‹ Les cris de paon scandales du jour Aurelien SchollChapitre 16 sur 18 · ESPOIR DÉÇU · texte numérisé non relu

ESPOIR DÉÇU

Femme! relis ce livre où s’endort toute peine,

La Bible, d’où le cœur reçoit l’air et le jour.

Tu verras que c’est Dieu qui commande l’amour,

Et que, s’il perdit Eve, il sauva Madeleine!

« C’est un grand tort à mes yeux, a dit un avocat dans un récent procès, que d’agiter tant de plumes autour des sultanes du demi-monde.

« Ce n’est pas les fustiger avec les verges de la morale, c’est les éventer avec les plumes de paon de la réclame. »

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Aussi me garderai-je bien dénommer aucune de celles dont je vais parler, persuadé que la leçon, quoique anonyme, aura la portée que je veux lui donner.

C’est aux femmes qui ne sont pas encore tombées, mais qui sont sur la pente que j’adresse cet article.

La notoriété donnée par quelque procès scandaleux à des filles dont le nom n’aurait jamais dû être imprimé, la description de leur luxe, l’énumération de leurs richesses ont jeté le trouble dans l’esprit hésitant de toute une catégorie d’ambitieuses bourgeoises.

« Hé quoi ! a dit l’une d’elles, il y a des femmes qui vivent ainsi*! Couvertes de pierreries, toujours en fêtes, entourées, courues, elles ont hôtel, chevaux et voitures 1 »

Cela ne dure que dix ou quinze ans, mais au bout de ce temps, elles pourraient conserver une fortune à l’abri de laquelle une vie calme, une vie d’un doux

repentir les amènerait paisiblement à la dernière heure.

De la sorte, elles auraient doublement vécu.

D’abord le monde, le monde d’à côté sans doute, mais enân le bruit, les lumières, l’agitation, la fièvre, la passion peut-être de loin en loin....

Puis, l’autre vie, la vie bourgeoise qui, avec un peu d’hypocrisie et de savoir-faire, équivaudrait à une sorte de rédemption.

Ce compromis de conscience, je l’ai vu de près, je l’ai étudié, et c’est pour cela que j’en parle.

J’en parle avec épouvante, j’en parle comme d’une monstruosité ; ce courant social me fait peur.

L’amour qui perdit Ève a sauvé Madeleine !

L’amour a perdu Ève parce que cette première blonde était la première femme honnête, la première femme mariée; l’amour ne l’eùt pas perdue si elle n’eùt aimé que son mari.

Et si l’amour a sauvé Madeleine c’est que la

pécheresse aimait réellement pour la première fois aussi, sa passion était pure et élevait son âme.

Il y a dans ce moment, à Paris, une nuée de malheureuses qui sont venues chercher ce qu’elles n’y trouveront pas.

Il en est débarqué de tous les coins de la France et de tous les coins de l’Europe.

Un mari fait offrir dans les journaux deux mille francs de récompense à qui pourra lui donner un simple renseignement sur son épouse fugitive.

Partout — on plaide en séparation.

Elles veulent toutes des bijoux et des voitures, comme s’il pouvait y en avoir pour tout le monde.

L’amour d’un honnête homme, les joies de l’intérieur ne pèsent pas un brin d’herbe du bois de Boulogne.

L’une est arrivée d’Al’emagne, parlant à peine quatre mots de français ; elle va dans les bureaux de journaux qu’elle regarde comme des usines à

réputations, des fabriques de célébrités; elle prie qu’on parle d’elle !

O honte ! en sommes-nous arrivés là que quelques complaisances de plume puissent faire penser à qui que ce soit que les journaux annoncent la Révalescière à la quatrième page et les femmes à la seconde?

Une autre, jeune, d’une beauté médiocre, mariée à Pesth ou dans une autre ville de Hongrie, est partie subitement, laissant à peine un adieu à son mari et à ses enfants....

Elle avait prévenu une de ses amies qui devait l’attendre à la gare de Paris.

« Je n’y puis tenir plus longtemps, écrivait-elle, je pars !

« Il est onze heures du soir, mon mari qui vient de recevoir la nouvelle de la mort de notre oncle, est parti tout à l’heure pour Vienne.

« Mes malles sont prêtes, j’attends la voiture qui doit venir les prendre.

« Je vais enfin voir ce Paris dont on m’a tant parlé. Est-ce donc aussi beau que je le crois?

« Mon mari, je ne l’aime plus; mes enfants, je ne veux plus les voir ; ils semblent n’étre là que pour me rappeler ma chaîne, pour me dire sans cesse : Tu es la femme de notre père, sa chose, sa propriété ; tu nous dois tes soins, tes baisers même ; car si tu n’embrassais pas tes enfants, on dirait que tu es une mauvaise mère !

« Non 1 je ne vous dois rien, j’étouffe jci, je veux être libre. Paris me tente et m’aspire,

« J’emporte quarante mille francs, mes bijoux et ceux de ma belle-mère; je brillerai là-bas, tu verras.

« Avec ces ressources, je ne serai pas obligée d’accepter le premier-venu.

« J’ai rêvé d’un beau jeune homme, très-riche, qui n’aimera que moi. On parlera de nos amours. Je veux qu’il m’aime tant que toutes les femmes voudront me le disputer — et que lui ne verra que moi.

« En connais-tu comme cela ï

« Du bruit.... c’est la voiture.

« Mon cœur bat, je saute de joie, je pars ! »

Elle est descendue au Grand-Hôtel, la femme de Pesth 1 elle a loué un coupé auquel on avait donné les airs d’une voiture de maître, d’un équipage de bonne maison.

On l’a vue tous les jours au bois, faisan^ du mystère derrière un éventail provocateur.

Les quarante mille francs s’en allaient en toilettes de Worth, et le beau jeune homme très-riche ne venait pas.

Il venait bien des jeunes gens, les promesses allaient bon train , mais au bout de quelques jours, la femme de Pesth s’apercevait que ce n’était point là son rêve.

Elle entama les bijoux qui s’en allèrent un à un; puis, elle pleura dans le sein de son amie.

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Celle-ci lui représenta que sa beauté n’est point de celles qui s’imposent et que son miroir l’avait trompée.

Ce fut le dernier coup.

Blessée dans cette vanité et dans cette coquetterie, que les Hongroises poussent jusqu’au délire, la femme de Pesth ne voulut pas en avoir le démenti.

Elle alla de l’un à l’autre, comme la dernière fille.

Déjà laide, déjà vieillie, à bout de ressources, elle a eu les mêmes relations et les mêmes hontes que la dernière des cabotines.

Et il y a là-bas un mari qui la chassera, si elle revient, et des enfants qui la maudissent.

Oh! n’imprimons plus qu’un vieux prince russe épouse la fille d’un cordonnier....

C’est pourtant vrai, mais au moins qu’on l’ignore!

La fille a trente ans, tout le Paris viveur l’a payée, — et toutes ses amies du même tonneau disent du bout des lèvres :

« Oui , on lui propose ce mariage , mais elle hésite!...

Se sacrifier , si jeune , vous comprenez , cela demande réflexion.

Voilà où nous en sommes, ou plutôt voilà où on en est dans un certain coin de Paris gâté par l’ostentation de quelques millionnaires et l’impudence de quelques drôlesses !

Une femme mariée, de vingt-neuf ans, mère de deux enfants, s’est séparée de son mari. Celui-ci est parti pour l’Orient, après avoir placé ses enfants à la campagne, chez la belle-mère.

Voici la jeune femme seule à Paris, avec douze mille francs de rentes. Elle se croit riche d’abord ; mais elle veut briller et l’avoué de la famille refuse des avances.

Elle songe alors qu’il lui faut un bras pour remplacer celui de son mari. Elle se jette à la tôle d’un premier amoureux qui la garde trois -mbis et la congédie. Elle en vise un second, et huit jours après sa seconde faute, débordée par la dette, elle lui écrit pour demander de l’argent. .

Cet argent, l’avoué doit le rembourser à une date qu’elle fixe.

« Vous ne perdrez pas de temps , madame, répond le jeune homme, voici cinq cents francs. C’est toutcedont je puis disposer; je n’ai, du reste, que faire de votre avoué. »

La femme a pris l’argent et bu la honte.

Ah? si on lit dans les chroniques du jour le fantastique récit de quelque souper des Provençaux et le compte rendu d’une journée à la .Marche, n’y liton pas aussi la misère et le suicide?

Les folles qui envient ces costumes d’emprunt! ces toilettes de quelques jours ! cette fréquentation môme de gens du monde qu’on ne tutoie que quand on est jeune, à qui on dit vous quand on a passé trente ans et qui ne vous saluent même plus de la main quand ils sont mariés.

Cela ne vaut pas le boisseau de charbon qui doit

VOUS étouffer un soir au milieu de Tindifférence d’un hôtel garni.

On dit : Elle s’est pendue, c’était Adèle.

Elle s’est jetée sur le pavé et s’est brisé le crâne, c’élait Nini-la-Valaque.

Elle s’est empoisonnée, c’était Jeanne, la petite Jeanne.

« Que devient sa sœur? elle doit être grande maintenant?

— Nous l’avons à souper demain. »

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