M. DE L.... A SON FILS EDMOND
J’en apprends de belles 1 et je te réponds au galop, sans réfléchir, sans consulter. Tu as agi en homme de cœur ; le patriarche de l’histoire sainte sacriflait son fils à Dieu, il ne Teût point sacrifié aux convenances de sa tribu. Certes, quand j’aurai gardé cet enfant auprès de moi, quand je l’aurai vu grandir, il me prendra parfois une tristesse en songeant à l’aveu pénible qu’il faudra lui faire un jour.
Je ne te le cache pas, Edmond, cette pensée troublera peut-être mon bonheur. Tu sais si j’aime les enfants, à plus forte raison le tien. Éloigné de toi, je n’avais de regards que pour le passé, je vivais sur ce qui n’est plus. Tu nous apportes l’avenir, je le prends comme tu le donnes. Ta mère destine à Bibi un mouton qu’on apprivoisera pour lui. Germain a déniché hier une couvée de merles, je les ai fait mettre en cage, ils remplaceront ta pipe turque.... Arrive vile, les enfants sont les poupées des vieilles gens, et il me tarde de m’amuser.