LES ANIMAUX NOS FRËRES
■ Lbs animaux peuvent subsister sans l’homme, l’homme ne pourrait vivre sans les animaux. »
Cette vérité, portant ses fruits à l’ombre de la loi Grammont, a décidé la fondation d’une société qui rayonne aujourd’hui sur toute l’Europe.
Basée sur la justice et sur la compassion, sur l’hygiène et sur la morale, la Société protectrice des animaux recrute ses adhérents dans toutes les classes sociales.
Il y a, dans ses rangs, de grands noms et des
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noms modestes, des noms célèbres appartenant à l’art ou à la finance, des noms ignorés appartenant à d’honnétes artisans.
A l’une des dernières séances mensuelles de la Société, le bureau était ainsi composé :
M. le vicomte de Valmer, président; le docteur Blatin, M. Genty de Bussy, vice-présidents; P.-B. Fournier, secrétaire général ; Bourguin, le docteur Carteaux, le docteur Gordier, le baron Larrey, le docteur Pigeaux, MM. Sibire et Valette, membres du conseil d’administration; Bourguin fils et Decroix, secrétaires-adjoints.
La Bienveillance incessante du gouvernement aide les efforts de la Société, qui agit dans les départements par le généreux concours des instituteurs.
M. le ministre de l’instruction publique, d’accord avec le ministre de l’Intérieur, a fait reproduire, dans le recueil des actes administratifs, une lettre aux instituteurs primaires, émanée du bureau de la Société protectrice.
MM. les préfets étaient invités à s’adresser aux maires, et les instituteurs à enseigner aux enfants leurs devoirs envers les animaux domestiques.
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On arrivera peut-être par l’assiduité de ces efforts à faire comprendre aux enfants et à ceux des habitants des campagnes qui ne savent encore ni lire ni écrire, que la vie doit être respectée partout où elle se trouve.
Une excellente propagande a été entreprise par tous les journaux pour la défense des petits oiseaux, ces martyrs de la cruauté des enfants.
Michelet et Toussenel ont commencé, la presse entière les a suivis.
U a été prouvé que les oiseaux sauvent les récoltes dont ils prélèvent une bien petite part quand les insectes et les vermisseaux leur manquent <
Il faudrait faire savoir à l’homme des champs que lorsqu’il détruit une fauvette ou un rossignol, une hirondelle ou un moineau, du même coup il donne la vie à des millions de destructeurs et de ravageurs qui dévorent ses épis et ses fruits, par la racine en même temps que par la fleur.
L’homme n'a le droit de détruire la vie que lorsque la vie lui est nuisible.
L’insecte, le reptile, la béte fauve, tous ces parasites dangereux ou terribles doivent être'voués à la mort dont ils sont les agents.
A un moment donné, l’homme sera maître de sa planète, et il n’y aura plus autour de'lui que les animaux utiles et bienfaisants.
La forêt vierge d’aujourd’hui sera traversée par un chemin de fer; le tigre et le boa disparaîtront devant le sifflet de la locomotive.
Les marécages pestilentiels seront devenus champs de blé, et la terre poussera un arbre et un épi à l’endroit même où l’eau fétide engendre aujourd’hui le hideux reptile et distille incessamment la fièvre.
A côté des travaux importants et sérieux de la Société protectrice, une place est faite aux indications et aux réclamations de ses membrts.
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Il en est qaelquefois de touchantes.
Ainsi M. Barbey informe la Société que deux hirondelles se trouvent prisonnières dans la cage de la lanterne de la halle du Temple, et qu’il sufhrait de déplacer une vitre pour rendre les captives à la liberté.
M. le secrétaire général a signalé le fait à M. le commissaire du quartier.
Chose singulière! les animaux ont d’autant plus à souffrir qu’ils nous servent plus complètement.
Le veau et le mouton qu’on va tuer pour les manger sont attachés par les pattes et pendus la tète en bas.
Les poules sont entassées dans des paniers, se pressant, s’étouffant, se crevant les yeux l’une à l’antre’ avec leurs griffes elfarées.
Dans quelques villages on a conservé, malgré la loi, la barbare distraction du tir à l’arbalète, et même à la pierre sur un animal vivant, l’oie, le lapin ou le canard.
Le pauvre petit lapin, blotti dans sa terreur, reçoit un premier coup de pierre qui lui enlève le nez, un second qui lui casse une patte, un autre
qui lui déchire l’oreille, et peu à peu il s’en va par lambeaux, saignant et vivant, déchiqueté, brisé, son œil doux et triste fixé sur ses 'bourreaux qui jusque-là lui avaient jeté une feuille de chou ou un pied de salade. ..
Puisse la Société protectrice étendre le bras sur tous ces méfaits.
Le jour où l’homme aura compati à la douleur partout où elle se manifeste, on verra que celui à qui on a appris à ne pas déchirer la chair vivante d’un coq ou d’un moineau, est, à plus forte
raison, incapable d’attenter à la vie de son semblable.
Un fait récent — il date d’hier — me rappelle la période singulière où chaque ville de province renfermait quelques casseurs dont la profession semblait être de chercher querelles aux officiers des régiments de passage, ou même aux paisibles bourgeois du pays.
Voici le trait :
C’était dans un des principaux établissements de coiffure du boulevard Montmartre.
Dix employés accommodaient, rasaient, frisaient les clients dont le tour était arrivé.
Cinq ou six autres attendaient patiemment leur tour.
Survient un inconnu, la moustache en croc, rceil plein de flamme et de satisfaction.
Il voit tout ce monde et donne des signes d’impatience ; puis, s’apercevant que plusieurs de ceux qui étaient en mains se faisaient couper les cheveux, il semble s’irriter davantage de ce détail qui le retarde.
Tout à coup il s’avance, et dominant le salon de coiffure, il s’écrie :
« Tous ceux qui se font couper les cheveux sont des polissons ! »
Rumeur dans la maison.
Observations du patron.
Gros mots échangés bientôt suivis de coups.
Enfin, l’homme qui retardait de quarante-huit ans est jeté dans l'escalier où on lui laisse le loisir de méditer les anecdotes du Café de la Régence et les Mémoires de la Rotonde du Palais- Royal. ^ -
A propos de coiffure, l’artiste capillaire Lespès a une façon plaisante de traiter les clients de passage.
Passionné comme tous les méridionaux, Lespès a des sympathies et des animosités bizarres....
Il trône au comptoir.
Un monsieur du casuel va sortir et le garçon annonce :
«Barbe et coiffure! »
Et plus bas :
« C’est un Russe.
— Un Russe ? » pense Lespès, et il annonce : « C’est trois francs. »
L’instant d’après :
f Coupe et friction!... (Un Espagnol?)
— Un Espagnol.... Deux francs, monsieur. Autre client qui met la main au gousset.
— Italien ! souffle le commis.
— Cinquante centimes, » dit Lespès.
L’Anglais paye six francs ce qui ne coûterait
qu’un franc à un Parisien....
Et quand il aperçoit un Polonais, Lespès s’écrie :
« Un Polonais ! qu’on lui donne une cravate et une brosse à dents ! »
La brosse à dents me conduit sans transition à une récente histoire du célèbre pianiste Léopold de Meyer.
Un jeune Russe était allé chercher Léopold de Meyer pour se rendre avec lui dans une maison où tous deux devaient dîner.
L’artiste était prêt, habit noir, cravate blanche.... il attendait.
« Partons, » dit-il.
Puis, se ravisant tout à coup.
« Attendez ; laissez-moi , je vous prie , prendre ma brosse à dents.
— Gomment donc! » fît le jeune homme.
Léopold de Meyer prit la brosse et la glissa dans la poche de son habit.
On arrive, on se met à table, on dîne, on cause, on prend le café....
Le jeune Russe attendait toujours, se demandant à quel instant Léopold de Meyer se servirait de sa brosse à dents.
On passe au salon, lasoirée commence.
Léopold de Meyer se met au piano, fait place à
une cantatrice, passe dans la pièce de jeu, fait une bouillotte, revient au piano.
Et toujours rien de la brosse à dents.
Enfin, le jeune Russe n’y pouvant plus tenir, lui demande simplement ;
« Dites-moi donc, monsieur de Meyer, ce que vous comptez faire de votre brosse à dents?
— Ohl c’est bien simple. La serrure de ma porte a besoin d’être huilée, la clef y tourne avec une grande difficulté, et tous les soirs je me brise les doigts pour rentrer chez moi. Cette brosse à dents va tout à l’heure simplifier ma besogne.... Je passerai le manche dans l’anneau de ma clef et je tournerai. »
Digilized by Goc^le
Il est passé, ce carnaval odieux, elle 'est finie, celte débauche de filles et d’idiots. L’humanité ne se trouvant pas assez laide, s’affuble tous les ans, avec la permission de M. le maire, de nez extravagants et de répugnantes verrues. Les hommes s’habillent en femmes et les femmes s’habillent en hommes ; les enfants se collent des moustaches, on crie, on sonne de la trompe et voilà les plaisirs d’un peuple civilisé.
Ce qu’il y a de plus curieux, c’est que quelqu’un ose encore parler des mœurs et coutumes dçs sauvages ! '
Pour ma part, je me demandais mardi, sur le boulevard, quelle différence il peut y avoir entre la cour de la Salpétrière à l’heure de la récréation et les rues de Paris le mardi gras ou le jeudi de la mi-carôme.
Il est bien certain que ce qu’on prend pour de la gaieté n’est que de l’aliénation mentale.
Que devient, les nuits de bal de d’Opéra, la loi sur l’outrage aux mœurs?
Si j’imprimais un seul mot de ceux qui se crient dans les corridors, on m’appliquerait l’amende et la prison.
Hélas I une pauvre nouvelle à la main a si souvent conduit son auteur en police correctionnelle !
Il n’y a que nous, paraît-il, qui soyons forcés d’être chastes en nos propos.
Je propose donc un code de fantaisie.
Il commencera ainsi :
1. — « Les peines en matières criminelles sont afflictives ou infamantes.
« Elles seront toujours infamantes pour les hommes de lettres. »
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