‹ Les couteaux d'or [microforme]Chapitre 8 sur 22 · RER · texte numérisé non relu

RER

bandeau composé de larges feuilles enduites d’ Le pansement fait, Towah opérait l’imposi mains et le comte s’endormait

La voix de George Leslie devint tout à coul et plus brève... :

C'était par une nuit d’août chaude et pesa maisons de Baltimore étaient muettes : la ville

Towah conduisait par la main le comte A Rosen dans les rues désertes.

: Les jambes du comte fléchissaient sous le I son Corps.

Towah s’arrêta devant une maison dé modes!

rence dans Long-Island-street et dit :

C’est là!

—Vois-tu de la lumière aux croisées ?” dema sen.

—Je vois de la lumière répondit Towah; on pas... Je vois des ombres qui vont et viennent.

— Alors, frappe !”

L’indien souleva le marteau de la porte.

“ Est-ce vous, enfin, monsieur Edouard?” d une voix à l’intérieur. ;

— Oui,” répondit le comte Albert par une ins soudaine,

La pôrte s’ouvrit aussitôt, et la nourrice d'El nant les deux mains de Rosen :

“Monsieur Edouard, monsieur Edouard! dit sanglotant, elle vient de mettre au monde un petit ange... la laisserez-vous mourir ?

—Margarot, dit le comte, je suis Albert de R je veux parler à Ellen.

Margaret recula et se couvrit le visage de ses :

Le salon de mistress Talbot était éclairé par & pe.

ites d’onguer On entendait à travers la cloïson les gémissements imposition J4Ellen. | : Le comte Albert et le Français Edouard étaient seuls SE [07

Ces deux hommes ne se sont trouvés que cette seule

à coup sour is en face l’un de l’autre. =

Le comte Albert, qui était alors aveugle, ne put voir + pesante ; Français; le Français ne put voir le comte Albert, -ville dormant le visage presque en entier disparaissait sous son mte Albert asque.

Le Français dit :

us le poids F“ Malheur aux femmes qui trouvent ainsi des cheva-

rs errants pour les défendre! J'aurais eu pitié, peutmodeste ap] e de miss Talbot, si vous n’étiez pas venu.

—Vous refusez d’épouser miss Talbot? demanda osen, qui tenait son coeur à deux mains.

demanda RSS —Je refuse l” répondit le Français. Il fit un mouvement comme pour se retirer.

h; on ne di “ Restez, dit le comte ; si vous sortez d’ici sans ma pernnent. ission, vous êtes un homme mort!

—Un assassinat !... s’écria le Fmançais.

€. —Un châtiment !” prononça Rosen, qui le saisit par rd?” dema bras.

Une plainte faible passa au travers de la cloison. ne inspirat Ellen appelait. :

: “Ecoutez! fit Rosen; si vous l’épousez, je vous fais e d’Ellen | n de tout l'or que vous m’avez volé.” Le Français se prit à rire.

d! dit-elle “Si vous ne voulez pas, continua Rosen, je vous prode un pauÎque en duel.

—Vous! repartit Edouard avec sarcasme ; un aveu- > ?

* Sans merci, poursuivit Rosen d’une :

le ses mairix lente; qu'importe le bandeau qui couvre ma vue? per une LUS serons en face l’un de l’autre, ma main eur votre

ule, votre main sur la mienne...

—Et la justice semparera du vainqueur Edouard raillant toujours.

—J'ai prévu cela, répliqua Rosen ; je sais gt plume sans le secours de mes yeux. Nous si acte ainsi conçu: “Je meurs volontairement e Propre main.” Je vous donnerai ma signature me donnerez la vôtre. (Celui qui survivra dép crit auprès du cadavre.”

Le Français voulut rejeter bien loin cette pre mais Rosen lui dit:

“Towah est là; il est armé.

1. —Soit! s’écria enfin le Français: nous nous : dans une heure, J’ai une lettre à écrire; je re avec mes armes, .

—Signez d’abord,” fit Rosen.

Rosen avait fait disposer d’avance sur la table fallait pour écrire. Il traça le premier en gros bles caractères la formule que nous venons d’ents signa : Comte Albert de Rosen.

Le Français saisit la plume à son tour. Il é formule,

Rosen entendit le brtit de la plume qui grir traçant le parafe.

“Quel nom avez-vous signé? demanda-t.il.

—Edoüard*** répondit le Français.

Rosen prit le papier et le déchira.

“Ceci est le nom du ravisseur et du voleur, d veux le nom du gentilhomme. .. le vrai nom.”

Le poing du Français frappa la table,

“Pas de bruit ! dit Rosen; il ne faut pas qu’el entende... Recommencez. .., je sais votre vrai

En même temps il appela Margaret qui parut

“ Eveillez votre fils’ ordonna-t-il.

Margaret avait un fils de dix ans. L’enfan Rosen renvoya Margaret,

iqueur |... Français hésita un instant avant d'écrire, mais en.

se soumit, sais guider dpand Margaret était entré, il avait vu dans le demi- 18 signerons | igure de Towah, qui avait ment et de

sen entendit une seconde fois le bruit du parafe. À dénoere MPonnes Lo papier à l'enfant” dit-il quand le petit garçon eut le papier :

tte propositi is Nicolas, mon fils, reprit le comte Albert ; tu auà dollar pour t’acheter des puddings.” Mufant épela d'u

y nous battro ; je reviendiple du pacte:

e main. Signé.....

a table ce qu n gros et li

; d’entendre Il écrivit ui grinçait

t-il. nri de Villiers essaya de sourire.

Pour le coup, fit-il en remontant sa cravate, le nom leur, dit-il. de l’échapper belle!

a» Pigné, répéta George d’ne voix sévère : le vrai nom rançais voleur et ravisseur..…. Rosen donna un

s qu’elle ni à l'enfant et serra le papier dans son portefeuille,

S vif 20 Hit au Français:

i parüt. ous avez une heure. Towah yous suivra.”

à Towah :

il tente de s’évader.… a

wah toucha son tomahak.

Français et Towah sortirent...

À peine étaient-ils dans la rue que 1 frappé d’un coup de fléau par derrière.

Mohican, le valet du Français, était en la porte.

Le Français et Mohican s’embarquèrent 1 à Annapolis, dans la baie de Chesapeak, sur qui faisait voile pour le Havre...

“Cet homme devait être un lâche! dit H.

regard brillait de courroux, et qui avait « joues ; je m’attendais à cela !”

Elle prononça ces mots d’une voix résol

Chacun s’étonàa dans le boudoir de la n Hélène était une jeune fille timide.

George Leslie tourna les yeux vers elle.

semblait rendre -

“ J’ai fini, reprit-il en réclamant le silence j'ai raconté les faits tels qu’ils se sont pas histoires vraies n’ont pas toujours de ces dén giques qui satisfont pleinement la curiosité.

—Mais cette pauvre Ellen ? demanda la :

—Elle est restée six mois entre la vie et

—Et son enfant ?

—Son enfant vit: c’est une adorable peti

—Et cette bonne mistress Talbot ?

—Mistress Talbot est comme une folle.

la tuera.”

La rumeur générale couvrait cet interrog:

culier. .

“ Le comte Albert ! disaient ces dames en devint le comte Albert de Rosen ?

—Je ne sais, répondit George.

“Recouvra-t-il la vue ?

—Tant que j'ai habité Baltimore, le co était aveugle.

—Le délai de cinquante jours était-il exp

—Non, mesdames,

É Et Towah, le Panie?

: “ owah est un Indien... il suivra Mohican, son en. sr st] jusque dans l'enfer!

En somme, l’histoire ne finit pas?

sold : à Elle finira, mesdames, répliqua Georges Leslie, : la voix sonore prit des accents plus graves, et voudit Hélène pus me permettre de vous exposer, comme disent les

‘ les politique, l’état de la question. Voici deux an mes qui se sont fait mutuellement cession et abanc résolue et Mie leur vie.

le la marquis est ce qu’on appelle là-bas un duel américain. Le pacte est parfait, solennellement consenti des dE parts... L’un de ces deux hommes a mis l’Océan ère lui: pauvre barrière! Il ne faut pas deux sesilence d’un BPes pour franchir l'Océan. New-York est plus près nt passés. . Paris que ne l’était jadis Marseille ou Pau... Le ces dénoûmerliife Albert viendra... Il y aura mort d’homme... josité. … bientôt vous voyez disparaître de\votre noble cerda la marq quelque brillant cavalier... un accident. un dévie et la moliieubit et mystérieux... que sais-je, moi?... Mes- °8, Vous vous souviendrez du temps que vous avez le petite fill Eu à-m’écouter et vous direz: Ceci est le dénoûment istoire.” + eorge reprit sa position indolente, appuyé de nouau marbre de la cheminée, : n long murmure s’éleva dans le boudoir.

EE là voix de M Le ee À Henri de Villiers qui ina toutes les autres. a e vicomte parlait avec volubilité. I] expliquait à oisins :

Ces diables de Yankees sont ainsi faits. Leure duels PR = mblent comme deux gouttes d’eau à des assassinats. | otez que ce Français dont parle M. Leslie n’a même il expiré? a ressource de faire sa déclaration aux magistrats oùre pays, pour se mettre à couvert... Il serait obli-

MICROCOPY RESOLUTION TEST CHART (ANSI and ISO TEST CHART No. 2)

: 1653 Eost Moin Street of po 4909 USA (716) 482 - 0300 — (716) 288 - 5989 - —

gé de donner son secret... il y a là une impasse: le di honneur ou la mort!

“A moins, reprit-il plus bas, qu’il ne prévienne comte Albert et qu’il ne gagne la partie!

—Le comte Albert a l’avantage, dit auprès de lui voix du vieil O’Brien, qui le fit tressaillir; bien peu personnes pourront dire au Français: Celui-là est comte Albert de Rosen... Tandis que le comte Alb de Rosen a un ami qui lui a dit déjà peut-être: Celui est...

Enfin, nous verrons, nous verrons!” interrom

Eu à LA ; précipitamment le vicomte.

Le général O’Brien se retourna pour répondre à marquise qui l’appelait.

“ Est-ce que vous connaissez beaucoup ce M. Geo Leslie? demanda-t-elle.

—Beaucoup, répondit le général; je me suis tro avec lui sur le bateau de Douvres à Calais.

—C’est tout ?

—C'est tout... et c’est assez... un charmant g çon qui pense bien..., et qui raconte les histoires...

11 se baisa le bout des doigts.

“ Ah! parfaitement! dit la connaisseuse marquise

—Nous le caserons, n’est-ce pas?... reprit le v O’Brien ; tenez, le voilà qui aborde Mlle votre fille il a, ma foi, très-bon air4”

En ce moment, un domestique annonçait le thé s dans le jardin d’hiver.

Les deux portes-fenêtres du petit salon, donnant plain-pied sur la serre venaient de s’ouvrir et laissa entrer les tièdes parfums des plantes tropicales.

Dans le mouvement qui eut lieu parmi les conv de la marquise, George Leslie s’était rapproché d’Hél

Hélène restait toute rêveuse depuis que George I ne parlait plus. Elle avait cherché ses*yeux plus

andre à la I. George

is trouvé

arquise.

it le vicil e fille...

> thé servi

onnant de

fois sans les rencontrer. Tout à coup elle le vit près d'elle et tout son être éprouva une indicible émotion.

“ Mademoiselle, dit George, qui sembla faire un effort pour surmonter sa timidité, chez nous, en Amérique, les usages sont tout autres qu’en France... Je ne sais sil est ‘convenable à Paris, de demander à. une jeune personne, pour qui on professe le plus religieux respect, un entretien particulier. .

Hélène ne put s'empêcher de sourire et répondit :

“Non, monsieur, cela n’est pas convenable.

—Pourtant, si l’on a quelque chose de bien important à lui dire?

—On lui parle en présence de sa mère, monsieur.

—S$i la mère doit ignorer...

—Ici, monsieur, interrompit Hélène, nos mère ne doivent rien ignorer.

— Alors, mademoiselle, dit George, il me sera im-. possible de remplir auprès de vous la commission dont” miss Talbot m’avait chargé.

—Ellen !” fit la jeune fille vivement.

Puis elle ajouta tout bas, sans relever les yeux, car elle entendait la voix de sa mère derrière elle:

“Demain... à l’ambassade du Brésil... au bal de Mme la duchesse de Rivas... la première valse...

George s ’inclina respectueusement ets 'éliogns : aussitôt.

Au moment où George allait franchir le seuil du

petit salon, il se trouva en face de Ja marquise et du vicomte Henri. ?

La fnarquise disait :

“Commént, comment, mon cousin, vous voulez que je vous présente à ce M. Leslie?... mais vous n’y pensez pas! c’est un pauvre garçon qui cherche une place... Je vais retourner la chose, et vous le présenter, si vous le permettez. Voici justement M. Leslie ! s’interrompitelle—Eh bien! monsieur Leslie, le général vient de m'entretenir à votre sujet... vous avez là un très-chaul protecteur... Bien certainement, avec votre intelligence et l’acquis que vous avez rapporté de vos voyages, vous trouverez un bon emploi à Paris. .—Henri, je vou:

présente M. George Leslie en vous le recommandant tout particulièrement.”

Le vicomte répondit :

“Je suis enchanté de faire la connaissance de M. George Ledie.”

La marquise les quitta pour rejoindre son monde dans la serre.

Henri et George restèrent en face l’un de l’autre.

Henri parla le premier:

“ Vous deviez vous attendre à me voir me rapprocher

de vous, dit-il avec une certaine hésitation et comme sil eût cherché ses paroles,

—Je m’y attendais en effet,” répliqua George. Henri tendit sa main, que George prit sans difficulté.

uil du du vi-

que je pensez i vous ompitmt de Chaud igence , VOUS » VOU:

ndani

de M.

st

“ N’avez-vous rien à me dire? continua le vicomte iprès un silence où son regard avait interrogé vaineent.

—Rien,” fit George.

Il ajouta pourtant :

“ Quand j'ai à causer, il faut que je sois à l’aise.”

Le vicomte lui serra la main et lui dit:

“ Je vous comprends... nous sortirons ensemble.

—Non, rebartit George, je ne peux pas sortir avec vous.”

Henri lui jeta un regard surpris et soupçonneux.

“ Refusez-vous aussi de monter dans ma voiture ? demanda-t-il.

—J’aime à marcher, par ces temps froids, répondit Leslie. Comment appelez-vous ce pont qui est ici près, devant l’ancien palais du roi?

—Le Pont Royal.”

George consulta sa montre.

“ Dans une demi-heure, dit-il, je vous attendrai sur le pont Royal, si vous voulez.

—Soit, repartit le vicomte, dans une demi-heure.”

Ils se séparèrent. George serra la main du vieux général qui lui demanda :

“ Etes-vous content ?

—Dans une heure nous saurons cela,” répondit, George.

George regagna le vestiaire, s’enveloppa dans son manteau et sortit.

Sur le quai d'Orsay, l’homme que nous avons vu accroupi dans l’enfoncement d’une petite porte, sous le mur du jardin de l’hôtel de Boistrudan, était encore à la même place. Il avait la tête entre ses deux mains et restait complètement immobile.

Le poste de la rue Bellechasse était tout près de là, et plusieurs rondes avaient passé sur le quai. Personne

n'avait aperçu lhomre, dont | fondait avec les tons gris du vieux mur.

Par le froid qu’il faisait, on eût Pu croire que le it engourdi et jelé dans sa niche. :

a couverture grise ge

dans la neige, du côté de la rue Bellechass. Un hor dans un manteau, tourna l’

et s’engagea sur le quai, Concorde.

L’individu accroupi sous ]

trudan n’était ni engourdi ni gelé, car il fit un mou ment de tête au bruit étouffé du pas sur la neige. Il écarta un peu la Couverture qui retombait sur : oreille, et se prit à écouter attentivement.

L'homme au manteau allait passer auprès de lui s

le voir, quand un Son rauque et guttura] sortit de ga p trine.

a porte du jardin de B

viens avec moi, il est temps.”

tôt comme un ressort.

C'était un homme de grande taille, droit comme un Sa couverture flottait autour de lui

nelle du corps de garde, pler notre pauvre diable.

entre ses dents.

On ne lui répondit de vent saisissant Ja onduler en arrière, La sentinelle se dit :

“Drôle de citoyen, tout de même !.

Pas; mais à ce moment un souffl Couverture au coude de la rue, la f

+. les pieds ru

” dit-elle

| souffle le, la fit

eds nus

dans la neige et la figure peinte en rouge!... C’est bien. tôt le carnaval.”

Dans la rue de Lille, devant le portail de l’hôtel de Boistrudan, une longue ligne d’équipages stationnait.

L’homme à la couverture se planta debout au milieu de la rue et resta immobile.

Son compagnon traversa la chaussée. Il s’accota dans l’angle de la porte cochère qui faisait face à l’hôtel de Boistrudan.

“Tu es bien sûr de le reconnaître ?

—Towah reconnaîtra la Langue-Dorée entre mille! répliqua l’homme à la couverture.

—Quand il paraîtra sur le seuil, je sifflerai... regarde-le bien.

Quelques rares cochers, qui ne s’étaient pas endormis sur leurs sièges, remarquèrent ce singulier personnage, drapé comme un fantôme et droit comme un piquet dans la neige couleur de cendre qui saupoudrait la chaussée. à

À Paris tous les costumes sont bons à ces bohémiens qui rôdent autour du bonheur riche comme le moineau franc vient sautiller et béqueter aux environs des logis campagnards.

On le prit pour un abatteur de marchepieds, métier d'artiste libre, venant immédiatement après le commence des contre-marques dans cette portion de l’échelle sociale qui descend au-dessous de zéro.

Il faisait un froid aigu et vif, assaisonné d’un méchant vent du nord-est qui coupait le visage. Quand les cochers s’évéillaient ils battaient des bras tant qu’ils pouvaient pour rétablir la circulation du sang. Towah semblait insensible au froid. C’était une statue.

Le vent du nord-est apporta le son de l’horloge des Tuileries, qui tinta quatre heures après minuit.

Un mouvement se fit à l’intérieur de l’hôtel, dont le portail s’ouvrit à deux battants.

Les voitures entrèrent. Sous le péristyle, la v éclatante des valets de pied cria les nobles noms des vités de la marquise.

Towah se glissa entre deux équipages et se tint bout au-devant du grand perron.

“La voiture de M. le vicomte de Villiers!” cria valet.

Un coup de sifflet retentissant traversa la rue.

Towah s’avança jusqu’au pied du perron. Le vico te descendait. Quand il aperçut tout à coup, devant les yeux ardents du Panie qui brûlaient sous son capu le vicomte recula comme si quelqu'un l’eût frappé visage.

Ses paupières se baissèrent malgré lui, et il sentit tête tourner.

Quand il releva les yeux, car l’idée lui vint qu’il ét: leSouet d’une illusion, le fantôme avait disparu.

Henri monta dans sa voiture et dit au cocher:

“Au pont Royal !”?

L'homme à la couverture avait rejoint son comp gnon de l’autre côté de la rue.

Il ne dit qu’une parole:

“C’est lui !”

Le quart de quatre heures de nuit sonnait au paville de l’Horloge.

Un élégant équipage, attelé de deux fiers chevat noirs, s’arrêta au milieu du pont Royal; la portière so! vrit : un homme descendit, qui portait un costume de b sous une large pelisse garnie de fourrures.

Les chevaux fumants battirent la neige de leurs sabo ferrés à glace.

L’équipage repartit sans son maître.

Deux ou trois antres voitures qui toutes venaient 4 l’hôtel de Boistrudan, traversèrent le pont, doucemer et sans bruit, comme si elles eussent roulé sur ce tap de paille que les heureux de ce monde étendent at

x, la voix ns des in-

e tint de- ” cria un ue.

Le vicomlevant lui

n capuce, rappé àu

sentit sa

qu’il était :

| compa-

pavillon

chevaux ère s’ou- 1e de bal

rs sabots

aient de ucement ce tapis ent au-

blancs de neige.

evant de leur seuil, précisément à l’heure où le niveau de la mort va passer sur tout ce qui les haussait au-deseus de la foule,

Suprême et triste avantage du riche sur le pauvre: le premier a le silence acheté autour de sa couche funèbre ; l'autre meurt gratis et comme il peut.

La justice de Dieu les attend tous deux et n’a qu’une seule balance... !

Quand la dernière voiture fut passée, le pont fut pris par cet étrange silence qui règne dans la nuit parisienne, de deux heures à cinq heures.

On n’entendait même pas la marche des sentinelles des Tuileries, dont le pas s’étouffait dans la neige; on n’entendait rien, sinon ce bruit craquant et sourd” du fleuve qui allait charriant de plus'en plus lentement ses énormes glaçons.

Le vicomte Henri de Villiers gagna le trottoir occidental du pont.

Son pas chancdait comme s’il eût été ivre.

Il s’appuya contre le parapet, non pas pour regarder le fleuve, mais pour chercher un osutien.

C’était une nuit éclatante et pleine de clartés; la Seine roulait majestueusement ses îlots flottants, tout

La longue ligne des quais fuyait à droite et à gauche, rayonnant je ne sais quelle mystérieuse lunfière ; les réverbères, assombris par le contraste ietaient à des intervalles régulièrement rapprochés par la perspective, leur lueur moins pure.

Sur la droite, la grande masse des arbres des Tuileries, noire à l’oeil, malgré l’arête blanche que chaque rameau portait à sa partie supérieure, se détachait sur l’azur profond du ciel.

C’était une belle nuit, calme et grande, mais triste.

Le vicomte Henri de Villiers appuya sa tête entre ses deux mains.

mm me

Ses pieds glacés envoyaient tout son sang à son veau.

Son front brûlait.

Il regardait sans les voir les larges glaçons qui « mettaient du temps à passer sous le pont et qui re daient le cours du fleuve, fatigué d’une charge si pes te. Parfois son oeil en suivait un machinalement malgré lui, jusqu’à ce que ce glaçon se perdit au loint dans l’horizon de la rivière immobile.

Un frisson le secoua de la tête aux pieds.

“Oh! fit-il en se redressant et comme si son orgr se fût révolté soudain ; j'ai vu la mort en face... ; joué avec le péril... Ce n’est pas moi qu’on peut ac ser d’avoir peur !”?

Mais le frisson redoubla et ses mâchoires claquère

“C’est la fièvre, dit-il encore; j'ai la fièvre, je soi fre |”

Le long du quai d'Orsay toutes les maisons étaie noires. Seul, l’hôtel de Boistrudan, qu’on apercev au loin, gardait des lumières à ges croisées.

L'oeil du vicomte rencontra ces lueurs qui brillaie

à travers les grands aunes dépouillés de la berge. détourna vivement son regard.

Le nom d'Hélène vint à ses lèvres.

“Je n’ai pas peur... répéta-t-il; mais je l'aime... je n’ai que trente ans... on aime encore à cet âge-là.. “Et Paris tout entier qui saurait...” reprit-il.

Il eut comme un sanglot. Ses deux coudes se va traient dans la neige du parapet, tandis que ses maï crispées serraient ses tempes avec force.

“Un gentilhomme déshonoré, pensait-il tout hau tombe bien plus bas qu’un autre homme !”

Un vaste craquement se fit en amont et en aval, u craquement composé de petits chocs secs et successif On eût dit que, du Cours-la-Reine au pont du Carrot

eut accu-

aquèrent.

, je souf-

8 étaieni percevait

brillaient erge. ]l

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