LA MAISON MI-PARTIE
Revenons maintenant à Oscar de Vareille?, que nous avons laissé se dirigeant, avec le domestique Benoît, vers la demeure paternelle.
Ils avaient à traverser une partie de h ville, et Oscar, dont la famille habitait V" de temps immémorial, fut salué dans le trajet par beaucoup de personnes. Mais sa présence excitait surtout la surprise, et après qu'il avait passé, on se retournait pour le regarder. Lui-même devenait de plus en plus soucieux à mesure qu'il avançait, et Benoît remarquait avec inquiétude les nuages qui s'assemblaient sur le front de son jeune maître.
Enfin on arriva à la maison de Vareilles.
C'était un vaste bâtiment isolé, dont la construction semblait remonter au commencement du siècle dernier, et qui, avec ses toits aigus, ses hautes fenêtres, ses balcons do fer ouvragé, donnait une grande idée de ceux qui l'occupaient.
Toutefois, une particularité bizarro attirait d'abord l'attention. Co bâtiment, construit évidemment pour une seule famille et un seul propriétaire, avait été, à une époque récente, divisé en deux parts égales, habitées en apparence par deux familles différentes. Une moitié était peinte au lait uo chaux et recouverte en tui'es rouges presque neuves ; l'autre conservait ses teintes sombres, ses vieilles tuiles moussues. Le badigeon formait une ligne de démarcation bien tranchée, précisément audessus de la lourde porto, garnie de clous, qui semblait ne plus s'ouvrir depuis longtemps, et l'on pénétrait dans l'habitation par deux entrées, situées à chaque extrémité de l'hôtel.
Do l'autre côté du bâtiment, une muraille partageait la cour, puis le jardin, de manière à former deux cours et deux jardins de mémo grandeur. Enfin toutes les précautions semblaient prises pour que les habitants de
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la partie blanche do la maison no pussent avoir aucune communication avec ceux delà partie noire, ni les gêner, ni même les voir, et réciproquement.
Cette maison, qu'on appelait dans la ville la maison mi-partie, appartenait pourtant à deux frères, qui, après avoir été longtemps unis et avoir vécu en commun, avaient fini par se brouiller mortellement.
Le côté blanc de l'hôtel héréditaire était occupé par l'oncle d'Oscar, le côté noir par son père.
Du reste, ces singularités bien connues d'Oscar depuis longtemps, n'étaient pas de nature à exciter sa surprise; comme il approchait de l'hôtel quelqu'un s'écria d'un ton joyeux :
— C'est lui!... Le voici enfin!
Oscar s'arrêla brusquement. Sur le perron, élevé de quelques marches, qui donnait accès dans la partie de la maison habitée par son père, venait d'apparaître une belle et sémillante jeune femme, vêtue avec une extrême élégance. Elle souri' à Oscar, qui rougit et nâlit tour à tour. Dans son trouble, il ne songea pas d'abord à saluer, et quand enfin il porta la main à son chapeau, la gracieuse personne était rentrée dans l'hôtel.
Oscar se tourna vers Benoît, et lui demanda d'une voix altérée :
- Comment est-dte venue chez nous? Mon père l'a-t-il mandée? ils se sont donc réconciliés?
— Eh bien, oui, monsieur Oscar. Je n'osais vous lo dire, ne sachant pas comment vous prendriez la chose et si elle ne vous donnerait pas encore l'idée de repartir...
— C'est à n'y pas croire! Mon père qui paraissait si irrité contre son frère!... Quand donc a eu lieu cette réconciliation?
— Pas plus tard que tout à l'heure, et de la manière la plus inattendue... Lorsque monsieur a eu son attaque, Gcnevièvo et moi nous avons perdu la tête et nous avons poussé des cris, ne sachant quo faire. La grande Françoise de chez votre oncle est venue savoir de quoi il s'agissait, et ensuite est allé tout conter à ses maîtres. Alors, pendant que jo courais chercher un médecin et que Geneviève r. stuit auprès du malade, votre oncle et votre... et madame Armantine sont arrivés. Il se sont installés chez nous et ont donné des ordres. Monsieur, toujours sans connaissance, ne pouvait leur faire ni bon ni mauvais visage, et nous autres nous étions bien obligés d'obéir, dans une circonstance semblable, à vos plus proches parents...
— Mais quand mon père a repris connaissance, quand il a vu à ses côtés son frère et... Armantine, qu'a-t-il dit?
j0 ne sais trop, monsieur ; j'étais sorti en co moment. A mon retour, les deux frères se tenaient par la main ; ils se regardaient et ils pleuraient sans parler...
Oscar demeura un moment pensif.
Bah! nous adons voir! — murmura-t-il enfin.
Et il entra d'un pas délibéré dans la maison.
Mais, afin de faire comprendre au lecteur les événements qui vont suivre, il importe de donner ici quelques détails rétrospectifs sur la famille de Vareilles.
Le grand-père d'Oscar avait rempli une charge à la cour avant la révolution, et à sa mort, vers la fin de l'empire, il avait laissé à ses deux fils, outre l'hôtel, des propriété's considérables et un portefeuille bien garni qui constituaient à chacun d'eux une assez belle fortune. Les deux frères entre lesquels existait une diflérence d'â^e insignifiante, avaient suivi des carrières opposées. Le père d'Oscar était entré dans la magistrature et avait été conseiller à la cour royale d'une ville voisine, d'où on l'appelait encore le conseiller pour le distinguer do son frère cadet. Celui-ci, au contraire, avait choisi la carrière des armes, et s'était retiré du service avec lo grade de chef de bataillon, d'où on le nommait toujours à Z"' le commandant de Vareilles ou simplement te commandant. De plus, Vareilles le conseiller s'était marié de bonne heure et avait eu plusieurs enfants qui étaient
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morts, à l'exception d'Oscar, tandis que le commandant, arrivé à un âge assez avancé, ne semblait nullement songer au mariage.
Malgré tout cela, la concorde, nous le répétons, n'avait cessé de régner entre eux. Quand l'officier venait passer un congé do semestre dans son pays natal, il était accueilli à bras ouverts par sa famille. Le conseiller, après la mort successive de plusieurs de ses enfants et de sa femme, ayant donné sa démission de magistrat et s'étant établi d'une manière permanente à Z"", le commandant, de son côté, s'était décidé à quitter le service et à s'installer auprès de son frère.
Ils avaient vécu ainsi pendant de longues années, occupant en commun l'hôtel, qui était pour eux une propriété indivise et qu'ils n'avaient pas voulu vendre par respect pour leurs traditions de famille. Ils témoignaient une égale affection à Oscar, que les nécessités de son éducation avaient fait envoyer à Paris, et, au su do tout le inonde, le jeune homme devait recueillir un jour la fortune des deux branches de Vareilles.
Cet état de choses s'était prolongé même après qu'Oscar, son éducation finie, était rentré sous le toit paternel. Les trois hommes s'entendaient au mieux, quand tout à coup avait éclaté les événements qui devaient troubler cette longue harmonie. On a deviné que la discorde fut l'œuvre d'une femme.
A cette époque, il y avait dans la ville une dame Legros, veuve d'un employé supérieur des domaines. Après la mort de son mari, ne se trouvant plus assez riche pour vivre à Paris, elle s'était réfugiée à Z"*, avec sa fille, qui avait alors dix-huit ans à peine. Le revenu de ces dames était modeste, leur appartement exigu, et elles ne pouvaient recevoir d'une manière bien somptueuse. Mais la mère, quoique assez insignifiante au fond, avait le ton de la bonne compagnie, et sa fille, mademoiselle Armantine, était la plus jolie, la plus vive, la plus piquante du département. Malgré la modicité de ses ressources, Armantine trouvait moyen d'être toujours mise à la dernière mode. Les élégantes de Z"' s'efforçaient de copier ses robes et ses chapeaux, bien que ses robes et ses chapeaux eussent parfois une excentricité un peu audacieuse. Mais elle donnait tant do grâce à ce qu'elle portait, et de plus ello montrait tant d'entrain, de verve, de gaieté communicative, qu'elle enlevait tous les suffrages.
La bonne société de Z*" avait donc très-bien accueilli d'abord la veuve et sa fille; cependant, peu à peu, les hommes seuls fréquentèrent leur maison et les dames n'y firent plus que de rares et courtes visites. Quelle était la cause de cette réserve du beau sexe à l'égard des nouvelles venues? Les allures un peu indépendantes de la jeune Parisienne avaient-elles fini par effaroucher la raideur puritaine de certaines provinciales?Nous ne saurions le dire; toujours est-il que les messieurs do Vareilles n'avaient pas été les derniers à rendre hommage aux idoles du pays. A la vérité, le conseiller qui vivait triste et solitaire, s'était borné à des visites de politesse et de bon voisinage ; mais son fils Oscar et bientôt son frère le commandant devinrent les hôtes les plus constants du salon de madame Legros.
Ces assiduités se prolongèrent plusieurs mois sans que l'oncle et le neveu en parussent refroidis l'un envers l'autre; mais un jour les choses changèrent brusquement de face. Que s'était-il passé chez les dames Legros? Rien de bien grave sans doute, car la mère conservait sa sérénité de femme du monde; quant à Armantine, jamais elle n'avait para si rieuse et si frivole. En revanche, Oscar et son oncle commencèrent à se regarder d'un air qui n'avait rien d'amical. Puis Oscar cessa de venir chez la veuve et sa fille, tandis que le commandant ne qui u'îslus la maison. Toutefois personne n'était préparé « CÇslTigulière nouvelle qui se répandit queiques temps après; le commandant de Vareilles allait épouser mademoiselle Armantine Legros.
On refusa d'abord de croire à la possibilité d'un pareil mariage. Le commandant touchait à la soixantaine et, quoiqu'il fut assez bien consenë, comment pouvait-il songer à épouser une jeune fille évaporée, presque une enfant? Néanmoins rien n'était plus vrai ; le commandant aimait mademoiselle Legros do cet amour de vieillard si aveugle et si tenace. En vain, lorsque la nouvelle devint positive, le conseiller essayat-il d'arraisonner son frère, le frère no voulut rien entendre. Le conseiller revint plusieurs fois à la charge, mais toujours inutilement. Enfin les choses en arrivèrent à ce point qu'on échangea des paroles mordantes, puis des reproches acerbes, et bientôt la rupture se trouva complète entre les deux frères.
Oscar n'était pas demeuré étranger à ce résultat. Soit qu'il vît avec chagrin la fortune de son oncle lui échapper, soit qu'il eut des motifs secrets pour s'irriter do ce mariage, il n'avait cessé d'exciter son père à la lutte. Mais tous ses efforts, comme ceux du conseiller, se brisèrent contre l'opiniâtreté du commandant. La brouill»1 étant consommée, le mariage s'accomplit sans le concours du père et du fils. Le vieil officter, après avoir donné tout son bien pur contrat à sa nouvelle épouse, alla passer la lune de miel dans une de ses propriétés, en annonçant l'intention d'habiter à son retour la portion de l'hôtel à laquelle il avait droit.
C'était à cette époque qu'avaient eu lieu, sans doute sous l'inspiration d'Armantine, les changements bizarres opérés dans la maison. Les portos de communication avaient été soigneusement barricadées ; deux entrées distinctes avaient été pratiquées; et tandis que le conseiller laissait à la moitié de bâtiment qu'il occupait ses teintes noires primitives, le commandant faisait peindre la sienne de couleurs claires et gaies, en harmonie avec ses idées présentes.
Tous rapports étaient donc rompus entre les deux branches. Cependant, depuis le mariage, aucun nouveau conflit n'avait éclaté. Comme il convient entre gens qui ont le respect d'eux-mêmes, l'une et l'autre famille semblait éviter avec soin le scandale et le bruit. Si l'on se rencontrait par hasard dans la rue, on se saluait cérémonieusement sans échanger une parole ; et des hommes d'affaires avaient mission do régler toutes les questions d'intérêt qui pouvaient surgir.
Seul, Oscar de Vareilles avait peine à contenir l'irritation profonde que lui causait le mariage de son oncle. Quel qu'en fût le motif véritable, cette irritation se manifestait dans son regard enflammé, sur son visage pâle, quand il apercevait par hasard le commandant ou Armantine. Sous une apparence dédaigneuse, il était passionné et violent. On pouvait donc craindre que, d'un moment à l'autre, il ne sût pas modérer ses sentiments impétueux, et pour prévenir un scandale possible, le conseiller résolut d'éloigner son fils.
Déjà Oscar avait ébauché quelques études de droit ; on convint qu'il so rendrait à Paris pour y suivre les cours d'une façon régulière et pour se mettre en état d'occuper plus tard un poste administratif; une pension lui fut assignée, et il partit, laissant le conseiller dans sa triste maison, en compagnie d'une gouvernante et de Benoît.
Malgré la proximité de Paris et la facilité des communications, les visites d'Oscar à Z"* avaient été rares et de courte durée. Sa colère contre son oncle et sa tante ne paraissant nullement amoindrie par l'absence, le conseiller était trop prudent pour l'exposer trop souvent à certaines épreuves. D'un autre côté, Oscar avait pris goût à la vie parisienne ; il faisait grande dépense et fatiguait son père de demandes d'argent. Le conseiller unit par se fâcher tout rouge. Oscar ne sut pas dissimuler son dépit. Bref, ils furent bientôt au plus mal, et c'était à peine si, pendant l'espace de trois ans, le jeune homme avait passé quelques jours dans la maison paternelle.
Pendant ces trois années, au contraire, le commandant et sa jeune femme avaient vécu joyeusement à Z"\ Ils étaient de toutes les fêles et semblaient prolonger d'une manière indéfinie leur lune de miel. Le mari, malgré son âge, recherchait, autant que la frivole Armantine elle-même, les plaisirs bruyants. Enfin, depuis quelques mois, la naissance d'un enfant venait de combler ses vœux ; et, bien que la malveillance des gens du pays eût raillé tout bas sur cette paternité tardive, le commandant n6 s'en montrait pas moins heureux et moins fier.
Tel était donc l'état des choses au moment où une attaque d'apoplexie de son père avait rappelé Oscar à Z'", et nous savons déjà quels changements cet accident allait apporter dans les relations de la famille.
Oscar, après avoir monté l'escalier, se dirigeait vers la chambre de son père, quand un bruit de voix animées se fit entendre dans une pièce voisine. La porte s'ouvrit tout à coup, et deux messieurs, dont l'un semblait fort irrité, se trouvèrent sur son passage.
Celui qui montrait tant d'exaspération, vieux bonhomme à figure de fouine et à regard oblique, était en habit noir et en cravate blanche; mais l'habit paraissait affreusement râpé et la blancheur do la cravate laissait beaucoup à désirer. L'autre, au contraire, qui avait une physionomie ouverte et intelligente, était simplement vêtu d'uno longue redingote de drap, coiffé d'un chapeau à larges bords et chaussé de gros souliers. Autant le premier gesticulait et laissait voir de colère, autant le second manifestait de patience et de modération.
Oscar reconnut du premier coup d'oeil les deux uniques médecins de Z"*, l'officier de santé Martinval et le docteur Gilbert. Du reste, il apprit bientôt les motifs de cette discussion entre les deux membres de la faculté.
— Encore une fois, monsieur le docteur, — disait Martinval, l'homme à la cravate blanche, en appuyant avec emphase sur le mot docteifr, — votre procédé est indigne d'un confrère. J'ai aonné à monsieur le conseiller de Vareilles les soins les plus efficaces; je lui ai sauvé la vie, je puis le dire... Et maintenant qu'il est hors de danger, on me congédie, et vous aurez tout l'honneur de cette cure... C'est une abomination ; et quoique ma signature ne soit pas suivie du D. M. P. dont vous êtes si fier, apprenez que je mérite la confiance autant que personne.
— Voyons, monsieur l'officier de santé, — répliqua Gilbert à demi-voi.x, mais non sans ironie, — ne parlons pas trop haut; ce serait honteux, surtout à deux pas de la chambre d'un malade... Monsieur le conseiller, ainsi que son frère le commandant, est depuis de longues années mon client et mon ami; si, en mou absence et dans un danger pressant, on a couru vous chercher, ce n'est pas une raison pour que l'on renonce à mes services... Vous avez convenablement soigné monsieur ue Vareilles, je l'avoue ; il vous en remercie, et je vous en remercie moi-même... Mais à présent que je suis là, vous trouverez bon que nous agissions do concert...
— Le malade ne m'a rien dit de pareil, monsieur le docteur, — interrompit Martinval avec violence ; — c'est vous seul et la gouvernante Geneviève qui avait jugé convenable... Avant de prendre définitivement congé, j'attendrai que monsieur de Vareilles lui-même ou un membre de sa famille me le signifie dans les règles.
— Mais songez que j'ai été appelé après vous... Du reste, voici quelqu'un qui peut décider cette question.
Et il désignait Oscar, qui attendait à quelques pas que les deux médecins s'aperçussent enfin do sa présence. Oscar Jes connaissait l'un et l'autre, et il en était bien connu; mais il alla sjrrer la main du docteur, tandis qu'il se contentait de saluer froidement Martinval.
— Messieurs, — dit-il, — je crois comprendre de quoi il s'agit, et si ce que l'on annonce e-;t vrai, les médecins vont devenir inutiles, puisque l'état du malade est des
plus satisfaisants. Mais les amis seront toujours les bien, venus dans la maison de mon père.
Gilbert s'inclina; Martinval au contraire prit un air encore plus rogue et plus gourmé.
— Fort bien, monsieur Oscar de Vareilles, — répliquais I ; — vous voulez dire que je ne suis pas des amis de la maison et que je n'ai plus qu'à me retirer... Il suffit; je viens de sauver la vie à monsieur le conseiller, c'est vrai ; mais je ne suis qu'un officier de santé, on me payera ma visite et tout sera fini avec moi... Il no me reste donc rien à faire ici... Adieu, monsieur Oscar...; adieu aussi, monsieur le docteur ; quoique je n'aie pas de titre en latin, je finirai bien par trouver une occasion de reconnaître vos bons offices!
11 s'inclina, et, après avoir lancé un regard haineux à Gilbert, il sortit précipitamment.
— C'est toujours ainsi quand ce vieil âne et moi nous nous rencontrons chez un malade, — dit Gilbert d'un air moitié chagrin, moitié dédaigneux.
— Prenez garde à lui, docteur ; il avait une mauvaise figure et il serait capable...
— Bah ! je ne le crains pas... Eh bien, mon cher Oscar, vous voulez voir votre père?
— Oui, et je pense qu'il est en état de me recevoir?
— Il paraît aussi bien quo possible après cette rude secousse. Néanmoins, évitez aujourd'hui et pendant quelques jours encore ce qui pourrait lui causer une émotion trop vive. Il est essentiellement nerveux; un chagrin subit, un accès de colère serait capable de causer une rechute.
— Je ne compte pas, docteur, avoir beaucoup d'occasions de chagriner ou d'irriter mon père, car je suis décidé à repartir aujourd'hui même.
En ce moment une voix faible s'éleva de la chambre voisine.
— Oscar est arrivé! — disait-on. —Que fait-il ? Pourquoi ne vient-il pas?
Le docteur serra la main au jeune homme.
— Allez vite, — dit-il ; — ne lui donnez pas d'impatiences.
Et il se retira à son tour, tandis qu'Oscar entrait dans la chambre de son père, où se trouvaient aussi le commandant et Armantine.