I. Édition pour piano cl chant (;hez Legouix
MOXSIGXY i39
Remarquons-y toutefois une imitation évidente de l'ariette du Joueur : « A questa pellegrina. » Plusieurs airs d'un sentiment fort délicat nous montrent de plus en plus en Monsigny le musicien de l'amour ; et la romance de Lise, oîi triomphait Faimable M"^ Neissel, est un chefd'œuvre du genre au XYin'' siî'cle :
Moderato
tif\[ i r^
JuS- que
dans la __moin dre
cho se Je vois mon a liiaiit €Qi preùit
Jusqu'en 1762, l'opéra-comique de Monsigny ne sortait guère des sujets conventionnels et des personnages de la Comédie Italienne. La pièce que lui fournit alors Sedaine, le Roi et Le Fermier^ était d'un caractère tout différent; l'auteur l'avait imitée du Roi et le Meuiiierde Mansfield, de Dodsley, publié dans le théâtre anglais de Patu. Le fermier Richard, garde-chasse dans la forêt de Sherwood, est fiancé à Jenny,que prétend séduire lord Lure^Yell. Le roi, égaré dans une partie de
i4o LES CRÉATEURS DE L'OPÉRA-COMIQUE
chasse, trouve un abri dans la ferme de Richard, apprend les inquiétudes de Jenny, se fait reconnaître et marie les amoureux, après avoir anobli son garde-chasse. Malgré quelques faiblesses, le sujet était intéressant, le décor nouveau et les personnages sympathiques sans mièvrerie. Je passe sur les duos amoureux, les romances, les ariettes qui célèbrent les vertus ou la vie des champs ; il s'agit de savoir ce que Tceuvre nous apporte de nouveau. C'est au premier acte le pittoresque duo entre Richard et Jenny, entrecoupé par le bruit de l'orage ; au loin les sons du cor annoncent la chasse du roi et les accords des bassons expriment « le son qui du haut des monts répond jusqu'au fond des vallons ». On trouve une fort belle scène au début du deuxième acte : perdu dans les bois, le roi entre, inquiet, fatigué ; dans un récitatif soutenu de quelques graves accords, il oppose au tumulte des armes le vaste silence des forêts. Il n'y a là qu'une ébauche et qui reste timide; elle suffit cependant pour que s'évoque à notre imagination toute une scène d'une poésie romantique. Le troisième acte renferme un joli trio qui nous dépeint la vie familiale chez Richard, et un intéressant septuor. Musique expressive et harmonieuse, disait Goldoni ; et Favart constatait le gros succès de la pièce auprès d'un public « qui ne veut ni du
MONSIGNY i4i
trop tendre, ni du trop amoureux et encore moins du trop bas ».
En 1764, Monsigny revint aux paysanneries avec son opéra-comique de Rose et Colas (8 marsj. Le livret de Sedaine transportait sur la scène les amours de deux jeunes gens, qui voient des parents s'opposer à leur mariage que Ton juge trop prématuré. Simple idylle, agrémentée de situations fort heureuses, où le talent de Monsigny put se montrer avec un naturel parfait, et une naïveté qui paraît toujours sincère. Quoique cette musique ne fut pas sans défauts, c'était singulièrement exagérer que la traiter de « barbare », comme le fit Grimm. On apprécia dans Rose et Colas l'air de Mathurin, accompagné par les hautbois et les cors : « Sans chien et sans houlette... », l'ariette en rondeau que chante Colin, au moment où il s'introduit par une lucarne pour retrouver Rose : « C'est ici que Rose respire ». Je préfère peut-être à l'un et à l'autre Tarietle où Rose se désole de l'hostilité de son père contre Colas : « Hélas, j'étais si contente... » Il y a là une profonde sensibilité, exprimée dans une forme sans recherches, où tout n'est que mélodie.
Nous ne ferons que mentionner Aline reine de Golconde,hd\\Q\. héroïque de Sedaine et Monsigny qui fut donné à l'Opéra le i5 avril 1766 et
lia LES CREATEURS DE L'OPE RA-COMIQUE
qui n'appartient pas au genre de ropéra-comique. Il faut signaler pourtant le rôle que le compositeur accorde à la musique descriptive ; au début du deuxième acte, une symphonie peint le lever de l'Aurore etMonsigny sait y trouver des dessins assez expressifs ; dans la belle ariette qui suit, Saint-Phar célèbre les charmes de la lumière : « La Terre semble respirer, tout vit, tout se colore... »
Nous arrivons enfin au chef-d'œuvre de Sedaine et Monsigny, le Déserteur, dont la première eut lieu à la Comédie Italienne le 6 mars i769\ On a souvent prétendu faire commencer au Déserteur la véritable histoire de l'opéra-comique en France ; c'est oublier bien légèrement les quinze années qui précèdent et que remplissent la verve irrésistible de Gluck, l'aimable fantaisie de Duni, l'art vraiment classique de Philidor, dont l'admirable Tom Jones est antérieur de plusieurs années. Il est plus juste de dire que le Déserteur, comme la Nina de Dalayrac, marque une étape décisive dans l'évolution de ropéracomique vers un art plus simple, débarrassé des personnages de convention, et dont la force résidera surtout dans une émotion plus pure, plus profondément humaine. Le succès mérité du