EPILOGUE
MES vers, je vous poursuis au loin, fuyant essor. Vous avez disparu, tels sur la mer ardente De blancs vaisseaux chantants, chargés de voiles d'or.
Comme de blancs vaisseaux ailés sur la mer lente
Vous avez dépassé les torrents de soleil
Qui transpercent la nue à l'horizon changeante !
Et maintenant, mon rêve, au fond de mon sommeil, Me rapporte, sonore, étranger, héroïque, L'adieu perdu de ces vaisseaux au chant vermeil.
Atteindront-ils un ciel torride et magnifique, Le chatoyant rideau du monde occidental Qui promène sa soie entre de lourds portiques ?
A leur appel languide ou sous leur cri brutal Les rades s'ouvriront-elles devant les villes Que hantent les clameurs vibrantes du métal ?
Qu'importe I Ils s'en seront allés en souple file Emportant la douceur, l'ivresse, la beauté D'une heure, la plus forte ou la plus juvénile !
Ils auront disparu en ayant emporté
Ce qui fut mon amour, mon orgueil, ma lumière,
Mon odorant, rieur et délectable été.
A vous je reviendrai ainsi qu'à la prière, Mes vers, l'aïeul alors qui regarde l'enfant Narrer son aventure heureuse, la première.
Je me rappellerai le mystique olifant
Que vous fîtes vibrer, graves sous les ramures,
Lorsque vous m'approchiez dans l'ombre et dans le vent.
Je me rappellerai les échos, les murmures,
L'aurore, l'éclatante allégresse et la paix
Où mon âme a plané comme sur une eau pure.
Triste, devant la mer je me rappellerai Tel jour où brilla votre pompe, poursuivie Au loin, par tous mes blancs désirs insatisfaits,
Mes vers, ô vaisseaux d'or lourds de rêve et de vie 1
FARTANTES