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CHAP. V

DIAGRAMME No 4

— Exportation

-•• Clearing House

Sociétés par<acttons

Quant à la courbe de l'encaisse de la Banque d'Angleterre, elle varie, comme d'ordinaire, en sens inverse de celle du fer, mais ses variations sont peu importantes et exemptes de tout caractère brusque. Il est évident que, pendant les dix années qui viennent de s'écouler, l'Angle-

terre n'a pas été éprouvée par des crises industrielles violentes, semblables à celles d'autrefois.

C'est ce que confirme d'ailleurs le développement de la courbe des banqueroutes. Les variations ne dénotent aucune régularité. La dépression de 190 1 ne s'y manifeste en

feg On 5NvSN<3n,«3s<3n'3n<>sOn<3^^Js

'Prix du fer

Faillites

— — — "Encaisse de la Banque d Angleterre

aucune façon, celle de 1908 n'y exerce qu'une influence très légère.

Ainsi donc, tout concourt à prouver que 1ère des crises industrielles violentes est définitivement révolue pour l'Angleterre. Mais le cycle industriel, avec son alternance périodique de progression et de recul, se manifeste, dans l'évolution industrielle anglaise des dix dernières années, avec la même netteté et la même clarté qu'autrefois.

Le flux de l'essor industriel, qui s'était fait sentir en 1898 d'une façon indéniable, grandit jusqu'à la fin de 1900, époque où survint un changement dans la conjoncture industrielle. L'année suivante fut marquée par une dépression. Cependant, bien que cette année-là ait été pour l'Angleterre une année difficile, la stagnation fut bien loin d'être ce qu'elle avait été autrefois. Le marasme industriel se manifesta moins par la diminution du trafic que par la baisse des prix des marchandises et par celle des salaires.

Par le nombre relativement restreint des dépressions, l'Angleterre forme un contraste avec l'Allemagne, où pendant cette même année, on vit une crise industrielle très grave, qui atteignit les plus importantes branches de l'industrie et du commerce. Au contraire, l'autre concurrent le plus dangereux de l'Angleterre, les Etals-Unis, n'a pas du tout été éprouvé par la dépression, localisée surtout en Allemagne et dans quelques autres pays du continent -européen. En même temps qu'en Allemagne, la cri.^e apparut sous une forme particuliculièrement aigùe en Russie, où intervint à ce moment une réaction brusque contre le mouvement antérieur de prospérité industrielle.

Si Ton compare les années 1900 et 1901, on remarque une diminution appréciable du commerce extérieur anglais. L'importation est passée de 523 millions 1 délivres sterling à 522 millions 2, subissant une diminution de 0,2 0/0. Pour l'exportation, la baisse a été plus considérable encore : 291 millions 2 de livres en 1900 et 280 millions 5 en 1901, c'est-à-dire diminution de 3, 7 0/0. Mais, de part et d'autre, le recul fut dû exclusivement à la baisse des prix. En effet, la quantité des produits importés a augmenté en 1901 par rapport à 1900 de 2, 45 0/0 et celle des produits exportés de 1,46 0/0.

Le chiffre d'affaires du Glearing-House de Londres s'est considérablement accru en 1901 ; mais comme il a été dit, -cet accroissement fut du à une cause tout à fait particulière

et extérieure, aux énormes opérations financières du gouvernement anglais qui furent le résultat de la guerre sudafricaine. Les opérations des chambres de compensation provinciales ont au contraire fortement diminué; ce qui prouve bien l'amoindrissement du commerce intérieur. Ainsi les opérations de la chambre de compensation de Manchester sont passées de 248 millions 8 de livres sterling en 1910 à 236 millions 2 en 1901, c'est-à-dire ont subi une diminution de 5 0/0 ; à Newcastle, elles sont descendues de 85 millions 6 de livres à 82 millions 8, c'est-à-dire de près de 6 0/0 ; à Liverpool la diminution a été de 5,2 0/0 : 167 millions 7 en 1900 et 158 millions 9 en 1901, etc.

La baisse générale du prix des marchandises est traduite par le fléchissement de l'Index-number exprimé parla revue The Economist de la façon suivante:

1er juillet 1900 .

1er juillet 1901 .

1er janvier 1901 .

1er janvier 1902 .

Les prix du charbon, qui avait subi une hausse extraordinaire pendant la période précédente de prospérité, ont considérablement baissé. La production de la fonte est descendue de 8.909.000 tonnes en 1900 à 7.858.000 en

Ces changements ont été suivis d'une baisse des salaires- D'après les données du Labour Department, les salaires des mineurs et des ouvriers de l'industrie métallurgique ont monté jusqu'en 1900 et surtout dans le cours de 1900. En 1901 survient un brusque changement. 901.820 ouvriers de ces deux branches industrielles ont vu, en 1901, leur salaire baisser de 1 shilling 9 pence par semaine. Par contre, dans certaines autres branches, une légère hausse s'est produite.

La baisse des salaires a augmenté l'acuité des conflits industriels : le nombre des journées de grève s'est élevé de 3.152.694 en 1900 à 4.142.287 en 1901.

Sur 175 000 grévistes, le nombre des mineurs et des ouvriers de la métallurgie était de 110. 000.

Sur le marché monétaire il n'y a pas eu d'écart très notable, comme on peut le voir par les données suivantes relatives au taux de l'escompte de la Banque d'Angleterre.

Années

Nombre de variations du taux de l'escompte . .

Taux maximum ....

Taux minimum ....

Taux moyen

2 Va 3£4sn.9p.

3£l3sh.6p

3£i9sh 2p.

3£14sh.5p.

On voit que le taux de l'escompte monte pendant les trois années de prospérité 1898-1900, ce qui est d'ailleurs tout à fait normal ; en 1901, le taux de l'escompte baisse et c'est là encore un effet très caractéristique de la dépression. Mais cette variation n'est cependant pas brusque, ce qui prouve qu'il n'y a pas eu, en 1901, de fort ébranlement du crédit, que l'expiration de la période de prospérité n'a pas amené de crise industrielle.

L'année 1901, de môme que l'année 1900, est caractérisée par un chiffre extraordinaire des émissions de valeurs. Mais il ne faut pas oublier que la plupart de ces émissions sont dues aux emprunts du gouvernement anglais par suite de la guerre sud-africaine. L'émission des valeurs industrielles fut, au contraire, très réduite.

La dépression des premières années du siècle a commencé dans la seconde moitié de 1900 et s'est étendue sur les années 1901, 1902, 1903 et 1904, jusqu'au moment où un nouveau mouvement de prospérité s'est dessiné.

La proportion des chômeurs parmi les membres des syndicats ouvriers progresse régulièrement pendant ces 4 années comme le montrent les données suivantes :

Tousan-Baranowsky 12

178 part. i. — l'histoire i»es crises

Proportion des chômeurs

Année 1900 2,9 «/0

Les salaires ont également b tissé pendant cette période, comme on peut s'en rendre compte par les statistiques du Labour Department que voici :

Années

Nombre des ouvriers

atteints par la baisse

des salaires

Montant total des "éductions de salaires

Vers la fin de 1904, on perçoit nettement que la période de dépression s'achève et que l'industrie va de nouveau rentrer dans une phase de prospérité. Ce mouvement en avant s'accentue dès 1905, il se poursuit pendant les années qui suivent et atteint son maximum vers le milieu de 1907. xMais, à ce moment, une grave crise éclate en Amérique,, qui amène un changement dans la situation européenne.

Les Etats-Unis n'ont presque pas été éprouvés par la stagnation industrielle du siècle dernier. Alors qu'en 1900 l'Allemagne eut à subir une crise très grave et typique, les Etats-Unis ne virent à la même époque rien de semblable, bien que l'industrie américaine se développât avec encore plus de rapidité que l'industrie allemande. En 1901, au moment où l'industrie des principales nations européennes se trouvait dans un état d'extrême dépression, la prospérité industrielle persistait encore en Amérique. Comme M. Lescure l'a très bien montré, les périodes de prospérité sont, en général, d'une durée bien plus longue aux Etats-Unis

qu'en Europe et le changement de la situation industrielle s'y manifeste deux ou trois ans plus tard qu'en Europe (1). L'extraordinaire, ce fut l'absence de crise pendant les années qui suivirent. La seconde moitié de 1903 fut, sans doute, marquée aux Etats-Unis par un temps de stagnation indéniable et par la réduction de la production. Mais ces deux phénomènes furent de peu de gravité et d'une durée assez courte. La production de la fonte a diminué en 1904 de près de 9 0/0 ; pourtant, le nombre des cessations de paiement a peu augmenté et, dès le second semestre de 1904 l'essor industriel reprend et va s'amplifiant jusqu'en 1907. Toutefois, dès la fin de 1906, la réserve de capital disponible en Amérique était si réduite que plusieurs compagnies de chemins de fer se trouvèrent dans l'impossibilité absolue de réaliser leurs emprunts à la Bourse. Par suite de cette insuffisance du capital disponible, les cours des valeurs se mirent à baisser à partir de mars 1907 et la tendance à la baisse se subtitua à la tendance à la hausse. Le manque de capital s'accentua de plus en plus et, au mois d'août de cette même année, les villes de Boston et de New- York se trouvèrent dans l'impossibilité de réaliser leurs nouveaux emprunts 4 0/0, malgré l'indiscutable solidité financière de ces emprunts (2).

Dès l'été, les prix des marchandises et, en particulier, des métaux se mirent à baisser. Vers le mois de septembre, le prix du fer avait fléchi de plus de 20 0/0. Le prix du cuivre subit une baisse plus grande encore, par suite de l'échec des vastes spéculations sur ce métal, spéculations qui avaient pris un caractère international et visaient à la monopolisation de la production mondiale du cuivre. Au mois d'octobre, au grand étonnement de beaucoup de gens d'affaires, (quoique la situation du marché américain au com-

(1) Jean Lescurk, Les crises industrielles générales et périodiques.

(2) Hase^kampf, Die wirtschaftliche Krisis des Jahres 1901 in den vereiniaten Staaten von Amerika, 1908, p. 12.

mencement de 1907 fit prévoir clairement une crise inévitable) (1), une panique éclata, d'abord à New- York, où elle fut provoquée par l'effondrement d'une grande maison qui avait pris part aux spéculations sur le cuivre. Toute une série de banques, tant à New- York que dans d'autres villes américaines, suspendirent leurs paiements. On peut se faire une idée des proportions de cette panique, si Ton songe qu'à la fin d'octobre, le taux de l'argent atteignit 125 0/0 et davantage et que, même à ces taux monstrueux, on ne trouvait pas de prêteurs. Cette demande extraordinaire d'argent était due à la disparition complète du crédit. Le gouvernement eut recours à des mesures extrêmes, afin de fournir aux banques les moyens de satisfaire aux besoins du crédit. Un mois après, la confiance commençait à revenir, et beaucoup de banques qui, au moment de la panique, avaient suspendu leurs opérations, se trouvaient en mesure de faire lace à leurs engagements. Mais l'industrie des Etats-Unis fut cruellement éprouvée par cette crise : toute l'année suivante fut marquée par une très forte dépression industrielle et par le chômage des masses ouvrières, qui a eu, entre autres conséquences, pour résultat, l'obligation pour des centaines de milliers d'émigrants arrivés d'Europe de retourner dans leur pays, faute de travail. La crise américaine, qui, par son caractère de gravité, rappelait les catastrophes financières du siècle dernier ne tarda pas à avoir sa répercussion en Angleterre. Une panique aiguë commença à se produire sur le marché monétaire de New-York, le 22 octobre, lorsque le Knickerbocker Trust suspendit ses paiements. Les plus importantes banques des Etats-Unis furent assaillies par les déposants qui réclamaient leurs fonds. La réduction du crédit qui suivit cet événement (en fait, toutes les banques du pays

(1) J'ai signalé le fait dans mes leçons du printemps de 1907. Cf. mon livre : « Leçons d'économie politique », Saint-Pétersbourg, 1907 p. 346 (en russe.)

suspendirent leurs paiements) provoqna en Europe une demande extraordinairement considérable d'or. La crise américaine fut suivie de nombreuses faillites de grands établissements, même européens, en particulier en Allemagne, où une vieille banque de Hambourg, la maison Halle, Sœhle et Cie, sombra. En novembre, la crise monétaire se manifesta sous une forme très aiguë au Chili et en Portugal.

Dès le commencement de 1907, on observait en Angleterre une hausse anormale du taux de l'escompte. Voici quelles furent les variations du taux de l'escompte de la Banque d'Angleterre pendant les trois années de prospérité industrielle.

Années

Nombre de variations du taux de

l'escompte

Taux maximum

Taux minimum

Taux moyen

2 i/o 3 £ 3 pence

4 £5sh. 3 p.4£ 18sh.6p

Dès octobre, la Banque d'Angleterre, par suite de la panique américaine, se mit à élever le taux de l'escompte, mais sans résultat appréciable. Finalement, le 7 novembre, le taux fut porté à 7 0/0, ce qu'on n'avait pas vu depuis 1873. Cette hausse fut due à la diminution des fonds de réserve de la Banque. L'élévation du taux produisit son etfet habituel et l'or rentra peu à peu dans les caisses de la Banque.

Cependant, malgré les troubles subis par le marché monétaire) il ne se produisit en Angleterre rien de comparable à la crise américaine. Une fois de plus cette règle se confirme : l'ère des crises aiguës est révolue pour l'Angleterre. La période de prospérité fut bien suivie d'une période de dépression, mais sans le stade intermédiaire de panique et de crise aiguë.

182 part. i. — l'histoire des crises

En 1908, l'industrie a souffert d'une forte dépression. Comparativement à 1907, le montant de l'importation baissa de 8, 1 0/0 (593 millions 1 de livres au lieu de 645 millions 8), et celle de l'exportation de 11,4 0 0. L'exportation des produits de l'industrie britannique aux Etats-Unis passa de 30 millions 9 de livres sterling à 21 millions 3. L'exportation anglaise en Allemagne fut aussi fortement éprouvée par la crise : elle tomba de 41 millions 4 de livres à 33 millions 4. L'exportation au Japon, qui, lui aussi, passa par une crise difficile, descendit de 12 millions 1 de livres à 9 millions 9.

La dépression fut accentuée par la disette des Indes, bien que dans une assez faible proportion. C'est ainsi que l'exportation aux Indes subit une diminution, mais très légère : 55 millions 1 de livres au lieu de 58 millions 1.

On peut juger de ce que fut la baisse des prix par les variations de l'Index number de V Economiste

Décembre 1907 2310

Décembre 1908 2197

Le chiffres d'affaires de la Chambre de compensation de Londres baissa de 12 millions 73 délivres à 12 millions 12, c'est-à-dire de 4, 8 0 0.

Les salaires, qui avaient augmenté en 1907, fléchirent en 1908.

Années

Nombre d'ouvriers

dont les salaires

ont varié

Augmentation des salaires hebdomadaires

Diminution des salaires hebdomadaires

Cet abaissement des salaires provoqua des grèves

très longues. Le nombre total des journées de grève était, en 1907, de 2.162.151 ; il s'éleva, en 1908, à 10.783.000.

En 1909, la situation du marché monétaire et du marché des marchandises s'est améliorée notablement, bien que la dépression persistât sur le marché des marchandises et que le chômage fût très grand.

En 1910, un nouveau mouvement d'essor industriel se dessine ; une nouvelle période de prospérité commence. Cette période dure encore aujourd'hui et si aucun événement politique, — une grande guerre européenne, par exemple, — ne vient troubler la marche normale de l'évolution industrielle, elle doit se terminer vers 1911-16. Il faut donc s'attendre à ce que la prochaine dépression industrielle survienne dans deux ou trois ans.

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