CHAPITRE II
LA CLIENTE DANS LES SALONS il « n'aVOIR PLUS RIEN A SE METTRE » LA GARDE -ROBE DE MARIE -ANTOINETTE H QUELQUES RAPPELS DES LOIS SOMPTUAIRES D'aNTAN S UNE LEÇON DE CONTRE-ÉCONOMIE H DE LA VENDEUSE H LA COLLECTION DEVANT LES COMMISSIONNAIRES
POUR une femme vraiment élégante, la visite au grand couturier est une obligation à laquelle elle ne peut pas se dérober: il lui faut, de toute nécessité, aller dans ces salons, non seulement pour s'informer de ce que sera la mode, mais aussi pour j être vue, et pour y voir les bonnes amies — et les bonnes ennemies — avec qui il est toujours amusant de rivaliser d'élégance. Ce principe posé, je n'étonnerai personne en affirmant que la plupart des dames ne savent pas, en entrant chez le grand couturier, ce qu'elles j viennent commander : sera-ce une robe de soirée, un manteau de voyage, un tailleur-trotteur, une matinée, ou tout cela à la fois ? Elles n'ont pas d'idées précises sur ce point et elles ont, pour répondre à la question qui leur serait posée en ce sens, une petite phrase qui vous arracherait des yeux des larmes de commisération, si l'on ne savait, rien qu'à les regarder, que cette petite phrase n'est qu'un aimable mensonge derrière lequel, pour excuser ses désirs jamais à court, la femme élégante plaide
les circonstances atténuantes. Elle dit, en vous regardant avec des yeux mélancoliques et en imprimant à sa voix l'accent des convictions irrésistibles : « Je n'ai plus rien à me mettre! » Que voulez-vous donc exiger d'une petite personne, que vous devinez plus adorable quand elle sera parée par un de nos grands faiseurs, alors qu'elle vous avoue, dans un élan de sincérité ingénue, qu'elle n'a plus rien à se mettre ! La voilà comme un petit saint Jean, — un petit saint Jean confortable cependant — en proie à tous les malaises des vêtements qui ne se portent plus. Vite ! qu'elle aille chez le grand couturier.
Cette petite phrase, d'ailleurs, n'est pas d'hier : on la disait déjà du