‹ Les Createurs de la ModeChapitre 10 sur 18 · ESSAYAGE D'UN CHAPEAU · texte numérisé non relu

ESSAYAGE D'UN CHAPEAU

elle se tiendra immédiatement et silencieusement ce bref raisonnement : — " Quelle robe vais-je mettre?... Je n'en vois pas... Demain, j'irai en causer avec X... ou Y... ,^

X... ou Y... est le nom du grand couturier chez qui elle est accoutumée de s'habiller. Et, pendant que vous continuez à bavarder, la femme en question ne vous écoute plus ; elle est déjà chez le faiseur célèbre : en son cerveau, elle assiste à des dégringolades de pièces d'étoffe; vous pouvez essayer d'avoir de l'esprit, ou vous inquiéter de n'en point avoir, cela n'a

aucune importance : le cei'veau a travaillé, la toilette rêvée est faite, et on imagine par avance la sensation que l'on fera en la portant ; si même un sourire vient effleurer les lèvres de cette interlocutrice, n'en prenez point d'orgueil : vous n'y êtes pour rien : on sourit seulement parce qu'on est heureuse de cette robe admirable, et si élé-

fÊ € ^^^^^S^ Hk\ JWlIIffch gamment portée... dont l'étoffe

fj^ ^^g,^^^*^^^! lIllM^x^^ '"^"^ •^IMn ii'est point encore choisie. \^S^- ^V, ^s3!lUfWis.\ l/VlflHlIII Et j-Qa foi, rêver d'une

toilette, cela est plus attachant souvent que de prêter l'oreille aux balivernes que débite une banalité courante, qui ne court point assez, puisqu'on est sans cesse menacé de la rencontrer sur son chemin.

Et puis songez à l'infinité de circonstances auxquelles le soin de la toilette doit pourvoir au cours de toute une journée, non pas seulement depuis le matin, mais depuis le lit, jusqu'à la nuit.

M. Jules Lemaître a dit :

« La toilette féminine est devenue, essentiellement, expressive du sexe ». Et elle est expressive à toutes les heures du jour. D'abord, c'est le tour de la lingerie, le tour des blancheurs enrubannées et des transparences habilement réglées par la finesse du tissu ou le rézeau des entre-deux. Le linge n'est pas une matière stable, que l'évolution de la mode indiffère, et dès longtemps il fut l'objet des soins les plus raffinés.

« L'on doit avoir esgard à ce qui couvre le corps, lit-on dans les Lois de la galanterie, publiées en 1644,, et qui n'est pas seulement estably pour le cacher et le garder du froid, mais encore pour l'ornement. Il faut avoir le plus beau linge et le plus fin que l'on pourra trouver. L'on ne sçauroit estre trop envieux de ce qui approche de si près de la personne. » L'auteur, en parlant ainsi à ses lectrices, savait qu'il prêchait des converties. On n'a qu'à jeter un coup d'œil sur le vocabulaire des trousseaux de jadis, ou même d'aujourd'hui, pour s'en rendre compte; et les armoires à linge d'une femme élégante, avec leurs dentelles, leurs rubans,

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