‹ Les Createurs de la ModeChapitre 2 sur 18 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

LE GRAND COUTURIER ! H SON ROLE S Qu' EST-CE QUE LA MODE ? UN MOT SUR LE «ROCOCO» S CRÉATION ET RÉMINISCENCES H LA LOI DES SIMULTANÉITÉS il QUELQUES NOMS d'aUTREFOIS @1 LE DÉCOR NÉCESSAIRE CHEZ LES GRANDS COUTURIERS d'aUJOURD'hUI S H S

UN grand couturier est, par excellence, un professionnel delà novation : sa fonction est d'imaginer ce qui sera nouveau demain — aujourd'hui est déjà trop tard — ; il lui faut, par avance, prévoir quels seront les appétits du goût public, et, s'il a du génie, savoir creuser le sillon vers lequel il dirigera ce goût qui, au premier abord, fait mine de se cabrer contre toute entrave à sa plus entière liberté, mais qui, lorsqu'on y regarde de plus près, apparait très souple, très obéissant, très disposé à se laisser diriger.

Et pourquoi en serait-il autrement? Comment surtout pourrait-il en être autrement? Inventer une forme nouvelle, cela ne va pas sans une recherche, sans une longue réflexion, sans un effort, appuyé de connaissances techniques spéciales ; et pourquoi cette recherche, cette réflexion, cet effort? pour une réalisation qui ne sera peut-être point réussie, et qui, si elle est réussie, devra ne vivre qu'un instant, et céder sans tarder le pas à une autre réalisation, qui aura de nouveau exigé recherche, réflexion et effort.

De là, de la part des personnes qui ont à manifester des instincts de goût, l'habitude de se reposer sur le couturier du soin de pourvoir aux instincts du goût et de fournir un aliment constant à la mode. Et si le couturier y doit trouver son profit industriel — profit matériel et profit moral, lorsque le coutiirier est de ceux qui marchent à la tête de la corporation — la cliente, qui se dispense de tout effort et bénéficie du goût d'autrui, a par ainsi des satisfactions d'amour-propre quelque peu mêlé d'égoïsme.

Le couturier, lui, sait que la pensée qu'il a longuement

mûrie n'est promise qu'à une vie fugitive. Aujourd'hui, l'œuvre qui sort de ses mains a le succès, la vogue, le triomphe ; demain, elle est déjà guettée par le rococo : le rococo, est-il besoin de le rappeler, n'est pas une fin sans lendemain : ce n'est pas une condamnation prononcée pour toujours contre une mode, par le goût versatile et autoritaire ; le rococo, c'est le purgatoire de la mode ; c'est dans le silence, à la fois ironique et dédaigneux où l'on regarde le passé, du fond du souvenir, que la mode s'épure ! Quand son temps de purgatoire est révolu, la griffe du rococo lâche sa proie; la toilette a pris une place définitive dans l'histoire : elle devient costume. C'est là l'évolution nécessaire de la mode, et c'est là le génie des couturiers de race, de savoir rencontrer dans leurs improvisations d'actualité des éléments parés d'assez de

UN SALON DE VENTE

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