LES ABBESSES DE FONTEVRAULT
qui disait assez plaisamment : Uii mari ne redevient entier que quand il a perdu sa moitié !
« Revenons aux sept péchés capiiaux de Tabbaye; nous avons quille la paresse : nous allons rencontrer Torgueil. Louis XII gouverne le royaume de France ; Renée de Bourbon gouverne le royaume de Fonlevrault.
a Renée de Bourbon étail une dévote active, remuante, infatigable : elle avait besoin de parler, de marcher, d'agir, de penser et de commander ; le souvenir de Marie de Bretagne lui faisait horreur : elle voulut réagir sur le règne de l'indolence, a force de volonté, a force de tyrannie ; ce fut la grue de la fable qui remplaça le soliveau. Afin de prouver a ses sujets religieux qu'elle étail véritablement capable de faire quelque chose, la noble abbesse commença par faire toutes sortes de folies, qui devaient être pour ses inférieurs les té* moignages de sa fermeté et de sa force.
a Quand il ne resta plus a Renée de Bourbon un seul bâtiment de l'abbaye a reconstruire, un seul caractère a ployer, une seule religieuse à punir, un seul moine a humilier, Timpérieuse abbesse résolut d'entreprendre, pour tuer le temps, la réforme complète de Tordre de Fonlevrault. Les disciples de Robert et de Pélronille essayèrent de lui résister : trop faible, malgré sa puissance, pour venir a bout de c^tte opposition monacale, Renée de Bourbon confia la cause de son orgueil au roi Louis XII et au Parlement ; la royauté lui prêta des armes pour contraindre des moines à prier Dieu, et la justice lui prêta des arrêts pour obliger des pécheresses a se repentir. • Avec l'aide de plusieurs grands personnages qu'elle appela, a « dit le père Niquet, avec des arrêts du Parlement, et main-forte qui « lui fut prêtée, le roi la favorisant en tout, elle fut à la fin mal- « tresse : elle fit conduire de force en d'autres monastères les rec ligieux et i*eligieuse$ qui ne voulaient point de réforme. »
« C'est encore l'orgueilleuse abbesse de Fonlevrault, madame Renée de Bourbon, qui se précipite un jour aux pieds du roi de
France* pour le supplier d'exterminer tous les mauvais caiboliques de son royaume, sans en excepter les princes eux-mêmes!... Et pourtant, sœur Thérèse, tel est Tempire de la beautéi de la dislinction et de Tesprit, que nous sommes tentés de dire a celte belle Renée de Bourbon ce que le chevalier de Chauvelin disait h une de ses amies, ma Jame de Mainvilliers :
L'orgueil e^t un pécbé bicu doux ; Pourra-t-il passer pour un vice ?...
J)cpuiâ qu'il a le bonheur d'être k vous, On le prendrait pour la justice!
« Est-ce que la séduisante Louise-Françoise de Rochechouarl- Vivonne, abbesse de Fontevrault au dix-huitième siècle, ne personni6e pas à merveille le vilain péché de Tenvie? Louise de Rochechouart n*est-elle pas envieuse de tout et de tout le monde? est-ce que les magnificences mystiques de Chelles ne l'empêchent pas souvent de dormir? est-ce que sa dévotion n*est pas troublée par un écho lointain des voix mélodieuses de Long-Champ? est-ce qu'elle ne porte pas envie à cette bienheureuse abbesse d^autrefois, Tabbesse du couvent du Lis, qui recevait les secrètes visites d'un roi de France * ? est-ce qu'elle ne se trouve pas un peu trop loin des plaisirs* du monde et des grandeurs de la cour ? est-ce qu'elle n'envie pas tout ce qui plaît aux femmes, tout qui les embellir, tout ce qui les flatte? Quand elle lit un livre de poésies galantes, elle envie les coquettes célébrées par des poètes amoureux ; quand elle entend parler d'une aventurière courtisée par la mode parce qu'elle est jolie, spirituelle ou riche, elle est envieuse de cette beauté, de cet esprit, de cette richesse ; quand on lui raconte une histoire amoureuse, dont le dénoùment se cache dans une alcôve royale, elle oublie son titre d'abbesse pour envier l'héroïne de cette aventure d'amour; quand elle songe au couvent des Carmélites, elle admire Louise de la Misé-
1 Catherine de la Ti-émouillc et Henri IV.