‹ Les cris de paon scandales du jour Aurelien SchollChapitre 15 sur 18 · Tout condamné à mort aura la tête tranchée · texte numérisé non relu

Tout condamné à mort aura la tête tranchée

« Pour les hommes de lettres, on commencera par les pieds. » ^ ,

3. — € Les corps des suppliciés seront délivrés à leurs familles, si elles les réclament...

« Excepté les corps d’hommes de lettres qui seront toujours jetés à la voirie. »

4. — c Les peines des travaux forcés à perpétuité, de la déportation et des travaux forcés à temps, ne seront prononcées contre aucun individu âgé de soixante et dix ans accomplis.

« Les hommes de lettres seuls pourront être condamnés aux peines susdites jusqu’à l’âge de cent dix ans révolus.

Le code continuera sur ce ton, non^seulement pour les délits et pour les crimes, mais encore pour les mauvaises pensées et les démarches inconsidérées.

Rogron s’était chargé de l’annoter, mais l’éditeur Marescq s’est refusé à signer l’édition et Dubuisson à l’imprimer.

C’est ce qui fait que nous flottons encore dans une vague indécision....

Pour en finir avec le carnaval, je puis vous dire que j’ai rencontré le viQomte de L.... qui s’essuyait le front et semblait respirer'avec délices.

* Ah ! mon cher ami, s'est-il écrié, quel travail, quand on aime une femme, que de l’empécher d’aller au bal de l’Opéra !

J’y suis parvenu cette année encore , mais, l’année prochaine, je crains bien d’être flambé. »

Depuis quelques jours, les correspondances pieuvent sur moi de tous côtés. Il m’est impossible de satisfaire tout le monde à la fois, et, au risque de mécontenter les uns et les autres, je réponds aux trois ou quatre questions qui m’ont le plus frappé....

Le père Félix appartient-il à cette admirable famille qui nous a donné Lia, Dinahet Rachël?

Bien que je n’aie aucune certitude à cet égard, je réponds hardiment que non.

L’origine du père Félix est un mystère; ses amis

gardent bien le secret ou n’en savent pas plus long que nous.

On ignore le lieu de sa naissance, son âge est un mystère, on ne sait de lui que ses conférences.

C’est en 1855 que commença la renommée du père Félix, quj, depuis quatre années déjà amusait les voûtes de Notre-Dame sans que sa voix eût un instant rappelé les larges émotions du P. Ravignan et la robuste éloquence de Lacordaire.

Mais quand l’Exposition universelle des beaux arts et de l’industrie ouvrit ses portes au public, le père Félix put voir la foule se presser vers le spectacle des œuvres de l’homme, et il sentit son cœui se serrer devant ces triomphes de la matière.

Il conçut alors le projet de venger le Christ et son Eglise de cet empressement des hommes au temple de l’Industrie. '

l.e projet lût longuement. élaboré et mûri. Enfin,

LES CRIS DE PAOK

le père Félix put prêcher du haut de la chaire « qu’il n’y a pas de progrès en dehors de Dieu ,et que le progrès, c’est Jésus. »

Cette lutte franche et ouverte contre l’industrialisme fit grand bruit, on s’en souvient.

La réputation du père Félix était fondée.

« Ne croyez pas, s’écriait-il, que nous proscrivions l’industrie.... Jésus-Christ l’a prescrite implicitement en déclarant à ses disciples qu’après qu’ils se seraient occupés de gagner les biens du ciel, tous les autres biens leur viendraient à la suite.

«( Mais le christianisme ne veut pas que le progrès matériel domine le monde.... ■

II s’agissait donc de diriger l’industrie et de limiter le progrès pour ne pas tomber dans cet abîme : » Produire indéfiniment pour jouir indéfiniment. »

Nous aurons à revenir sur le père Félix à propos de l’évêque académicien d’Orléans, Mgr Dupanloup, ^

LES GRIS DE PAON. 253

nous remettons à ce moment nos appréciations complètes, car trop de sujets profanes nous pressent aujourd’hui et nous n’aimons pas à mêler les individualités respectables aux figurines et aux silhouettes qui passent dans nos chroniques comme des ombres chinoises.

Nous ne voulons pas, pour tout dire en un mot, accompagner un vaudeville avec les orgues ou un cantique avec un violon. '

La nuit du dimanche gras a été très-animée, disent les journaux.

Le lundi matin, les postes regorgeaient de voleurs et d’individus des deux sexes qui s’étaient livrés à des écarts par trop extravagants.

En voilà qui ont dû s’amuser! Louer un costume pour passer la nuit au poste, on n’est pas plus gracieux!

Ce qu’il y a de cruel dans l’aCfaire, c’est d’être appelé « individu des deux sexes. »

Peut-être le rédacteur a-t-il voulu faire entendre qu’il y avait des hommes et des femmes. En ce cas, il fait un bien mauvais usage de la langue française.

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Individu des deux sexes signifie « qui est à la fois homme et femme. »

Je ne sais si la police a arrêté un grand nombre de personnes qui se trouvaient dans ces conditions; ce serait un horizon nouveau pour la science et cette nuit du dimanche gras aurait fait faire un grand pas à la question de reproduction instantanée.

Je n’ai jamais pu songer sans douleur qu’il y avait souvent des femmes au poste.

Je sais bien que les femmes que l’autorité a cru devoir séparer, — pour un instant au moins, — du reste de la société, ne sont pas de celles qui font des sœurs et des épouses; mais n’y a-t-il pas eu dans leur vie un instant de pureté, une heure ou une minute où chacune d’ell esa passé à côté d’un meilleur sort?

L’administration traite les filles comme des colis, et elle n’a pas le temps d’agir autrement.

Du reste , la vieille politesse française serait peut-être déplacée sous les voûtes du dépôt de la Conciergerie.

Grattez le Russe, vous trouvez le Cosaque;

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grattez le Cosaque, vous trouvez Tours; grattez l’ours, vous retrouvez le Russe.

Et bien ! grattez la dernière des filles, vous trouvez la villageoise; grattez la villageoise, vous ne retrouvez pas la fille perdue.

M. Aimé Martin raconte que Sève, obligé de quitter le service à la chute de Napoléon, alla s’offrir au vice-roi qui l’accueillit etfitsa fortune sans l’obliger à changer de religion.

En 1826, Sève étalait à Esnch le luxe d’un satrape; il avait dans son harem les plus belles esclaves grecques et égyptiennes.

Mais au milieu de ces voluptés, son cœur était vide et il écrivait à Tun de ses amis : « Envoyezmoi une Française, une Anglaise, une Italienne, peu importe, je vous promets de l’épouser et de renvoyer ce troupeau de créatures sans âme et sans pensée. »

C’est une expérience que J’ai faite quelquefois, au bal de TOpéra ou dans tout autre lieu du même genre , de prendre à part quelque femme dont le ton, les gestes et les allures annonçaient le dernier degré de l’échelle sociale.

« De quel pays es-tu? » lui demandai-je.

Elle me nommait un village, Beauce, Berry ou Normandie.

« Est-ce joli, cet endroil-là?

— Oh ! c’est charmant.... La grande route passe

à une demi-lieue , on prend le chemin à côté du ruisseau, et on arrive au village par une grande allée de marronniers.

A droite, en entrant, il y a l’abreuvoir; j’allais tous les soirs y conduire mes vaches.... Plus loin, c’est la maison du père Durand. Pauvre père Durand, il doit être, mort à présent? Sa femme me donnait souvent de la galette... Après sa maison, il y avait un beau jardin avec des pruniers et des cerisiers magnifiques...

C’est là qu’il y en avait des oiseaux, fallait voirl

Et puis, chez nous, la poussière est très-fine, c’était un bonheur de marcher les pieds nus 1 »

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