LE RECENSEMENT DE
I. La population européenne. — On a procédé en 1897 à un premier essai de recensement des populations de la Côte d'Ivoirejj'en ai publié ailleurs les principaux résultats (1). Depuis est intervenu le décret du 17 octobre 1899 rattachant à la colonie certains territoires du Soudanet fixant avec précision sa limite septentrionale. Les progrès accomplis par notre occupation dans d'autres parties de la Côte d'Ivoire, les recensements partiels effectués en vue de l'établissement d'un impôt décapitation, nous permettent de rectifier et de compléter sur bien des points les chiffres obtenus en 1897.
Un nouveau recensement a donc été effectué à la date du 1er décembre 1901. Les résultats obtenus pour la population européenne sont les suivants:
Militaires et fonctionnaires civils. . 173 Négociants et colons 174
Total. . . 347
(4) Clozel, Côte d'Ivoire, superficie el populations, dans le Bulletin de la Société de géographie de Paris, 2« Irimeslre 1899.
3 LES COUTUMES INDIGÈNES DE LA CÔTE d'jVOME
Ces 347 Européens sont répartis entre les divers cercles et régions de la façon indiquée au tableau qui suit.
No ius Jus cercles
Militaires et fonction
Nùgocian colons
K0DJf
Biogervillc et lagunes. .
Cavallv
Tolaux
Ces chiffres ne comprennent que les Européens présents dans la colonie au moment du recensement. Il faut tenir compte des fonctionnaires en congé, des commerçants absents pour raison de santé ou pour leurs affaires, si l'on veutavoirla proportion exacte entre les fonctionnaires et les militaires, d'une part, et les colons de l'autre. On devrait compter alors environ 200 militaires et fonctionnaires pour environ 190 colons et négociants. Lorsque la pacification du Baoulé permettra d'y réduire des effectifs qui représentent actuellement 64 officiers et sous-officiers européens, le chiffre des colons l'emportera quelque peu sur celui des militaires et des fonctionnaires.
Dans la population civile, les étrangers d'origine européenne sont une quarantaine, Anglais pour la plupart.
Si l'on veut bien remarquer que, de par son climat cl sa situation géographique, la Côte d'Ivoire ne saurait devenir une colonie de peuplement, celte proportion entre les deux éléments de la population européenne n'a rien de surprenant. Le chiffre de 200 fonctionnaires et militaires, en particulier, ne paraîtra pas excessif si l'on veut bien réfléchir qu'ils ont à
administrer 2 millions d'indigènes et â occuper un territoire dont la superficie est supérieure à la moitié de celle de la France.
II. La population indigène. — Pour apprécier la valeur et l'exactitude des chiffres de la population indigène de la Côte d'Ivoire que nous allons donner, il convient de distinguer entre les régions où il a été possible de procéder à des recensements plus ou moins réguliers et celles encore inoccupées ou même inexplorées, pour lesquelles nous ne pouvons procéder qu'à des évaluations forcément imparfaites.
La première catégorie nous donne les chiffres qui suivent :
Habitua la
Cercle de Kong- 400.000
— de Boodoukou 82.174
— de l'Indeoié 7.008
— d'Assiûie 52.627
— de Grand- Bassam 8.317
— des lagunes Potou et Ebrié avec le
pais Altié 359.221
— deLahou 26.385
Région du Baoulé (partie recensée). . . 142.548
Cercle de Sassandra 16.080
— du Cavally 45.000
Total. . . 1.139.350
II convient de remarquer que ces chiffres sont très probablement un peu inférieurs à la réalité ; ta plupart des recensements ayant été effectués en vue de l'établissement d'un impôt de capitation, les indigènes ont dû évidemment chercher à dissimuler leur nombre réel, et l'on ne peut prétendre, au début d'opérations de cette nature dans un pays aussi neuf que la Côte d'Ivoire, arriver du premier coup à l'exactitude absolue.
Pour les régions où il n'a pu être fait de recensement, même approximatif, les bases d'appréciation sont les renseignements fournis par nos chefs de poste et les explorateurs, et, parmi
4 LES COUTUMES INDICEES DE LA CÔTE D'iVOIRE
ces derniers, il convient de citer MM. Eysscric, les membres de la mission Houdaille, MM. Hoslains et d'Ollonc. Lorsqu'il s'agît d'un pays totalement inexploré, comme une partie de Phinterland des cercles du Cavelly et de Sassandra, la population est évaluée en raisonnant par analogie avec les régions similaires que nous connaissons et en tenant compte de la configuration générale du sol, de la nature de la végétation (forêts et savanes), qui influent sur la densité des habitants. Cette deuxièmecatégorie de territoires nous donne les chiffres suivants :
Habitants Parlie Sud tic la région comprise enlrc le —
Nzi et le ComoC * 10.000
Morénou 5.000
Populations noo recensées du Baoulé . . . 500.000
Hinterland des cercles de Sassandra et du
Cavally 300,000
Total 820.000
Populations recensées. . 1.139.339 Total général de la population indigène . . 1.959.359
Et si nous tenons compte de la modération apportée dans l'évaluation de la population non recensée, des considérations énoncées plus haut en ce qui concerne celle pour qui des recensements ont été effectués, nous pouvons attribuer à la Côte d'Ivoire 2 millions d'indigènes en chiffres ronds, en restant très probablement encore au-dessous de la vérité.
Les éléments étrangers les plus importants sont, dans le nord de la colonie, des traitants venus du 2e territoire militaire du Soudan, de la Guinée et du Sénégal; presque tous appartiennent à la race mandé, déjà représentée par de nombreux indigènes dans les cercles de Kong et de Bondoukou. Dans toute la partie orientale de la Côte d'Ivoire, on rencontre des Achantis et des Fantis, et surtout de nombreux Zcmas ou Apolloniens ; tous sont originaires de la colonie anglaise voisine et tous se rattachent étroitement aux Agnis de la Côte d'Ivoire par la race, la langue et les mœurs.
Les Sénégalais (Toucouleurs, Ouolofs, etc.), venus dans la colonie comme tirailleurs, gardes de police, traitants, ouvriers d'art, etc., ne sont que quelques centaines. Le chiffre des Libériens et des Sierra-Léonais est insignifiant; enfin, on trouve, surtout àGrand-BassametàBingerville, une ou deux douzaines de Gabonais et de Loangos qui sont traitants, commis, blanchisseurs, cuisiniers ou domestiques.
La superficie de la Côte d'Ivoire, déterminée par le décret du 17 octobre 1899, qui fixe sa limite Nord, par les conventions franco-anglaises des 12 juillet 189:1 et 14 juin 1898 à l'Est, par l'océan Atlantique au sud et par la convention du 8 décembre 1892 avec le Libéria à l'Ouest, est de 300,975 kilomètres carrés, ce qui, en tablant sur 2 millions d'habitants pour l'ensemble de la colonie, donne un peu plus de G habitants 1/2 au kilomètre carré. Celte densité, très faible si on la compare à celle des principaux Etats européens, n'a rien que de très normal pour l'Afrique intertropicale. On est en droit d'espérer que les populations de la Cote d'Ivoire, auxquelles nous avons apporté la paix française en supprimant Samory et les guerres intestines de tribu à tribu, iront désormais en s'accroissanl d'une façon régulière. Il fauty compter, caria première richesse d'un pays, ce sont les hommes. Les mines d'or les plus abondantes, les produits naturels les plus précieux, ne valent que par les bras qui les mettent en valeur. Dans les pays intertropicaux et malsiiins tels que notre Côte d'Ivoire, on ne peut rien attendre du trop-plein delà vieille Europe; les immigrants de race blanche y fondraient sous le climatetsous la fièvre comme la neige par un soleil de juillet. On ne saurait donc trop redire que, dans l'Afrique occidentale française, l'indigène est la base de toute prospérité, le pivot de tout progrès.
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