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LES ABBESSRS DE FONTEVRAULT

pins friandes; en pareil cas, Tabbaye de Fonlevranll ressemble an pays de Cocagne : partout des tables splendides, des mets délicieux, des vins exquis, des fontaines de vin, des montagnes de sucre et des ruisseaux d^hydromel ; Bacchus, déguisé en moine, chancelle en fredonnant une chanson h boire ; Momus, tout bouffi de son sujet, chante les merveilles de la gastronomie ; et une charmante Hêho, travestie en nonnelte, emplît jusqu'au bord la coupe toujours vide et toujours pleine de son abbesse ! C'était là , sœur Thérèse, le règne de la gourmandise, dans Pabbaye de Fonte vrauh , et l 'on aurait pu dire à Gillette, qui était fort belle, ce que le chevalier de Chauvelin disait a une gourmande du dix-huitième siècle :

En songeant à Totre péché,

En vous voyant le visage d'an ange ,

En vérité, je tais f&ché

De n'être pas quelque chose qu'on mauge.

« Celte insatiable Gillette avait si bien dévoré le trésor et les revenus de Fontevraulr, que, dans le siècle suivant, Marguerite de Poncey dut introduire dans Pabbaye le gouvernement de Vavarice, I.e pays de Cocagne prend tout a coup les apparences désolées d'une thébaïde; Marguerite donne l'exemple de la mortification : ellejei\ue par économie; elle boit de Teau par esprit d'ordre; elle mange du pain noir par prévoyance. Quoi qu'elle reçoive, de toutes parts, d'abondantes et riches aumônes, Marguerite continue a jeiiner et a faire jeûner les autres; elle amasse, elle entasse, elle thésaurise; elle imagine de petits tours de physique amusante, qu'elle appelle des miracles, et ces miracles font tomber une pluie d'argent dans le réservoir du monastère. Sous le triste règne de sa majesté Vavarice, les ruines commencent a d^rader les bâtiments de Fonievranlt: on se sent mourir de faim dans le royaume de Gillette-la- Gourmande; les religieux ont à peine une robe pour se couvrir, des pieds a la tête, et les religieuses ont besoin plus d'une fois de

s'abriter dans leur vertu ; à coup sur, Marguerite de Poncey est une

des aïeules les plus légitimes de matire Harpagon. Du reste» notre abbesse avait une figure distinguée, des yeux éloquents, une taille de princesse et des mains royales ; a ces causes, on aurait pu lui dire ce que le chevalier de Chauvelin disait à une belle et avaricieuse personne :

Quoique votre pécbé paraisse un peu bizarre, Si vous voulez il deviendra le mien...

Iris, 8i vous étiez mon bien, Je sens que J'en serais avare.

« Au quatorzième isiècle, a di( le père Niquet dans son Histoire de Fontevrault, « TOrdre était déchiré de furieiises dispensions el bouleversé par des factions étranges. » En >I549, il fallut procéder au choix d'une nouvelle abbesse, et les turbulents électeurs de Tabbaye se disputaient le sceptre religieux dlsabeau de Valois. On s'avisa d'un singulier moyen pour en finir avec cette élection ; vous ne devineriez jamais, sœijir Thérèse, de quelle façon peu édifiapte les religieux et les religieuses de Fontevrauh s'amusèrent a choisir une abbesbc; , . La couronne mouastiquedePétronille/u^ odjugke^à V extinction des feux, à Théopheigne de Cbambou !

« Théopheigne garda rancune aux inventeurs de ce nouveau mode d'élection^ die se souvenait, a chaque instant, d'avoir, été élue dans un jour d'orage... et ce fut la colère qtii régna dans l'abbayç de Fontevrnult. Le bàlon pastoral de Robert» tombé eu quenouille entre lies mains des abbesses, se tranforum, pour les sujets religieux de Théopheigne, en uue espèce de joug qui pesait a la fois sur les humbles et sur les superbes. L'ardente et impitoyable supérieure réalise» dans son couvent, les prouesses de la tyrannie féodale : elle corn* mande, elle crie, elle blasphème, elle menace, elle frappe, elle forge des chaînes, elle creuse des cachots; si elle osait davantage, elle dresserait une fourche patibulaire sur le seuil même de l'abbaye I

« Toujours irritée, toujours furieuse, Théopheigne trouvait le moyen de gâter, par ses emportements, les grâces naturelles de toute

Mlle lurdinc an l 'ver ,

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