BOIS, JE REVIENS
Bois, je reviens à vous morne, vaincu, blessé, Le masque à ma main de ce rire Dont s'affuble, le soir, un amant délaissé; Comme un aède sans sa lyre.
Vous pouvez enrouler mieux qu'un linceul marin
Le désespoir d'une âme hâve, Trainez-moi dans les chevelures de l'embrun,
Je ne suis qu'un sanglant esclave.
Hélas ! j'ai retrouvé les éblouissements Des mosaïques, les parures,
Tout le tribut gemmé que le calife aimant- Offre à l'objet de ses luxures.
Lourde et fleurie autant qu'une corbeille d'or
La haute futaie automnale Oscille et sous la brise inonde le décor
D'un vol de fruits et de pétales.
Q,uai-je à souffrir, ici, dans la riche tiédeur ?
Les branches, purpurales flammes, Dansent en cortège brillant sur le malheur
Et sur la cendre de mon âme.
Bacchanale arrogante et molle qui passez * Teinte de pampres et de harpes
Sur mon corps, bientôt va pâlir et se froisser Votre joyeuse et belle écharpe.
Demain, Bois, je le sais, je vous verrai faiblir, Tout perdre : luxe, ardeur et force ;
Vous serez comme un mort qu'on veut ensevelir, Vous n'aurez plus qu'un peu d'écorce.
Vous serez, sous la brume, un foyer qui s'éteint,
Le vieillard qui se paralyse, Un miroir aboli qui rendra par son tain
Toute forme caduque et grise.
Je vous verrai, Bois clairs, en princes désarmés,
Dépossédés de vos feuillages, Céder au vent qui fait de voc lambeaux aimés
Un grand butin, céder à l'âge
Et fuir dans le faux jour souillé comme un vieux fard,
Avec les yeux de la folie, En vous couvrant d'un vermineux haillon blafard
Fait d'ombre et de mélancolie