LES ABBESSES PE FONTEVRAULT
« — Sire, s'ccnR une espèce de trouvère de village, un vieux ménestrel de Tcndroit, qui faisait danser a ses refrains les jeunes gai'cons et les jeunes filles; sire^ voici le fait : la reconnaissance , l'habi tilde et Thonneur m'ont donné le conseil d'épouser une letnuie qtâ a dqa passé k cinqiiaîilaiiie.,, une (einme coudaninée a ctre cinquante fois raisonnable; ch bien ! il afalln qu'un maudit lib^ntjn fut le courage de lui tourner la léte, par tout ce que la sgd^icUou a de plus dangeureux pour Tinnocence. . -
« -—Miséricorde 1 répondit en riant le roi René ; quel est le mortel îibandonné des fcninies et de Dieu?...
f — Votre page, sirCp votre page Olivier lui-iuc^me!.,» Courtispr une femme de cinquante ans, de gaieté de cœurj sans y èlre obligé !.,, Vous Yoyçz Lien, sire^ que c^est a moi seul qu^il en veut!
I — Sois iranquilk : il ne t'ea voudra phis dt^ormais.., il y a de ces faut^ qu'un jeune homme ne se résigne point a cojumeilre deni Tois,
t L'arbre, qui abritait Olivier et Marguerite, tressaillit de nouveau : la jeune fille était furieuse conïre le page,»- et les branches de Toranger trahissaient, en s'agitant, la colère de la villageoise*
t Un paysan, qui se tenait a Técart, se décida, bon gré, mal gré, 8 prendre la parole dans ce préloire de fleurs et de verdure où Ton invoquait la justice du roi.
« — Sire 1 s'écria le rustre , qui avait à se plaindre d'une coquette, jt? suis le cousin de Marguerite, votre protégée, une belfc créature qtii doit faire le bonheur de maître Richard Palris; en épiîujt au^ jottrd'bui ma petite cousine^ parce que j^ai la mauvaise coutume de répier chaque jour^ il mV semblé la voir de loin, a la place où vous êtes, »ire, sur ce banc de gazon, tout près d'an beau jeune homme qui jouait de la viole par amour pour elle; et ptiiSj m vous voyant, les deux anioui^eux ont pris le parti de s'enfuir et de se cacher dnns les bras Fun de Tauire. ,*
I ^- Dans les bras Tuii de raiiti^? balbutia Ridiard^
r^O LES COUVENTS.
€ — En s' envolant comme deux oiseaux...
€ — Comme deux oiseaux?
€ —Si bien que je les ai vus se percher sur les branches d'un arbi'e...
€ — Sur les branches d'un arbre ?
€ — Sur unoranger...
c -. Où est donc cet oranger ?
c — Le voici !
€ A ces mois, le roi, qui avait la meilleure envie de rire, et Richard Palris, qui avait la meilleui^ envie de pleurer, fouillèrent des yeux dans un massif de verdure, et découvrirent a grand*peine les deux pauvres enfants qui avaient la meilleure envie de se cacher; quelle houle pour Olivier, et surtout pour Marguerite ! impossible de s'envoler encore un peu plus haut ou un peu plus loin : l'un se résigna de bonne grâce, hardiment, comme il convenait a un page; l'autre exhala un profond soupir... elle baissa humblement la (été, comme il convenait a une vierge pudique. Enfin, il leur fallut descendre et marcher sur la terre, s^humilier devant les témoins d'une pareille scène, et s'agenouiller aux pieds du roi.«
f René réfléchit un instant : il résolut de rester seul avec Marguerite, et de la juger a huis-clos ; Richard Patris et ses compagnons d'infortune se dispersèrent dans le jardin.
c — Dieu me pardonne ! pensa le barbier amoureux, en songeant h la justice mystérieuse de son maître, le juge n'est pas plus rassurant que le page !
€ Le roi René obligea Marguerite à s'asseoir tout près de lui, trop près de lui peut-être ; n'était-ce point la un moyen d'intimider une jeune fille qui avait besoin de se justifier, une malheureuse accusée qui avait besoin de se défendre!... Aussi, au premier regard, au premier geste, au premier sourire du roi, Marguerite se prit a rougir et a pleurer ; elle n'était pas coupable sans doute... mais elle ressemblait terriblement a une pécheresse repentie.