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LES ABBESSES DE FONTEVRAULT

« — Mon enfant, lui dit le roi, pourvu que !'on s'humilie et que Ton se repente, a tout péché miséricorde I

« — De quel péché me parlez-vous, sire? lui répondit la jeune fille d'une voix tremblante.

c — Sois tranquille, Marguerite : ton fiancé Richard n'en saura rien.

f ^— Hélas! qu'est-ce donc qu'il doit ignorer?

f — Pas un mot de plus sur oetle aveniurCp Marjuerilc... Ji» n'en veux pas savoir davantage.

t — De gràce^ instruisez- moi de ce que vous savez déjà, «îret

B — Est-ce que je ne sais pas, en te voyant p que cette coiriurcest un peu chiffonnée?

I — C'est la faute de cet arbrcj on je me suis cachée.*,

p — Est-ce que je ne sais pas anssî que voilh une gorgère nu peu dc'fmle?

t — Ah ! sire! c'est une mode maintenant, d'avoir sa collerette dérangée.,,

a — El ces fleurs que tu portes dfinâ un pli Je la rohe, ne sontelle^ï pas un peu fanées?

* — Ah ! sire, c'est que je les ai trop serrées sur mou cœur . ,.

< — A merveille ! que faisais- tu donc, il y a un instant^ dans le feuillage de cet arbre?

1 — J*enrageaisj sire.*,

« — Contre qui?

m — Contre le page,..

a — Tu étais furieuse, j'en suis sfir, en écoutant les plaintifs q ni s'élevaient autour de lui.,, cela veut-il dire que tu rainjcs?

n — 11 s*cst alTolc pour Laurette, pour la vieille Mathnrine^ pour Marguerite p pour toutes les fetnines,.» et je ne l'aime phis^ sire!

< — Tu as raison, et moi seul, au niondejje dois savoir qiie (u l'as aimé.

« *- Vous m'avex loujoui^ protégée, slrc- g Ardex mon secret !

c — Kn revanche, tu garderas le mien!

c — Lequel, sire?...

I .^ Je te le confierai plus tard.,, mieui^ vaut tard (|ue jamais !

c Le doux juge proclama Pinnocence de la jeune fille, ia la place méiue oii un page amoureux avait essayé de la séduire ou de la compromettre; le mariage de Richard fui déciJé par ordre du roi ^ — et pour que rien ne manquât au triomphe d'une vertu qu^il avait protégée, René imagina, eu faveur de Margueiite, une singulière amende honorable : un matin, au moment où la jolie fiancée allait franchir le seuil de T^lise pour devenir la femme de Richard Pa- Iris, le page Olivier s'inclina devant elle, au milieu des grands et des petits, en présence du peuple et de la cour ; il s'agenouilla respectueusement aux pieds de Marguerite et il lui offrit, en souriant , un bouquet de fleurs d'oranger, comme un hommage qu'il venait rendre a la vertu, a l'innocence de la mariée.

f Telle est, sœur Thérèse, l'origine amoureuse du bouquet virginal des jeunes filles qui se marient; c'est a un roi spirituel, a un page audacieux, d une coquette villageoise, que nous devons le gracieux symbole de ces boutons de fleurs d'oranger qui servent ^ parfumer la première robe, la preuiière pensée, le premier soupir du mariage.

« O René ! ô joueur de viole ! oh ! le plus pastoral des monarques ! . . . les bouquets de fleurs d'oranger se sui vent et ne se ressemblent pas !

« Quelques années plus tard, le roi René emmena dans l'Anjou Richard Patris et Marguerite. Un soir, la femme du barbier prit la fuite; le lendemain, on apprit qu'elle s'était réfugiée dans Fabbaye de Fontevrauli,pour lutter avec l'aide de Dieu contre l'ennui, contre le mariage, et peut-être contre le souvenir du page Olivier. Au lieu d'aller réclamer sa femme, à la porte du couvent, Richard Patris se contenta d'envoyer a l'abbesse un présent magnifique ; le barbier du roi René était sans doute de lavis de ce philosophe marié

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