-Maria, qui le vit traverser à g
la plaine, se frotta les mains tout le resté du jour,
la passion : ESrsnadé qu'il était que l’Indien allait chercher la rann du mayor,
es siennes. Les heures furent longues après le départ de Towah.
ne rendre l: D comte Albert compta les jours. Le doux entretien
Carmel ne parvenait plus à modérer sa peine. Pour-
nt Carmel Jui parlait sans cesse d’Ellen et du bonur à venir.
C’était une âme ardente, mais sainte. Plus on sondait se sont mi coeur, plus on trouvait inépuisable le trésor de dé-
x et tendre qu’il renfermait.
ft été fait ainsi...
isait comme soeur Anne du haut rdait de tous ses yeux et ne voyait
elle aperçut comme
dans la savane, Son as qu'à Baluvre coeur battit. Avait-elle espéré que Towah ne e je l’aimceiendrait pas?
ometiras, tÆRosen s'était habitué à deviner
sa pensée sans entena foi qu’elle ni voir.
onnais; ell it espoir d core, répondit la jeune ’objel l'oeil avec rapidité.
ah. Q j
-.. C’est un homme... un homme à chele baiser «.. Le soleil couchant le frappe en ce moment.
st demi-nu... son cheval est à tout crins et sans
—Towah! s’écria Rosen, les Panies sont cav:
‘ naissant,
—Je crois que c’est en effet l’Indien, dit après un silence; il pousse son cheval comme rieux...
—Abh ! s’interrompit-elle en un cri de frayeur val tombe et disparaît avec son cavalier dans la Towah! c’est bien Towah!... Towah le retire « les flancs du cheval à coups de coutelas. .. Il av il avance !”
Rosen était à Ja fenêtre auprès de Carmel. Sa faisait un effort suprême pour déchirer lé band couvrait sa vue. Ileût voulu deviner de loin la : apportée sur le visage de son messager.
‘Un second cri de Carmel le fit tressaillir.
“11 tombe encore, dit-elle ; il se relève et rega cheval abattu... il continue sa cours: le ch mort.
—L’Indien a-t-il les pieds nus? demanda Ro
—Qui... nus et sanglante.”
Rosen pensa tout haut :
“Il n’est pas encore vengé !”
Un quart d'heure après, sur les ordres donnés fille du seigneur alcade, Towah était introduit prison. ,
La sueur montait sur sa tête rasée, rabattant la touffe qu’il gardait au sommet du crâne.
Il se posa debout au milieu de la chambre, in et muet.
Son souffle épuisé soulevait sa poitrine par sauts.
Suivant la coutume de sa race, il attendait po ler qu’on l’interrogeit.
“Qu’as-tu à m’apprendre, Towah? demanda dont la voix tremblait,
—La Langue-Dorée, répliqua l’Indien, a tro
nt cavaliers
et regarde le cheval «
1da Rosen.
mme du mayor, comme Mohican avait trompé la mme de Towah.”
Rosen pâlit affreusement et tomba dans les bras de rmel.
Towah, toujours droit et immobile, gardait maintent le silence,
une heure la tête entre ses mains.
lui parler, il la repouesa.
Au bout d’une heure, il se leva et dit: “T1 faut que je parte l”?
Carmel posa la main sur son coeur qui défaillait. “Vous partirez, Albert,” dit-elle pourtant d’une voix ourante.
Rosen la serra dans ses bras. A son tour elle le re- DUSSA.
“Towah! reprit-elle, allez préparer des chevaux... minuit, votre maître sera au pied des remparts.”
Towah fit un pas pour sortir. Avant de franchir le Puil, il se ravisa et vint s’agenouiller devant Carmel.
“ Pourquoi celle-là n’est-elle pas-la femme du mayor ? hurmura-t-il; mais le visage pâle ne tue pas la femme ni le trompe : il l’aime!. . .”
Carmel lui montra la porte du doigt. Elle avait aux vres un douloureux sourire.
Quand il fut perti :
“ Albert, dit-elle, je vous aime. Quand vous ne serez lus là, je mourrai... Je savais qu’un jour viendrait
vous diriez: Je veux partir. .. Fout ce que vous vouez, je le veux... J'ai tressé des cordes de soie; vous pourrez descendre au bas du rempart.”
Rosen mit un genou en terre à la place que venait de quitter.
Il ne put pas prononcer une parole. Ses inondaient les mains de Carmel.
A minuit Carmel et Rosen étaient encore réur la prison. Carmel attachait de sa propre main | de soie aux barreaux de la fenêtre. Elle se pen corde n’atteignait que les deux tiers de la haute lue.
“Je sauterai,” dit Rosen.
Car il venait d’entendre le rauque signal de dans lé fossé,
, Dona Carmel le retint au moment où il mettait sur l’appui de la croisée. Elle dépouilla viveme reboso de soie, cette mantille qui fait si belles le du Mexique; elle dépouilla aussi sa robe de des reboso et la robe furent déchirés en lambeaux. A lambeaux tressés rapidement, elle allongea la «
Mais la corde était encore trop courte.
Rosen l’entendit qui murmurait :
“Il ne peut me voir!... il est aveugle!”
Pourtant elle éteignit la lampe avant de dépou dernier voile, :
Le voile fut ajouté à la corde.
Elle avait dénoué ses cheveux, ses longs, ses : fiques cheveux noirs qui ruisselaient autour d’ell couvraient d’un royal manteau.
La Torde n’atteignait pas encore le sol.
La pudeur de dona Carmel hésita, bien qu’il f et que Rosen fût privé de la vue.
Confuse et toute tremblante, elle passa les « dans sa merveilleuse chevelure, qui tomba en flot « sur le sol.
. De ses cheveux tressés, elle allongea la corde.
Le bout de la corde baliya herbe qui croiss pied de la tour,
“ Partes dit Carmel ; que Dieu prenne tout mon bonheur et vous le donne |”
Rosen la cherchait pour lui mettre au front le baiser l’adieu ; elle s'était enfuie...
Georges Leslie appuya son mouchoir contre son front pù il y avait de grosses gouttes de sueur.
Hélène se disait, oppressée et toute pâle :
“S'il n’aimait pas Ellen, il aimerait Carmel...”
s, ses Mag ir d’elle et
George aussi était pâle. Il but une gorgée d la marquise lui dit :
“Reposez-vous un instant, monsieur Leslie. .
cela est d’un intérêt prodigieux !
| —Je n’en ai Pas pour longtemps désormais, m répliqua George, et je désire reprendre tout de Nous devons dire ici que, depuis quelque ten allures de M. le vicomte avaient changé. I] appi du bonnet les endroits dramatiques, et servait le t. crètement, à petit bruit. Bref, jamais gentilhom se donna l'air plus parfaitement dégagé de tout
Occupation que M. le vicomte de Villiers pendant cit de Georges Leslie.
Un fois, il murmura à loreille de la marquise en trant Hélène :
“Mais voyez done comme ma cousine prend tou au sérieux !
—Ah! mon ami! répondit la marquise, elle a 1 car c’est charmant... Charmant !”
Ni l’un ni l’autre. assurément ne doutait du bi Courant où la pensée d'Hélène se laissait entraîner.
il n’aimait pas Ellen, s’était-elle dit, il aim Carmel. . .”
Que lui importait cela ? Elle n’avait jamais ; comte de Rosen.
Les vicomtesses s’avouaient toutes an fond du c que leur dévouement, en un cas très pressant, eû!
rgée d’eau, «
eslie... Ton
d du coeur nt, eût été
t-être jusqu’à sacrifier la robe de soie et même les ons, mais la chevelure! ,
Purtout une chevelure qui tombait jusqu’au talon ? 1 y eut une baronne pourtant qui se dit bravement : arais fait cela! Cette baronne portait une fausse
Mon Dieu! dit M. de Villiers, la belle senorita en é quitte pour se coiffer à la Ninon...
Nous avons Mme la duchesse de Rivas, ajouta la rquise; ces messieurs la proclament éblouissante.…. e porte les cheveux courts...
est demain son grand bal, fit le vieil O’Brien : ce à splendide, mesdames, à ce qu’on dit.”
a marquise réclama le silence et Georges Leslie reuivit :
‘Quelques minutes après, le mayor et Towah galopent dans la prairie,
Towah tenait le cheval du mayor par la bride, Carmel était sans doute à sa fenêtre, écoutant le pas s chevaux qui allait mourant dans les.herbes. Deis lors, le comte Albert n’a jamais entendu la douce ix de Carmel.
Tant que dura la nuït, ils coururent. Au lever du r, les collines couvertes de forêts qui accompagnent le rs du Rio-Gila, se montraient au lointain.
“Nous avons marché jusqu'ici droit au nord, dit pwah ; faut-il tourner à gauche vers le Golden-Dagger ? ut-il tourner à droite pour gagner les Etats du nord- ?
—Nous allons à Baltimore,” répondit le comte Albert. Towah, sans mot dire, changea la direction du voyage. Aux confins de la plaine, ils prirent deux montures niches dans un troupeau de chevaux demi-sauvages. s ne ralentirent leur course qu’après avoir mis le Rio-
la entre eux et ceux qui pouvaient les poursuivre.
“Ménageons nos chevaux, dit Rosen ; passé de-los-Mimbres, nous ne trouveronè plus de !
—On vend des chevaux à Santa-Fé” rép dien. =
Le comte sourit tristement et murmura :
“ As-tu de l’argent pour les payer ? ”
Towah tira de sa ceinture une vaste bour d’or et la fit sonner.
Le comte s’arrêta.
“Pendant que Towah attendait le mayor at rempart, la nuit dernière, dit le Panie, cette b tombée près de lui, du haut de la tour.” z
: Le comte joignit les mains et prononça le Carmel dans son coeur.
Tantôt à pied, tantôt à cheval, les voyageur sèrent la chaîne des Osiers (Mimbres) et Paut che des Rocheuses, Rosen se fit raconter plus d en chemin la triste histoire d’Ellen.
Towah n’avait ni les idées ni les moeurs de : lisations ; il arrangeait les faits à sa manière. traduisait son récit. | |
Voici ce qui avait dû se passer à Baltimore :
Quand le Français que Towah appelait la :
Dorée, et à qui je donnerai le nom d’Edouard, Baltimore, Ellen attendait depuis plus d’un an
Les lettres que Rosen lui avait écrites n’étaier Parvenues à leur destination. Ellen était inqui doute, Je ne vous répèterai point qu’Ellen éta belle: ceux d’entre vous qui ne l’ont point conn qu’à jeter un coup d’oeil sur le charmant visage de Boistrudan : on dirait les deux sœurs. Le F Edouard la vit et l’admira.
Je suis en France, je reçois ici l'hospitalité | veuve d’un gentilhomme français ; cela seul mob à modérer mes paroles, mais je n’en ai pas besoir sen aime et respecte la noblesse française, sans s
cette bourse Vs.
nçàa le nom
yageurs tray et Pautre b
er qu’au sein de cette noblesse il existe des membres
gnes.
Edouard était gentilhomme; Edouard avait commis préjudice de Rosen, dans la Sierra-Nevada, un vol he et perfide,
À Baltimore, Edouard se rendit coupable d’une infa-
l s’introduisit dans la famille Talbot; il parla, je s noter cette circonstance qui lui servit de passe-port, arla de Paris: il prononça des noms amis, surtout un m plus chéri que les autres: il parla de Mme la marse et de Mlle de Boistrudan...
Comment ! s’écria ici la marquise, cet homme était nc de notre connaissance ?” Ce ne fut pas George Leslie qui répondit.
Le vicomte Henri de Villiers prit la parole d’un ton ef et sûr de son fait: ' “Chère cousine, dit-il en clignant de l'oeil à Paesse de la marquise, tout ce que M. Leslie vous raconte est de la plus exacte vérité... vous sentez bien que je ai pas été sans connaître les détails de cette déplorable toire... A moins que M. Leslie n’exige formellement contraire, je vous dirai le nom de M. Edouard... ais à vous seule !” Le vieux général O’Brien leva sur Henri un regard upéfait.
George Leslie répondit avec calme :
“Je n’exige rien, monsieur le vicomte... cette hisre est à vous comme à moi... plus qu’à moi, peut-
re, car je crois que vous l’avez sue le premier.”
Le vicomte salua de la main et envoya à Leslie un ès-gracieux sourire.
Leslie lui rendit son salnt avec son sourire, mais le urire de Leslie était froid et légèrement railleur. “Mistress Talbot et sa fille, reprit-il, vivaient fort tirées depuis la mort si malheureuse du chef de la fa-
mille, Cet Edouard, dont M. le vicomte sai comme moi (Henri secoua la tête d’une mar affirmative et le vieil O’Brien s’agita sur son & Edouard fut admis chez les dames Talbot.
“Il connut bientôt leur situation.
“La première fois qu’on parla du comte de il affecta un profond chagrin; et comme on | geait, il inventa une fable : le comte était mort Coups des Mexicains ; il avait vu son cadavre. .
—Mais c’est un monstre que cet homme ts marquise indignée.
—Un monstre ! répéta Hélène.
—À qui le dites-vous!.… murmura |: vicomt
ncore M. Georges Leslie raconte-t-il tout cela :
extrême modération.
—1] n’exagère rien, n’est-ce pas? dit le vieux qui le regardait en face.
—Au contraire... au contraire !” fit par de Henri de Villiers.
Puis se rapprochant de la marquise et d'Hélè
“ J'ai été vingt fois sur le point de vous racont dit-il; mais javais appris indirectement la liaiso: lène avec la Pauvre miss Talbot... Je craignais causer de la peine.”
La marquise l’attira jusqu’à elle; la curiosité nait à la gorge.
“Le nom, fit-elle tout bas, le vrai nom?
—Demain, répliqua le vicomte en se dégages viendrai de bonne heure.
—J’abrège désormais les détails, mesdames, George Leslie, au moins en ce qui regarde miss 1 Je sens que vous avez deviné. Edouard était très très habile, très-amoureux. I] offrit sa main à la veuve. Elle accepta. I1 abusa de ga position de f Hélène fut coupable.
Voilà tout ce que le comte Albert sut avant d’arriver
ke manière t0Baltimore.
son siège), M] dit à Towah, quand Je récit de l’Indien fut achevé : ot. Je donnerais la moitié de mon sang pour la venger mais je suis aveugle!
mte devant | En allant et revenant, répondit le Panie, Towah a 2e on l’inter il les plantes qui rendront la vue à son maître... t mort sous attendant Towah peut tuer.” lavre.….. Le comte Albert n’est pas de ceux qui se vengent par ame l s’écria j i Après six jours de marche, les voyageurs atteignirent sources de l’Arkansas; le paquebot neuf remontait vicomte He lors jusqu’à Kiew. Rosen et Towah s’embarquèrent, t cela avec 18e soir même Rosen se mit entre les mains de son mé- =. in Towah.
vieux géné
Il ne demanda point quelle était la composition du rede préparé par l’Indien.
par deux forowah avait passé la meilleure partie du jour à faire tillir des simples.
d'Hélène : Avant de présenter le breuvage à son maître, il fit raconter cel passes au-dessus du vase et prononça des paroles , liaison d’TI: 0 iques.
aignais de lPendant que Rosen buvait, Towah chanta et dansa. ‘Le père de Towah guérissait les aveugles, dit-il; je s comme faisait mon père... Pourquoi ce breuvage
Towah lignore.”
ariosité la t
légageant ; et Rosen fut pris d’un lames, repr uand il s’éveilla, l’Indien Jui dit:
miss Talbo Vous avez dormi douze heures. Ne portez pas la ait très bea au bandeau qui couvre votre front ; dans cinquante n à la vier S vous verrez la lumière. . .”
on de fianc
a traversée pour descendre Arkansas, remonter le sissipi et l’Ohio, dura plus d’un mois. Chaque soir,
le visage un
Pansait le comie et ini mettait eur