LES TROUBLES RESPIRATOIRES
Au cours de toute intervention neuro-chirurgicale, on compte la respiration avec autant de soin que l’on suit le pouls et la tension artérielle.
Les troubles respiratoires peuvent apparaître sur la table d'opération ou être retardés eux aussi.
Au cours d’une intervention sur la région supra-sellaire nous avons assisté à une crise d’œdème aigu du poumon déclenchée
brutalement par une traction sur le troisième ventricule. Les .
modifications du rythme respiratoire sont extrémement fréquentes.
Lorsque les accidents sont tardiïs, on peut voir survenir 24 ou 48 heures après l'intervention. Le plus précoce est la modification de la « qualité » de la respiration. Celle-ci devient plus ample, plus profonde, plus bruyante. Puis son rythme se modifie ; une polypnée s’installe, la respiration progressivement passant à 30, à 40 par minutes. Parfois, elle prend le rythme de Cheyne- Stokes, sans que ce rythme ait une valeur pronostique plus sombre. Parfois, elle prend le rythme de Kussmaul, avec en plus, du tirage sus-sternal de très mauvais pronostic.
Enfin, en dernier lieu, la respiration devient humide, gargouillante, de la mousse rosée apparaît aux lèvres, à l’auscultation on entend des râles diffus dans la poitrine. C’est le tableau typique de l’œdème pulmonaire subaigu dont le pronostic est extrêmement grave. Dans certains cas, en couchant les opérés sur le ventre, la tête basse, on les aide à expulser la sérosité qui noie leurs alvéoles pulmonaires ; mais dans l’ensemble, lorsque la respiration est accélérée à plus de 40 et qu’elle devient œdémateuse, le pronostic peut être considéré comme fatal.
Fait remarquable chez ces malades, les complications pulmo-
naires infectieuses sont relativement rares. Malgré le decubitus
dorsal prolongé et les troubles de la conscience, les bronchopneumonies sont rares, plus rares, certainement que dans d’autres variétés de tumeurs cérébrales.
LES TROUBLES THERMIQUES.
Dans les suites opératoires des interventions sur la région du troisième ventricule, l’ hyperthermie est très fréquente.
Dans les suites les plus simples on trouve une élévation légère de la température. Celle-ci se maintient pendant quelques ; jours autour de 38, 38,5 et elle diminue progressivement à mesure que
l’état du malade s ‘améliore. Cette hyperthermie peut être isolée ou s'accompagner de très peu de symptômes. CusxinG cite le cas d’un malade qui présenta pendant 10 jours de la fièvre avec polyurie, sans aucun autre Pope et chez lequel la température redevint normale.
Mais, bien souvent, les faits n’en restent pas là, et, loin de tendre à baisser, la température s'élève. On suit les malades d’heure en heure ; leur température varie de peu de chose, quand, brutalement, elle s’élève et monte en quelques heures à 39, 40, 41 même. En même temps l’état s’aggrave, la conscience se trouble, le pouls s’accélère, la respiration se modifie. Tout, un ensemble clinique est réalisé dont l’évolution est fatale dans la majorité des cas. |
Comment peut-on interpréter cette hyperthermie ?
On ne peut invoquer les accidents infectieux ni une fièvre de « résorption sanguine » plus ou moins hypothétique. Il faut admettre un mécanisme central. On observe cette hyperthermie dans beaucoup d’autres interventions cérébrales ; on la voit, également, dans les traumatismes cérébraux, et, de prime abord, elle ne semble pas spéciale aux lésions du troisième ventricule. Il est des cas, nous l’avons vu, où l’hyperthermie fait partie de tout un tableau clinique d’aggravation. Si l’on peut, alors discuter d’autres mécanismes, bulbaïre, cortical ou autre, sans accuser avec précision la région infundibulaire, dans les cas où cette hyperthermie est isolée elle paraît liée à un mécanisme infundibulaire. D'autant qu’elle peut s'accompagner de troubles tels que la polyurie, très évocateurs d’un mécanisme tubérien.
La fièvre d’origine centrale est connue depuis longtemps ; on admet depuis CHARCcOT l’existence de centres régulateurs de la température dans l’encéphale. On a invoqué successivement, comme localisation, la circonvolution du corps calleux (Rre-
PING), la région corticale sensitivo-motrice (BECHTEREW), enfin la région du tuber cinereum (OTT-SAKOVIC).
L’expérimentation est arrivée à localiser les centres de la régulation thermique dans l’hypothalamus. ISENSCHMIDT et Scx- NITZLER invoquent la région des tubercules mamillaires et de la partie postérieure du tuber. RANSON, FISCHER, INGRAM, ont fait sur le singe, une série d'expériences ; ils ont réussi à avoir une hyperthermie transitoire dans les lésions de la partie rostrale de lhypothalamus ; et une hypothermie prolongée dans les lésions étendues en arrière jusqu'aux tubercules mamillaires.
Les faits neuro-chirurgicaux viennent confirmer l’expérimentatioæ chez l’animal ; il est difficile de donner une précision exacte sur le point anatomique où la lésion de l’hypothalamus provoque l’hyperthermie.