‹ Les cris de paon scandales du jour Aurelien SchollChapitre 4 sur 18 · UNE BOURSE DE JEU · texte numérisé non relu

UNE BOURSE DE JEU

« La lecture de cette lettre, mon cher oncle, pourrait vous faire tomber des nues. Pour peu que vous soyez en ce moment sur une hauteur quelconque, descendez vite et lisez après; la prudence l'exige.

« Puisque je n’ai pu vaincre votre obstination, et vous attirer ù Paris que vous ne connaissez plus, il faut bien que je vous explique tous les changements qui s’y sont opèr(5s. La netteté de mes explications pourra seule vous décider à m’envoyer les

LES GRIS DE PAON

cinquante raille francs qui rae-sont nécessaires pour exercer dignement la profession de gentleman.

« Et d’abord, vous m’avez imposé l’opinion légitimiste qui m’interdit de chercher une position que mon nom et mes relations m’auraient sans doute assurée.

« Quevoulez-vous que je devienne dans le monde, avec les douze mille livres que vous me servez annuellement?

« Vous allez me dire que, de votre temps, un jeune homme faisait bonne figure avec mille francs par mois. Votre temps I toujours votre temps 1 11 est plus loin que vous ne le croyez, et les gens d’il y a trente ails me semblent être les contemporains de Virgile. La vie n’est plus une églogue et les bergères sont devenues des drôlesses d’un genre particulier.

« De votre temps, mon oncle, restaurants, danseuses et plaisirs devaient être à l’unisson, de ces meules énormes qu’on appelait des pièces de cent sous et qui résonnaient si fièrement sur un comptoir.

« Les placées n’avaient pas encore ouvert sur ’ l’Europe leurs veines jaunâtres et la pièce d’or ne roulait pas sur les trottoirs, une blouse au dos et une pipe à la bouche.

• La Rente faisait de temps en temps une diffé-

LES GRIS DE PAON

rence de dix centimes, on dînait princièrement pour un écu de trois livres, et les femmes vivaient encore de leur travail.

» Paul de Kock parle sérieusement d’un jeune homme qui, avec six mille francs de renies, habitait un entre-sol de la rue du Helder et conduisait lui-méme son cabriolet.

« On a beaucoup parlé de l’invasion qui eut lieu en 1815.

€ Les Russes et les Prussiens campaient aûx Cliamps-Élysées; ils passaient la. bride de leurs chevaux aux bras des statues de nos places publiques.... ,

« Aujourd’hui, l’invasion est quotidienne : Égyptiens, Turcs et Moldaves, Russes, Prussiens et Anglais, Brésiliens, Péruviens et Yankees débarquent de tous côtés; ils fiivahissent nos restaurants et nos boudoirs, il n’y a plus de place pour nous. Il faut leur disputer pied à pied le terrain et le tapis.

» Les mines de l’Oural, le pétrole des États-Unis, le diamant de l’Inde et du Brésil accaparent les cochers et les actrices.

<« Des spéculateurs imberbes font chaque jour à la Bourse des différences de cent francs par action.

« Le juif Lippold, qui descend en droite ligne de ce Lippold qu’on brûlait à Berlin en 1570, le juif Lippold a cinq voitures et quinze chevaux.

« Lesamandes quevousjete/.là-bas,aaRoismcsnil, se vendent trois francs la douzaine dans un restaurant de second ordre ; la moindre figurante d’un petit théâtre vous mange à dîner le prix de dix hectolitres de blé, et une bouquetière n’accepte pas moins de cinq francs pour l’œillet qu’elle passe malgré vous à votre boutonnière.

« C’est dans ces conditions qu’il faut vivre et lutter pour se maintenir.

« Vous allez demander ce que cinquante mille francs peuvent* faire à cela?

« L’explication sera simple :

« On ne vit plus de son capital, on vit de ses différences.

« Une nouvelle profession est venue sauver les gens de naissance et les aide à se maintenir.

« Cinquante mille francs constituent une bourse de jeu, c’est-à-dire, un capital qui monte et descend suivant les variations de la veine, comme une grenouille monte et descend dans un bocal, suivant les variations de la température.

« Vous ignorez, mon oncle, ce qu’est devenu le jeu perfectionné.

« Un jeu de hasard est une opération aussi sûre que l’achat d’un terrain sur le tracé d’un chemin de fer.

' « Passion, le jeu est une ruine ; profession, c’est une fortune.

• Il s’agit de s’entraîner et d’étre en condition, s, , comme disent les hommes de chevaux.

« Pour être un bon joueur, il faut de la patience et pas de nerfs : tout est là.

• O Le joueur qui a une séance le soir ne doit boire cl son dîner que de l eau rougie. Après dîner, il se montre dans les théâtres. A minuit "et demi il dort.

« Entre trois heures, et demie et quatre heures, son valet de chambre le réveille.

« Le joueur prend un bouillon froid, un verre de porto, passe du linge blanc et se rend au cercle.

« Les autpcs sont fatigués; il est, lui, frais et dispos.

« L’or qui est sur la table, les jetons qui circulent, tout arrivera fatalement à ce magnétiseur calme et froid.

« Le joueur est un propriétaire, il fait sa récolte de bacçara. ■ .

« Il n’a pas d’amour-propre. S’il sent la déveine, il s’associe paisiblement à celui qui a là chance.

* En dehors du baccara.il faut posséder à fond le jeu d’écarté.

« Une fois la grande partie finie faute de combattants, on peut,, par ce moyen, se retirer dans un coin avec le gros gagnant et lui faire rendre gorge.

« Si le gros gagnant a fait Charlemagne, le grosperdant est aussi bon que lui.

. « Peut-être jouera-t-il sur parole, mais on sait à

qui l’on a affaire.

« Je vous le répète, l'opération est certaine; toutes les chances sont comptées et chiffrées.

« Nous avons en notre faveur :

1® Les nerfs de notre adversaire, son impatience,

s’il est en déveine, soit 1

« 2“ Sa fatigue, puisqu’il a deux ou trois heures de tapis vert, et que nous venons de nous lever. 1 3® La naïveté du ponte puisque la banque nous a été adjugée à cinquante ou cent louis, tandis qu’il s’acharne contre elle, trouvant l’enchère' trop

élevée. 1

4® Les mauvaises conditions où l’ont placé les parties précédentes; car il est impossible que le ponte n’ait pas vu, dans l’assistance, un des deux ou trois habitués qui sont censés lui porter la déveine 1

« 5® Nous avons enfin contre lui notre bourse de jeu qui nous permet de faire plusieurs fois par séance une différence de 25 à 30 mille francs, avec la certitude de ne pas sauter^ . 2

« Cela fait six chances en notre faveur.

« Et contre nous?

« Un hasard impossible, puisque tout est prévu, * Il faudrait qu’un gagnant continuât à gagner

Digilized by L^ooglc

— et, dans ce cas, nous nous retirons après l’avoir tâté;

« Ou que le perdant, agacé, fatigué, prît tout à coup le dessus et dominât notre calme et nos dispositions avantageuses....

« Mais un blessé n’a guère de chance dans un nouveau combat contre un adversaire bien constitué qui lui tombe tout à coup sur le dos.

« Vous le voyez, mon cher oncle, il n’y a pas d’objection possible.

« Si j’étais le fils de quelque bourgeois, je vous demanderais cent mille francs pour acheter une étude de notaire en province ou pour prendre un intérêt chez un agent de change.

« 11 y a pour vous tout bénéfice à ce que je sois un gentleman.

« Une bourse de jeu me suffit.

« Envoyez-moi donc au plus tôt ces cinquante mille francs....

« Soyez tranquille, je vous les rembourserai sous peu de temps.

« Votre affectionné neveu,

Voilà sérieusement où nous en sommes venus.

La lettre qu’on vient de lire est un tableau de Paris que Mercier pourrait signer....

En dehors de ce document, je ne sais que deux mots courants. Ils sont d’hier.

L’un est un à peu près....

On a dit de M. de Lesseps qu’il a le fanat-isnw de Suez J

L’autre est un mot de Mme de X... à son mari. M. de X... arrive de Chine où des fonctions quelconques l’ont retenu deux ans.

A son retour, il a su que sa femme s’était distinguée par une conduite plus que légère.

De renseignements en renseignements, M. de X... a appris que madame avait passé un mois dans une maison de santé; de la maison de santé, le mari suivit la trace d’un petit innocent venu au monde en dehors des sacrements, et il a demandé à la femme coupable :

« Qu’est-ce, madame, que l’enfant placé par vos ordres chez de braves gens dans les environs de Versailles? »

La Parisienne répondit sans se déconcerter :

« Ma foi ! monsieur, il était si bien caché que je le croyais à moitié pardonné. »

Autrefois le petit journal était petit, et c’est improprement qu’on a continué de l’appeler petit journal depuis qu’il agrandi. 11 y a dans le lait moins de crème que de liquide , et cependant ce n’est pas la crème qu’on appelle le petit-lait.

Un petit journal adopterait demain un format deux fois plus grand que celui dé la Patrie : il aurait chaque journée une édition du matin et une édition du soir; il serait rédigé par Dante, Shakespeare, Molière, Corneille, lord Byron et Victor Hugo que MM. Mahias et Aubry-Foucaut diraient encore : c’est un petit journal.

LES cnis DE PAON.

Voyons do»ic un peu quels sont les gens qui font les petits journaux et quels sont ceux qui font les grands.

Les fruits secs de la littérature, les écrivains sans imagination, ceux qui ne peuvent faire ni un roman, ni une pièce de théâtre; se casent dans les colonnes des gazettes politiques et s’y maintiennent grâce à la modicité de leurs prétentions pécuniaires.

A part le rédacteur en chef — lequel est forcé d’avoir au moins une note dans le gosier, — les confectionneurs du grand journal sont payés à raison de trois ou quatre cents francs par mois.

Le critique du lundi, qui est un petit journaliste, est le seul qui soit décemment appointé.

Le journaliste politique vit de la dépêche télégraphique, le journaliste non politique vit de l’esprit et de l’imagination. Il vit aussi bien de l’esprit des autres, de l’esprit courant, du mot du jour que de son propre fonds, soit ! mais encore est-il obligé d’habiller la pensée et d’accommoder le sujet, tandis qu’à l’autre il suffit de dire :

« On nous écrit de Vienne....

— Le courrier de Cochinchine ne nous apporte rien de nouveau....

— Nous reproduisons plus loin le rapport déposé au Corps législatif.... »

V Joignez à ces étiquetles communes le cours de la

Dlgitlzed by

LES CRIS i)E PAON.

Bourse, les chutes des couvreurs, les empoisonnemenls parles champignons, l’imprudence des enfants qui jouent avec des allumettes — plus une page et demie d’annonces, et vous avez le grand journal politique quotidien.

C’est une tâche aisée, une besogne toute mâchée.

Ce qui est autrement difficile , c’est de détourner le public de ses affaires et de l’intéresser à des choses qui ne sont ni sa maison, ni son champ, ni son trois pour cent.

Devons-nous aborder la question de moralité?

Un journal littéraire n’a pas d’opinion à vendre, il ne trompe personne par un de ces courriers de Bourse qui sont devenus la principale source du revenu des journaux politiques.

Certes, la vie du journaliste intègre est faite de noblesse et de courage.

La France aime les remueurs d’idées, mais la prison les aime aussi. Un article vaut quelquefois un volume, comme un sonnet vaut un ppëme. Les écrivains forment une aristocratie particulière , et si la citadelle est au quatrième étage, sa puissance n’y perd rien.

Il y a des fièvres rouges dans cette lutte , des obligations à heure fixe, des nécessités de réussir, d’arriver avant les autres. Et les besoins d’opulence I les appétits princiers, tandis que les fatras de la vie vous prennent à la gorge et vous dévorent par l’escompte 1...

« Dans le monde littéraire, dit Balzac, on n’aime que ses inférieurs. Chacun est l’ennemi de quiconque tend à s’élever. »

Cette envie générale décuple les forces des gens médiocres, qui n’excitent ni l’envie ni le soupçon, font leur chemin à la manière des taupes, et, quelque sots qu’ils soient, se trouvent casés dans trois ou quatre places, au moment où les gens de talent se battent encore à la porte pour s’empêcher d’entrer.

Aujourd’hui que personne n’a le droit de vie et de mort, il suffit d’avoir le droit de bien et de mal pour être puissant.

Cette puissance, les journaux politiques semblent l’avoir abdiquée.

La presse est devenue une sorte de mécanisme. Une entreprise se fonde au moyen d’un journal politique. On ne peut créer un comptoir, fonder une

usine ou percer un isthme sans avoir acheté d’abord son journal politique, c’est-à-dire son tambour, sa trompette et son chapeau-chinois.

Comme le public tomberait des nues s’il savait quels sont quelquefois les financiers conservateurs qui alimentent un journal d’opposition 1 Et comme il ferait peu de cas de ses Brutus de terre glaise et de ses Spartacus en mie de pain I

Mesdames et messieurs, voici que le régime de l’ennui recommence.

Paris a fort bon air quand les consciences seules sont inquiètes, mais quand les coffres-forts s’en mêlent, il n’y a plus moyen d’y tenir.

L’Opéra a des aspects de congrès èt le bois de Boulogne une physionomie de cour d’assises.

Certes, quand Dieu ramassa un peu de boue pour créer l’électeur , et quand il arracha une côte de l’électeur pour créer la femme, il pensait que l’un et l’autre auraient d’autre souci que les plis d’une cravate blanche et le dessin d’une robe.

Plus on va, plus les cols sont hauts.

Il est singulier que l’homme fasse de plus en

plus monter sa chemise, alors que la femme fait de plus en plus descendre la sienne.

C’est ainsi qu’on causait mardi chez une des jeunes gloires du barreau parisien.

Il y avait là un excellent dîner, beaucoup d’avocats et quelques gens de lettres pour y faire honneur.

Le maître de la maison avait eu soin d’éloigner l’un de l’autre deux confrères d’opinions fougueuses, afin d’éviter les discussions politiques.

La précaution fut inutile; chacun d’eux harangua ses voisins.

«Où en sommes-nous? demanda l’un des convives. Voici un bout de table où l’on est en pleine révolution.... Êtes-vous plus avancés là-bas?

— Beaucoup plus I cria une voix , ici Vordre est rétabli. »

On dit que la galanterie a disparu de nos mœurs I Le madrigal suivant est une preuve du contraire.... Il a été adressé par un spectateur enthousiaste à la suave Cendrillon du Châtelet :

Lutin, au.\ grands yeux bien fendus,

Mangeuse de fruits défendus,

LES oms DK PAON.

Ton doux regard plein de tendresse Semble n’avoir jamais dit : Non.

L’affiche qni donne ton nom Devrait nous donner ton adresse.

C’est une chose reconnue qu’il faut à tout prix éviter le bruit.

On doit faire son chemin sur la pointe du pied, sans attirer l’attention et atteindre furtivement le but. On n’arrive que comme un voleur.

Tout homme qui a le malheur de se faire remarquer est inévitablement perdu. On l’envie, on le salit, on le bafoue. La foule aboie après lui, c’est une meute implacable qui le mord aux jambes.

Si quelqu’un devine la route qu’il veut parcourir, on saura y placer les obstacles avec certitude.

Le temps n’est plus où l’homme qui faisait parler de lui passait pour un homme de mérite.

11 passe aujourd’hui pour un charlatan.

L’homme obscur, nul, impuissant est le seul qui semble digne d’égards.

* Quand il fait nuit, on fait la chasse aux vers luisants; les autres n’ont rien à craindre. »

LES CRIS DK PAON

Un exemple à l’appui de ces vérités.

C’était aux approches du 15 août.

Un homme important se rendit au ministère pour , recommander deux personnages de ses relations à la bienveillante attention du chef de division.

« L’un, dit-il, est M. X...?

— Qu’est-ce que c’est que M. X...?

— C’est l’auteur d’un ouvrage sur l’art de fabriquer la Chartreuse au quinzième siècle, ouvi age compacte, plein de recherches que personne n’a lues.

— Va pour M. X.... il n’est pas compromettant.

— L’autre est M. Z....

— Diable 1

— Garçon de mérite,

— Sans doute, mais il a fait trente volumes, il a collaboré à un nombre infini de journaux.

— C’est vrai.

— Cela ferait crier après nous.... c’est impos- .sible. »

C.... est superstitieux; il attribue tous les accidents de sa vie à une influence quelconque.

« C’est singulier, disait-il, ma pièce ne fait pas de recettes, et cependant ;’ai changé de café. »

L'n boursier causiul allaires.

« A notre époque, il faut, avant tout, faire fortune. Riche ou pauvre, il n’y a pas de milieu. C'est Toulon ou tout T autre. »

M. et Mme X.... sont un exemple frappant des heureux résultats d’une confiance mutuelle.

Monsieur a confiance en madame qui a des intrigues et madame est' parfaitement tranquille sur les mœurs de monsieur qui la trompe.

Cet heureux mari disait au confident qu’il a choisi :

« J’ai reçu une lettre d’Amanda.... Elle accepte le rendez-vous!... Seulement, je ne sais où cacher sa lettre; bien que ma femme jie m’adresse jamais de questions, elle ouvre mes tiroirs et fouille dans mes poches,... je ne sais donc où serrer la lettre d’Amanda.

— C’est pour que ta femme ne la trouve pas ?

— Oui.

— Eh bien, mets-la dans ton paroissien. »

La température grimacière que nous traversons, ces alternatives de soleil et de pluie, celte salade de nuages me rappellent une folie de ce comique à gros effets que nos pères ont tant aimé, j’ai nommé Odry que les académiciens eux-mêmes ne peuvent évoquer sans passer là langue sur leurs lèvres.

Cet insensé que la camisole de force n’aurait pas empêché de faire des calembours, ce niais colossal qui a été un des démolisseurs de l’époque, ce pitre qui a porté un coup terrible à la famille en disant : un père aussi enrhumé que le mien; qui a touché la musique au cœur, en s’écriant: Es-tu seulement de

LES GRIS DE PAON

la force de Paganini? ce jocrisse impudent qui a sapé l’autorité dans sa représentation synthétique, — la gendarmerie, — ce cabotin qui n’a respecté ni l’art du dentiste, ni l’amour, ni la gravité municipale, Odry avait des façons à lui de s’amuser.

Un jour de carnaval, il se déguisa en voleur, remplit ses poches de foulards et de couverts d’argent, se vola une montre pendue au chevet de son lit, et s’échappa dans la rue, s’imaginant qu’il était poursuivi.

Dès qu’il apercevait l’uniforme d’un sergent de ville, il fuyait.

Vers midi, lassé de ce rôle, il résolut de s’arrêter.

Il se costuma en gendarme et se dit :

« La police n’a pu me découvrir, voyons si je serai plus heureux. »

Il redescendit dans la rue et suivant la même route que le matin, il se mit à sa poursuite.

Mais dès qu’il arrivait à l’une des stations où son voleur s’était arrêté, Odry ne s’y trouvait pas.

Il se déguisa encore en voleur et prit une autre route; puis se remit en gendarme pour courir de nouveau après lui-même.

Ce ne fut que vers huit heures du soir qu’il parvint à se mettre les menottes.

Ce monologue à tiroirs, cette comédie à travestissements qu’il avait jouée pour lui même, avait rempli sa journée. 11 s’était arrêté par défaut, empoi- ' gné par contumace, il s’était amusé avec son fantôme....

C’est ainsi que le temps se costume en hiver et reprend peu après ses habits de printemps pour se donner la chasse à lui-même.

Le soleil est le gendarme, le nuage est le voleur et le ciel fait son mardi gras.

Puis.sions-nous lire d’ici à peu de jours dans les colonnes de nos grands frères de la politique cette phrase sacramentelle :

« L’horizon s’éclaircit ! »

En attendant, M. et Mme de Komissarol, récemment anoblis par le czar, sont recherchés et courus

fl

Fi i I

jj ]'

\xi ^

>il

Page 1