I. Edition pour piano et chant chez Legouix, lyii
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« C'est un des plus détestables crimes contre le goût et contre le bon sens que de parodier par des paroles quelconques un air qui a été fait originairement sur quatre beaux vers de Metastasio et il est cruel qu'on puisse faire de ces horreurs à Paris avec succès. »
Vmsqii An nette et Lubin représente une des dernières créations du « genre faux », il est intéressant d'analyser rapidement la partition ; les vaudevilles, évidemment fort nombreux, étaient puisés aux sources les plus diverses ; on y trouvait d'abord des airs populaires (« Tout de fil en aiguille », « Dodo, l'enfant dormira tantôt », « La petite poste de Paris », etc..) — un air d'opéra séria : « Prigioniera abbandonata », emprunté à VAdriano in Siria, de Pergolèse (1^734) — enfin des airs détachés de quelques œuvres contemporaines : (( Que ne suis-je lafougère », de Sody ; « On craint un engagement », romance de Gaviniès ; « Dans ma cabane obscure », du Devin du Village, Ces timbres étaient choisis avec le goût le plus parfait et fort bien accommodés aux paroles. La partition de Biaise offre deux mérites essentiels : d'abord l'unité d'inspiration entre le texte et la musique; par ses phrases élégantes et souples, le compositeur avait su trouver, pour exprimer la tendresse, des effets analogues à ceux des jolis vers de Favart — en-
GLUCK, LA RUETTE ET DUNl m
suite runité d'inspiration entre les airs anciens et les airs nouveaux ; d'un bout à l'autre, on peut lire la partition sans trouver une ariette qui semble déplacée; on constate même une étroite parenté entre certaines phrases des couplets : « 11 vous dit qu'il vous aime — Oui, Monsieur le Bailli » sur le timbre « Une faveur Lisette », et l'ariette de Lubin, si fraîche et si naïve dans son rythme balancé : « Le cœur de mon Annette — Et le mien ne font qu'un ». Ajoutons que Biaise, suivant un procédé qui fera fortune dans l'opéra-comique, recherchait les effets pittoresques. Dans l'air de Lubin « Ma chère Annette n'arrive pas », il évo(juait en petites phrases à l'italienne le bruit du zéphir, des branches, des ruisseaux, ou dans un air du Bailli, le fracas du tonnerre et le souffle des vents. Pour toutes ces raisons, Aniietteet Lubin reste un modèle accompli de la paysannerie, dont J.-J. Rousseau avait créé le type ; encore que l'inspiration n'en soit pas très haute, ni la portée considérable, il faut regarder cette pièce comme un chef-d'œuvre de goût.
Quelques années plus tard, nous retrouvons Favart et Biaise en collaboration dans Isabelle et Gertrucle ou les Sylphes supposés ^ un acte donné au Théâtre Italien le i4 août 1765. Dorlis aime Isabelle, fille de Gertrude, et Gertrude a quel-
qiies bontés pour Diipré, oncle de Dorlis. Troublée dans un rendez-vous par sa fille, Gertrude la fait croire à la présence d'esprits « comme ceux dont parle le livre du comte de Gabalis ». Dorlis en profite, se fait passer pour un sylphe, obtient les aveux dTsabelle et l'acte se termine par un double mariage.
Il ne nous est guère possible d'insister sur cette partition autant qu'elle le mériterait. On y trouve les mêmes qualités que dans Annette et Lubin^ le même talent pour peindre la pudeur et les troubles d'une ingénue « qu'un secret ennui dévore ». La musique de Biaise n'était pas entièrement originale ; il utilisait une naïve ariette allemande, à laquelle il avait soin d'ajouter de sa main le passage obligé en mineur, un minuetto grazioso et deux airs de Gluck. 11 faut citer pourtant une page d'une réelle poésie qui semblait apporter une note nouvelle dans l'opéra-comique français. La scène se passe dans un jardin « agréable » qui, au début de la pièce, est plongé dans Tobscurité ; Dorlis, enveloppé dans son manteau, entre, une lanterne à la main et, sous les fenêtres de la bien-aimée, chante cette jolie sérénade, soutenue seulement par le quatuor et quelques appels de cor, pendant que les flûtes et les hautbois gardent le silence :
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N'est-il point piquant de rencontrer dès 1^65 cette situation romanesque, qu'après Do/i Juan tous les maîtres de l'opéra-comique devaient exploiter avec bonheur
Le plus simple souci chronologique nous invite à présent à réserver une place à un homme de génie dont on ne s'attendait peut-être pas à voir le nom en cette affaire : Gluck en personne V Gluck, le musicien émouvant d'Orphée et d'Iphif^éjiie , rangé parmi les fondateurs de
I, Le rôle de Gluck dans l'opéra-comique a été parfaitement esquissé par M. Julien Tiersot dans son Gluvk (Librairie Alcan, 1910) pp. 34-41. iVJ . Tiersot ayant donné une analyse des Pèlerins de la Mecque, nous ne reviendrons pas ici sur cette pièce. Opkra-Comique. 8
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Topéra-comique en France, il y a là, semble-t-il, un paradoxe déconcertant. Et pourtant rien n'est plus exact, au double point de vue de Fhistoire et de la musique ; il y a même mieux : c'est dans le style d'opérette le plus bouffon, le plus moderne d'accent que Gluck se révèle comme un véritable précurseur.
On sait que le comte Durazzo, intendant général des théâtres de Vienne, entretenait une correspondance active avec Favart et se faisait envoyer les pièces du Théâtre de la Foire. C'est ainsi que Gluck fut chargé par Durazzo de remanier ou de remettre en musique différentes pièces du répertoire. Il se contenta à plusieurs reprises d'ajouter des airs nouveaux, et mit la main aux Amours Champêtres^ de Favart (i75i), au Chinois poli en France, d'Anseaume (1754), au Diable àQuatre, de Sedaine (1756). Mais, dès 1758, c'est-à-dire à une époque où ni Monsigny, ni Philidor ne s'étaient encore révélés, nous le voyons composer sur des livrets français une musique entièrement originale. Son Isle de Merlin fut donnée à Schonbrunn le 3 octobre 1708: c'était une vieille pièce de Le Sage qui avait été jouée à la Foire en 1718, sous le titre du Monde Renversé^ avec des airs de Gilliers \ Anseaume
^. Sur Vile de Merlin, cf. J. Tiersot : Soixante ans delà vie de Gluck, dans Le Ménestrel, 1908.
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Tavait remise en vaudevilles pour la Foire Saint-Laurent le 2 avril 1753. « Cette pièce est épisodique, dit le Dictionnaire dramatique de Ghamfort... C'est particulièrement Topposé de ce que nous voyons pratiquer en France. Les Petits Maîtres y sont philosophes, les Philosophes, petits maîtres; les Procureurs, les Notaires, les Commissaires, scrupuleux; les filles bien élevées y disent ce qu'elles pensent; tous les hommes pensent et agissent bien. Scapin et Pierrot qui arrivent de Paris, occupent la scène depuis le commencement et c'est à eux que s'adressent tous les Discours des habitants du Monde Renversé. » L'ouverture, écrite pour quatuor, deux hautbois, deux flûtes et deux cors dépeint une mer agitée, couverte de débris de naufrage ; les contre-temps des hautbois et des flûtes scandent les batteries des violons. Cette tempête, dans ses deux motifs principaux, est la forme primitive de Touverture célèbre à'Iphigénie en Tauride^ ce qui lui donne tout de suite une singulière envergure. Apparition d'Argentine et Diamantine que saluent Pierrot et Scapin ; un quatuor s'engage sur un rythme de valse lente :
Moderato.
Bon^jour, Loi. ^ joui* if]I.^ Nyaiphe .lUX. yeiu doux
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Après une plaisante déclaration de Scapin, on échange des promesses de mariage. Entrée de divers personnages épisodiques : un philosophe, qui chante en s'accompagnant d'une guitare, la Candeur, qui arrive sur un air de polka déjà signalé : « L'avocat, le procureur — Du bien d'autrui font le leur. » Gomme les fiancés des deux belles viennent chercher querelle à Pierrot et à Scapin, on décide qu'un notaire réglera leur sort à coups de dés. Dans un spirituel récitatif, celui-ci donne lecture du projet de contrat, signé Prudhomme. La fortune ne favorise pas les deux compères et Scapin de se lamenter sur un air de valse d'une frappante modernité :
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