‹ Les Createurs de la ModeChapitre 4 sur 18 · CALLOT SŒURS · texte numérisé non relu

CALLOT SŒURS

Ils ont fait de leurs salons de vente de véritables salons ; le mot doit être compris dans son sens le plus précis.

La fantaisie contemporaine a donné de cette sorte de pièces deux définitions contradictoires qui me semblent s'accorder cependant aux nécessités mondaines de l'heure actuelle, si l'on en juge par les files interminables de voitures et d'automobiles qui stationnent de longs après-midi, dans les larges voies aux bords desquelles sont établies les maisons fameuses. Elle a dit : « Le salon est une pièce où l'on cause»; elle a dit également : « Le salon est une pièce où l'on pose ».

C'est qu'en effet — et c'est là le secret de nos grands couturiers — il y a des salons où l'on se sent en veine de bavardage, où l'intimité dont on est enveloppé vous incite presque à des abandons confidentiels ; de ces salons qui vous font redouter d'autres salons, ceux-là où le décor vous impose je ne sais quelle retenue, qui éteint toute activité de verve, au bénéfice d'une extériorité apprêtée, empesée, silencieuse, élégante seulement de geste — si toutefois on a de l'élégance — ou gauchement maniérée, si l'on manque de cette qualité essentielle à ceux qui donnent du temps aux visites, l'aisance, l'aisance qui est un don purement physique et n'implique aucunement une supériorité intellectuelle nécessaire.

Chez les grands couturiers, point de ces salons de gala, dont le nom seul donne le frisson ; et que la vie déserte, au point que les meubles et les lustres y sommeillent sous le linceul des housses: chez eux, point d'heures officielles; mais un décor varié — encore qu'un peu généralement Louis-seizième — avec des plafonds aux sculptures cossues, parfois vêtus d'ors discrets autour des ciels unis et sobres ; des murs parés de vraies boiseries ou d'étoffes précieuses, ou de tapisseries, plus précieuses encore ; des planchers dont les tapis ne cachent pas toujours entièrement les rosaces réparties avec tact, et qui portent, en une ' symétrie voulue, des meubles aux dorures fines, des sièges confortables, d'où

l'on est douillettement à l'aise pour voir passer les modèles; et des tables, dignes d'un musée, sur le plateau desquelles viennent se chiffonner les velours, les satins, les soies, les dentelles et les gazes.

Ainsi sont les salons d'aujourd'hui, chez les grands couturiers, salons où l'on sent la vie ; où l'arrangement, par son imprévu, par sa couleur, par les heureuses trouvailles et les hasards heureux dont ils témoignent, réalise ce beau désordre qui constitue un effet de l'art, suivant la formule un peu vieillotte du poète.

Et, comme par le temps que les femmes passent chez les grands couturiers, ceux-ci sont des professeurs influents de goût, il faut louer ceux d'entre eux qui n'ont pas laissé leur architecte créer chez eux des panneaux sur lesquels il fût défendu de suspendre des

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