CHAPITRE PREMIER
I. Circulation du capital social. — Les différentes formes que revêt le capital : marchandises, monnaie, production. — Le problème des débouchés. — II. La théorie classique des débouchés. — Les vues de Say. — La thèse de Smith sur la décomposition de la valeur de la production sociale en éléments de la rente sociale. — La théorie de Smith et de Ricardo sur l'accumulation du capital. — III. La théorie des débouchés de Sismondi. — L'excédent de production. — Le marché extérieur. — Les vues de Marx et de son école. — Les points forts et les points faibles de la théorie de Sismondi. IV. — Solution du problème des débouchés. — Méthode qui envisage l'ensemble de l'économie sociale. Quesnay, Marx. — Schéma de la reproduction du capital social. — Accumulation du capital. — Les paradoxes de l'économie capitaliste. — Le bandeau élastique du capitalisme. - V. Vérification de cette théorie par les faits. — Diminution de la population occupée par la production des objets de consommation. — Marché intérieur et marché extérieur dans les pays capitalistes. — VI. Le déplacement international du capital et le marché dans les pays neufs capita-
listes. — Les causes du déplacement international du capital. — Les conditions plus favorables du marché dans les pays neufs capitalistes.
Circulation du capital social
L'histoire des crises industrielles anglaises nous a fourni tout un ensemble de faits qui nous permet de voir les causes concrètes des crises. Toute crise, comme tout événement historique concret, a des traits individuels et il n'a pas été trop difficile de déterminer les causes immédiates des différentes crises. Mais à côté de ces traits individuels,nous percevons, dans l'histoire des crises, une grande ressemblance entre toutes les perturbations de l'économie capitaliste. La situation caractéristique du marché monétaire et du marché des marchandises qui précède chaque crise, les phénomènes dont s'accompagne le développement du crédit dans le domaine delà circulation de l'argent et du crédit, la situation du commerce et de l'industrie qui vient ensuite, voilà par où se manifeslent les traits typiques de toutes les crises, quelle que soit la multiplicité des causes particulières. Voilà pourquoi l'histoire des crises est si monotone ; sans cesse on est. obligé de se répéter. Mais cette monotonie même est la preuve de la régularité des crises. Il est évident qu'elles ne sont pas provoquées par les circonstances fortuites du moment historique donné, mais par des forces plus puissantes et permanentes, qui proviennent de l'essence même de l'ordre économique capitaliste.
L'histoire des crises nous a montré qu'elles se répètent avec une régularité surprenante. Tous les dix ans, il y a ^n Angleterre une période d'essor, de prospérité ins-
duslrielle, puis de recul, de stagnation. Cette régularité, cette périodicité des crises, semble être régie par une loi et cette loi est encore à trouver. Notre tâche, — qui est de fournir une explication scientifique des crises dans toute leur complexité, — n'est pas terminée, et il s'en faut, lorsque nous avons mis au jour les causes immédiates de chaque crise en tant qu'événement historique concret.
Il faut démêler les causes générales des crises et, pour cela, il est indispensable de bien comprendre les lois qui régissent l'écoulement de la production dans l'économie capitaliste, c'est-à-dire les lois des débouchés.
Dans l'économie capitaliste, l'entrepreneur ne produit pas pour sa consommation personnelle, mais en vue de l'écoulement de ses produits. Si ceux-ci ne trouvent pas à s'écouler, le capitaliste, non seulement ne réalise pas de bénéfices, mais perd son capital. Pour qu'il y ait conservation du capital, il faut que les produits s'écoulent d'une manière constante. Si les débouchés sont obstrués pendant un temps plus ou moins long, il s'ensuit nécessairement un arrêt de la production capitaliste.
Le processus de la production capitaliste suppose donc une succession constante des formes du capital social. Cette succession constitue la circulation du capital social. Si l'on prend comme point de départie moment où les marchandises sont mises en vente, le premier effet de la circulation est la transformation des marchandises en argent. Puis vient le second acte : transformation de l'argent en matières nécessaires à la reprise de la production ; l'argent réalisé par la vente des marchandises sert à l'achat de moyens de production et de la main-d'œuvre ouvrière. Mais, comme la valeur des marchandises créées comporte une plusvalue, une certaine partie en est transformée non en moyens de production, mais en objets de consommation pour la classe capitaliste. Cette partie de la valeur des produits achève sa circulation en se transformant en produits destinés à la consommation de la classe capitaliste. Par
contre, la partie de la valeur qui s'est transformée en moyens de production et en force ouvrière, continue sa circulation dans le processus de la production ; elle se transforme en nouveaux produits, donnant lieu à la création d'une plus-value, et ainsi la circulation du capital s'achève,, pour recommencer de la même façon.
Tout ce processus peut se représenter schématiquement ainsi (I) :
Mp
M exprime laparlie de la valeur des marchandises qui représente le capital absorbé parle processus de la production ; m la partie de la valeur des marchandises qui correspond à la plus-value. Ces valeurs, transformées en argent sont représentées par les lettres A et a. Les lettres Mp et l'exprimant la valeur des moyens de production et du travail.
(1) Le schéma est, avec quelques modifications, celui de Marx Cf. Le Capital, t. II. p. 48. On peut prendre comme point de départ de la circulation n'importe quelle forme du capital, par exemple la forme argent ou la forme production. Mais si l'on considère l'ensemble de l'économie sociale, on est nécessairement amené à prendre comme point de départ et, par suite, comme point terminus, la forme marchandises, car le processus social de production a pour résultat dernier la création de marchandises, l'argent n'étant qu'un simple moyen d'échange. « La forme M-M, fait avec raison remarquer Marx, constitue la base du « Tableau économique » de Quesnay, qui, en adoptant cette forme, a fait preuve d'une grande perspicacité » (Capital, II, p. 58). Le schéma donné suppose que le capital se reproduit dans la même proportion ; dans le cas contraire (cas d'accumulation du capital), une partie de la plus-value se transforme non plus en objets de consommation pour le capitaliste, mais en moyens de production et il se trouve qu'à la fin de la circulation, la valeur du capital, sous forme de marchandises, est plus élevée qu'au commencement.
La lettre P et le pointillé représentent le processus de production.
La ligne du haut donne le schéma de la circulation du capital lui-même ; la ligne du bas le schéma de la circulation de la plus-value créée dans le processus de la production capitaliste. La ligne supérieure montre comment le capital sous forme de marchandises se transforme en capitalargent, puis en moyens de production et en force ouvrière; ensuite vient le processus de production, qui a pour résultat lu reconstitution sous forme de marchandises du capital dépensé et la création de la plus-value. La ligne inférieure montre la circulation de la plus-value. Cette dernière, qui apparaît d'abord sous la forme de marchandises, est ensuite convertie en argent et de nouveau en marchandises destinées à la consommation des capitalistes.
Ainsi donc, dans le cycle de sa circulation, le capital apparaît sous trois formes différentes : 'marchandises, argent, 'production. Dans le processus de production, le capital change de forme matérielle, mais sans changer de propriétaire : le môme capitaliste qui a acquis la force ouvrière et les moyens de production dirige aussi le processus de transformation des moyens de production en nouvelles marchandises, qui deviennent ensuite objets d'échange. Mais, dans le processus de transformation des marchandises en argent et de l'argent en capital de production, il y a déplacement du capital des mains d'un propriétaire dans celles d'un autre
De ces deux actes — vente et achat — le second n'offre dans les conditions de l'économie capitaliste aucune difficulté. Avec de l'argent, on trouve facilement des marchandises à acheter. Il en est tout autrement pour ce qui est de la vente. Dans l'économie capitaliste, il est plus difficile de vendre que d'acheter. V ensemble des débouchés d'une marchandise donnée s'appelle le marché de cette marchandise. La particularité très caractéristique de l'économie capitaliste est que le marché de toutes les marchandises est, eu
règle générale, couvert et même encombré par l'offre. Dans les conditions actuelles de l'économie, l'offre ne peut être que momentanément inférieure à la demande. Au contraire, la supériorité de l'offre sur la demande, non seulement n'est pas un phénomène accidentel dans le régime économique actuel, mais elle est la règle générale. La situation ordinaire et normale du marché est caractérisée de nos jours par la difficulté de trouver des débouchés et, par suite, par un encombrement extrême. D'où la lutte pour les débouchés, qui constitue la caractéristique si accentuée de la vie économique actuelle.
Dans les conditions de l'économie capitaliste, la difficulté est non pas de produire, mais de trouver l'écoulement, les débouchés. Ce dernier problème a, au point de vue de l'importance, reculé le premier au second plan. On sait combien l'organisation de l'écoulement est complexe de nos jours, combien chaque entrepreneur doit faire d'efforts pour faire rentrer ses produits dans la masse compacte des différentes marchandises qui encombrent le marché. L'offre, en règle générale, est toujours en avant ; elle devance la demande et le producteur est prêt à recourir à tous les moyens pour stimuler celle-ci. L'entrepreneur a créé un réseau compliqué de médiation commerciale, dont on ne saurait exagérer l'importance économique. Ce réseau embrasse, comme une toile d'araignée, tout l'univers. Chaque grande maison de commerce dispose de nombreux agents sédentaires ou voyageurs, exclusivement occupés à rechercher les acheteurs et les commandes. Si à ces organisations privées on ajoute les organisations et institutions publiques qui ont pour but de découvrir de nouveaux débouchés, — les agences consulaires à l'étranger, les expositions locales, nationales ou internationales, les musées du commerce, les sociétés pour le développement du commerce, etc. etc, — on se rendra compte du rôle énorme et prépondérant que joue dans l'économie moderne l'organi-sation de l'écoulement, autrement dit, du marehé.
Le marché est le nœud d'où parlent et où convergent les fils delà vie économique actuelle. C'est le marché qui règle la production et non la production qui règle le marché, voilà le fait qui frappe immédiatement dans le régime capitaliste. L'économie capitaliste dispose d'une réserve énorme de forces productrices, dont une parlie seulement trouve à s'employer. Toutes les nations capitalistes pourraient accroître considérablement leur production, si toutes les forces productrices pouvaient être mises en jeu. Quel est donc l'obstacle qui entrave le développement de la production sociale dans l'économie capitaliste ? Pas autre chose que la difficulté d'écouler les produits, autrement dit l'insuffisance des débouchés. Le marché est donc la force centrale qui règle toute l'économie capitaliste et son insuffisance, qui se fait constamment sentir dans la production capitaliste, est le bandeau élastique qui entrave le développement de celle-ci.
Mais d'où provient cette insuffisance des débouchés, cette difficulté de l'écoulement, qui fait que la production capitaliste presse toujours le marché, est constamment supérieure à la demande? C'est là précisément le problème des débouchés, problème important et difficile, contre lequel la science économique s'est longtemps butée en vain.
La théorie classique des débouchés
Le problème des débouchés fut posé pour la première fois d'une façon scientifique par un des plus faibles et des plus superficiels théoriciens de l'économie politique, par J.-B. Say, qui était tout à fait incapable de l'approfondir. En eiïetr Tidée qui est au centre de la théorie des débouchés est
extrêmement simple et élémentaire : toute la difficulté consiste à en saisir les conséquences logiques et à expliquer ainsi les faits positifs de l'évolution capitaliste. On croit généralement que le luxe des classes riches, ce qu'on appelle la consommation improductive, remplit une fonction nécessaire dans l'économie nationale, en favorisant la demande, en créant les débouchés. Cette opinion, Say la tient pour erronée et il lui oppose sa propre thèse, d'après laquelle chaque produit trouve d'autant plus d'acheteurs que les autres produits sont en quantité [dus considérable (1). Car, pour acheter un produit, il faut en vendre un autre. Au fond, les produits sont échangés entre eux; l'argent n'est qu'un simple intermédiaire dans l'échange. L'opinion courante suppose que, sans la consommation improductive, une certaine partie des produit* ne trouverait pas à s'écouler faute de preneurs ; il y aurait surabondance de produits, l'offre sociale dépasserait la demande. Mais pareille chose est-elle possible? Le seul fait qu'une personne s'occupe de produire témoigne de besoins non satisfaits ; sinon, pourquoi produirait-elle?Tout produit provoque lademande d'autres produits. Les débouchés d'une marchandise sont créés par d'autres marchandises, lise peut que l'on produise des marchandises qui ne sont pas précisément celles que le marché demande (en ce cas, il faut modilier la distribution de la production sociale) ; mais, que l'ensemble de l'offre, pour toutes les marchandises, dépasse l'ensemble de la demande sociale, cela est impossible. Si, d'un côté, il y a supériorité de l'offre sur la demande sociale, c'est que, par ailleurs, l'offre est inférieure à la demande sociale.
Voilà quelle était au fond la théorie des débouchés de J.-B. Say. Son sort a été très curieux. Elle attira sur elle l'attention générale et provoqua de vives polémiques. Ces polémiques (principalement avec Malthus) amenèrent Say à
(1) J.-B. Say, Cours complet d'économie politique pratique, 3e édition, 1852, t. I, p. 339.
développer longuement les idées qu'il avait d'abord exposées en quelques pages. Mais ces développements plus ample* n'étaient qu'un abandon déguisé de la théorie. Say était impuissant à réfuter les arguments de Malthus, qui démontrait la possibilité d'une supériorité de l'offre générale des produits sur la demande sociale, de la surproduction, et il dut reconnaître que, non seulement le manque de proportionnalité dans la distribution de la production sociale, mais encore l'insuffisance de la demande sociale pouvaient rendre impossible l'écoulement d'une partie des produits. En d'autres termes, Say a lui-même abandonné la théorie qui l'a rendu célèbre.
Cte abandon n'a pas empêché Ricardo et toute son éeole de défendre fermement les assertions premières de Say, d'après lesquelles la demande sociale est créée par la production elle-même, la production crée ses débouchés. Ricardo parlait d'une idée déterminée, du processus de l'accumulation du capital. C'est cette accumulation du capital, d'après l'opinion courante, qui doit provoquer la surproduction générale, car, dans ce cas, le capitaliste met de côté une partie de ses revenus^ au lieu de les dépenser pour sa consommation. Déjà Smith avait opposé à cette opinion la thèse que c< la masse générale de la production annuelle du sol et du travail dans chaque pays, ou, ce qui revient au même, le total de sa valeur, se décompose en trois parties : la rente foncière, les salaires et les profits du capital, qui constituent les revenus des trois classes de la société (1). » Celte thèse, Smith la répète plusieurs fois comme chose évidente et indiscutable. Ricardo tient presque le même langage en disant « que la production du sol et du travail dans chaque pays se divise en trois parties : l'une va aux salaires, l'autre aux prolits, la troisième à la rente (2). » Avec cette thèse, l'accumulation du capital ne dimi-
(1) A. Smith, La richesse des nations, t. I, p. 477.
(2) Ricardo, Principes d'économie politique, p. 22t.
Tougan-Baranowsky. i3
nue pas du tout la demande créée par la consommation.
« Ce que l'on épargne annuellement, dit Smith, est consommé aussi régulièrement que ce que l'on dépense annuellement, mais par une autre catégorie de gens. La partie du revenu dépensée est consommée le plus souvent par des gens inutiles et par des domestiques, qui ne créent rien en échange de ce qu'ils consomment. Tandis que la partie épargnée, qui devient partie intégrante du capital, est consommée presque aussi vite que la première par une autre classe sociale, par les ouvriers, entrepreneurs et artisans, qui rendent avec une plus-value ce qu'ils consomment» (1). Ricardo se représente le processus de l'accumulation du capital presque de la même façon. « Il ne faut pas perdre de vue, fait-il observer, que toute la production d'un pays est consommée. Mais c'est une différence énorme et qu'on a peine à s'imaginer, que les consommateurs soient ceux qui produisent ou ceux qui ne rendent rien en échange. Quand nous disons qu'une partie du revenu est épargnée et annexée au capital, nous entendons par là qu'une partie du revenu, dont on dit qu'elle devient capital, est consommée par des ouvriers productifs, au lieu de l'être par des gens improductifs » (2).
D'après Ricardo et son école, l'accumulation du capital équivaut à sa consommation par les ouvriers occupés dans le processus de la production. Eu se plaçant à ce point de vue, on voit très bien pourquoi l'accumulation du capital, si rapide soit-elle, ne peut jamais provoquer un excès de la production sociale par rapport à la consommation, une supériorité de l'offre sur la demande ; avec l'accumulation du capital, les proportions de la consommation sociale ne diminuent nullement, une classe sociale consomme au lieu de l'autre.
J. S. iMill concevait le processus de l'accumulation du
(i) A. Smith, La richesse des nations, t. II, p. 111. <2) Ricardo, Principes d'économie politique, p. 87-88.
capital de la même manière. La théorie des débouchés émise par Say, qui niait la possibilité d'une surproduction sociale, a donc reçu un appui scientitique par la théorie du capital dont Smith a posé les bases (i).
(t) Le prix de chaque produit, disait A. Smith, se décompose eu
entier en rente, profit et salaire. Mais la valeur des moyens
de production n'entre-t-elle pas dans la valeur des produits? — Non, répond Smith. Dans le prix du pain, par exemple, une partie du prix acquitte la rente du propriétaire foncier, la seconde le salaire ou l'entretien de l'ouvrier et des bêtes de labour et la troisième constitue le profit du fermier. Les trois constituent immédiatement et définitivement le prix du pain. On pourrait évidemment en ajouter une quatrième, nécessaire pour restituer le capital du fermier et pour l'indemniser de l'emploi de ses bêtes de labour et de ses machines agricoles. Mais si l'on va au fond des choses, on remarque que le prix de tout instrument agricole, du cheval par exemple, est constitué lui aussi par ces mêmes trois parties : revenu du sol qui a fourni la nourriture du cheval, salaire de l'ouvrier qui Ta surveillé, profit du fermier qui a payé le revenu du sol et le salaire de l'ouvrier. Aussi, bien que le pain doive acquitter le prix et l'entretien du cheval, son prix peut toujours être décomposé d'une manière définitive en trois parties constitutives : rente, travail et profit. (La richesse des nations, I, p. 171- 172). Ce raisonnement est un curieux exemple de sophisme naïf, et Marx avait bien raison de le qualifier de « surprenant ». Car le même raisonnement qui a permis à Smith de supprimer une partie constitutive du prix de revient, — la valeur des moyens de production, — pourrait lui permettre de supprimer n'importe quelle autre partie. Il pourrait, par exemple, affirmer que seuls les moyens de production constituent la dépense définitive et que le salaire ne doit point entrer en ligue de compte. On pourrait dire, par exemple, que, comme les objets de consommation pour l'ouvrier sont créés par des moyens de production, ceux-ci, constituent l'élément définitif du prix, bien que le salaire soit représenté dans ce dernier. On pourrait de même affirmer que les aïeux de tout homme ont été des hommes et non des femmes ; chacun a eu une mère, mais la mère n'existait que parce qu'elle avait eu un père etc.. Le plus étonnant, c'est que l'absurdité du raisonnement de Smith n'ait pas été vue par les économistes, qui continuent à affirmer que les moyens de production ne rentrent pas, comme partie constitutive,
Ainsi argumentaient donc les partisans de la théorie de Say. Lear argumentation se réduisait en définitive à cette aftirmalion que l'accumulation du capital équivaut à l'augmentation des revenus de la classe ouvrière. Mais, avec cette théorie, toule une série de faits de l'économie capitaliste sont incompréhensibles : d'abord l'appauvrissement des masses populaires au xixe siècle, alors que la richesse nationale croissait. Si l'accumulation du capital e'quivaut à la transformation du revenu du capitaliste en salaires, la partie de la richesse nationale qui va à la classe ouvrière, devrait être d'autant plus grande que l'accumulation du capital s'effectue plus rapidement. Or, personne ne niera que l'accumulation du capital n'ait été plus rapide au xixe siècle qu'autrefois. D'après la théorie de Ricardo, une plus grande partie de la richesse nationale aurait dû être transformée en salaires. La prospérité de la classe ouvrière aurait dû considérablement augmenter. Or, la première moitié du xixe siècle a été caractérisée non par une plus grande, mais par une moindre aisance parmi les ouvriers et cela surtout dans le pays où le capital s'accumulait plus rapidement, en Angleterre. Les,faits sont donc en contradiction flagrante avec la théorie de l'école de Ricardo.
Cette théorie n'explique pas non plus une autre particularité caractéristique de l'évolution de l'économie capitaliste, la périodicité des crises. Dans les premières dizaines d'années du xixe siècle, lorsque les crises industrielles se répétaient sans grande régularité, on pouvait croire qu'elles étaient dues à des perturbations accidentelles dans la circulation des marchandises, provoquées, par exemple, par les guerres. Mais quand on a remarqué que chaque dizaine d'années amenait en Angleterre une crise violente, contre laquelle tous les remèdes étaient impuissants, on a compris la nécessité d'une théorie des crises qui explique les lois par
dans le produit social, lequel se décompose tout entier en éléments du revenu national : rente, salaire et profit.
lesquelles elles sont régies dans l'organisation économique contemporaine. Quanta la théorie des débouchés de l'école classique, qui niait la possibilité d'une surproduction générale des marchandises, — ce qui constitue le trait caractéristique de toute crise industrielle, — non seulement elle n'a pu expliquer, mais elle était même disposée à contester la régularité et la périodicité de ces crises. C'est cette insuffisance manifeste de la théorie classique, — son impuissance à expliquer des faits positifs de l'économie capitaliste, — qui a provoqué l'apparition dans la science économique d'une théorie des débouchés opposée, laquelle prévaut aujourd'hui. Cette théorie a été développée de la façon la plus complète par Sismondi.
ni
La théorie des débouchés de Sismondi
De même que la demande de l'individu est déterminée par son revenu, dit Sismondi, de même la somme de la demande sociale est déterminée par la somme du revenu social, car la société est un agrégat d'individus. Mais l'évolution de l'économie capitaliste fait que le revenu social croît beaucoup moins vite que la production. Les salaires n'augmentent pas, on les voit même diminuer. Les revenus des petits producteurs indépendants diminuent aussi. Quant aux revenus de la classe capitaliste, ils ne croissent pas non plus proportionnellement à l'augmentation de la production, car, au fur et à mesure que cette dernière s'accroît, il devient de plus en plus difficile pour le capitaliste d'écouler ses produits. Il est donc obligé d'abaisser les prix, ce qui diminue son bénéfice. Aussi la proportion du bénéfice diminue-t-elle à mesure que les affaires prennent plus d'extension. Finalement, il se trouve nécessairement que Tac-
croissement du revenu national est inférieur à l'accroissement de la production nationale. Et, comme la demande sociale est déterminée parle revenu social, il en résulte que la production nationale est supérieure à la demande. Il se forme sur le marché un excédent de produits, qui ne trouvent pas à s'écouler par suite de l'insuflisance du revenu national. On est alors en présence d'une surproduction non pas partielle mais générale ; on peut modifier la distribution de la production sociale, il restera toujours sur le marché un excédent de produits, car le revenu social est inférieur à la production sociale.
Le capitalisme a, pour lutter contre cette situation, un moyen : le marché extérieur. Le trop plein que ne peut absorber le marché intérieur, est exporté à l'étranger. Tous les pays capitalistes cherchent à s'emparer du marché extérieur pour écouler leurs produits. Mais il est évident que, tôt ou tard, le marché extérieur lui aussi sera épuisé par l'industrie capitaliste, qui ne trouvera alors plus de place pour son excédent de produits (1).
La théorie de Sismondi est une construction harmonieuse et logique qui donne, ce qui est le principal, une explication très vraisemblable aux faits de l'évolution capitaliste. En partant de cette théorie, on compreud facilement la lutte des capitalistes pour le marché extérieur, les crises industrielles, l'appauvrisement du peuple en même temps que l'accroissement de la richesse nationale. Aussi, ne doit-on pas s'étonner qu'elle ait fait sur les esprits une impression profonde et qu'elle prévale jusqu'à aujourd'hui. Ses bases ont été adoptées parle marxisme. Marx et Engels croyaient, en effet, ainsi que Sismondi, que le marché capitaliste est déterminé par le revenu social et que la réduction des revenus qui vont à la consommation provoque la formation
(1) La théorie des débouchés de Sismondi a été exposée dans les Nouveaux principes d'économie politique, 1827, livres II et IV et dans les Etudes sur V économie politique, êtud. I, II, XIII et XIV.
d'un excédent de produits. C'est le point de vue des marxistes d'aujourd'hui, de Kautsky, par exemple (1).
Cependant, quoiqu'en désaccord sur beaucoup de points essentiels, les deux théories des débouchés que nousvenons d'exposer, sont d'accord en ceci, qu'elles admettent toutes deux la demande de la consommation comme limite des débouchés. Ricardo est aussi net sur ce point que Sismondi et, si Ricardo nie la possibilité d'un accroissement de la production sociale plus rapide que celui delà demande sociale, a'est uniquement parce que, d'après lui, la consommation sociale marche toujours de pair avec la demande et ne peut lui être inférieure. L'accumulation du capital n'étant autre chose que la substitution de la consommation par l'ouvrier à la consommation par le capitaliste, il s'ensuit que, quelle que soit la rapidité de l'accumulation du capital, il ne peut •y avoir de réduction de la consommation sociale. Sismondi voit lui aussi dans cette consommation la limite de la demande sociale, mais contrairement à Ricardo, il croit que l'accumulation du capital s'accompagne d'une réduction de la consommation sociale, le revenu social baissant proportionnellement et la consommation étant limitée par le revenu.
Sans aucun doute, c'est Sismondi qui avait raison sur ce point. L'école de Ricardo n'avait rien à objecter à ses arguments. Il n'est donc point étonnant que la théorie de Sismondi ait prévalu. Cette théorie, il n'y a qu'un moyen de la battre en brèche : démontrer que son point de départ, la thèse de l'existence d'une relation nécessaire entre les proportions des débouchés et la demande de la consommation est un point de vue faux. Mais cette démonstration n'était pas à la portée de l'école Say-Bicardo, et pas davantage de l'économie politique régnante, qui avait, et a encore, cette thèse pour base.
(i) Voir mon ouvrage « Les bases théoriques du Marxisme » Ghap. ix (en russe).
Cette thèse pourtant, loin de constituer une vérité évidente, est indubitablement une erreur, assez profondément enracinée pour avoir les apparences de la vérité. Elle résulte d'une conception fausse du processus de l'accumulation du capital. L'accumulation du capital n'est nullement la substitution de la consommation par l'ouvrier à la consommation par le capitaliste, — pour cette raison simple que le capital qui s'accumule se transforme non seulement en salaires, mais encore en moyens de production, qui ne sont un objet de consommation pour aucune classe sociale.
L'argumentation de Sismondi part de ce principe que la demande sociale est déterminée par la consommation sociale et, en définitive, par le revenu social. D'où pour Sismondi la possibilité, et, dans les conditions actuelles de la vie économique, la nécessité, d'un excès de production, créé par le rapide développement des forces productrices, en même temps que par la moindre consommation des masses populaires. C'est là ce qui caractérise la théorie de Sismondi : elle admet un excès de production sociale, impossible à écouler vu la distribution actuelle du revenu, et cela tout à fait indépendamment de la plus ou moins grande proportionnalité dans la répartition de la production sociale.
.Ce point de vue est-il juste? Doit-il y avoir, si défavorable que puisse être pour les masses populaires la distribution du revenu, un excès de production, en admettant une répartition proportionnelle de la production sociale? Notre réponse ne peut être que nettement négative. Sans doute, il y a dans l'économie actuelle un excès de forces productrices, en ce sens que l'organisation économique moderne, — le capitalisme, — n'est pas en mesure d'utiliser toutes les forces à la disposition de la société. Sismondi a ici parfaitement raison. Mais l'explication qu'il donne de ce phénomène est fausse. Sismondi et tous ceux qui l'ont suivi n'ont pas la moindre idée des lois qui déterminent l'écoulement de la production sociale. Supposons que la
machine évince progressivement l'ouvrier dans la production. Autrefois, il y avait du travail pour un million d'ouvriers, puis pour 900.000, pour 800.000, pour 700.000 etc. Si le salaire annuel d'un ouvrier est de 1.000 francs, l'ensemble du revenu ouvrier pendant la première année a été de 1 .000 millions de francs, puis de 900, puis de 800 etc. Il diminue considérablement. La richesse et la consommation de la population ouvrière baissent de plus en plus. Mais y aura-t-il une diminution proportionnelle de l'ensemble de Ja demande sociale? Pour simplifier l'analyse, nous pouvons admettre que le prix des machines est égal au montant des salaires des ouvriers évincés par les machines, et que les machines sont, dans le cours d'une année, complètement usées et renouvelées. En ce cas, l'achat annuel des machines coûte exactement ce que coûtaient les ouvriers, et, comme il faut, à la fin de l'année, les renouveler et qu'elles sont aussi indispensables à la production sociale que l'étaient autrefois les ouvriers maintenant remplacés par les machines, l'ensemble de la demande sociale ne se trouve pas du tout diminué par suite de la réduction de la demande des classes ouvrières. Les machines ont pris la place des ouvriers, les moyens de production ont remplacé sur le marché les objets de consommation, — et pourtant la somme totale de la demande sociale ne s'est pas modifiée.
Nous voyons donc que la demande nationale et la richesse nationale ne vont pas du tout de pair avec le revenu national.
Qu'on tourne la chose comme on voudra, — qu'on suppose non seulement l'éviction des ouvriers par la machine, mais encore la baisse des salaires et du revenu des petits producteurs indépendants, — le principe de l'impossibilité à laquelle se heurte la formation d'un excès de production, lorsque les forces productrices suffisantes dont dispose la société sont proportionnellement réparties, n'en reste pas moins inattaquable (I;.
(i) Je fais naturellement ici abstraction des interruptions pro-
Toutes les assertions qui servent de point de départ à Sismondi et à son école, sont à rejeter. 11 n'est pas vrai que le revenu national et la demande nationale soient identiques. Il n'est pas davantage vrai, comme le prétend encore Sismondi, que l'équilibre de l'offre et de la demande dans l'économie nationale suppose l'accord de la production et de la consommation nationales.
Solution du problème des débouchés
Pour résoudre d'une manière satisfaisante le problème des débouchés, il faut tout d'abord donner une analyse scientifique du processus de l'accumulation du caprtal, et cette analyse doit porter non seulement sur le capital privé individuel, mais encore sur l'ensemble du capital social. Si les économistes n'ont pu trouver la solution du problème des débouchés, c'est qu'ils n'ont jamais tenté d'embrasser dans leur regard l'ensemble de l'économie sociale.
C'est ainsi que Quesnay s'est posé le problème, à l'aube de la science économique. Si son célèbre « Tableau écomique » a produit une si profonde impression sur les contemporains, c'est que Quesnay avait considéré l'économie sociale comme un vaste ensemble, dans lequel les marchandises se déplacent et les parties du produit social détruites dans le processus de consommation et de production se reconstituent. Après Quesnay, on n'a plus vu, pendant
voquées dans la circulation des marchandises par les crises financières ou les perturbations du crédit : dans cette discussion théorique il s'agit uniquement de déterminer le rôle joué par la répartition du revenu et la consommation sociale dans l'écoulement de la production sociale.
plus d'un siècle, aucun économiste faire la moindre tentative pour suivre le chemin tracé par lui et appliquer sa méthode à l'étude des phénomènes de l'économie nationale. C'est ce qui explique l'état peu satisfaisant de la science économique pour tout ce qui concerne les phénomèmes qui embrassent l'ensemble de l'économie nationale, par exemple la théorie de la répartition de l'accumulation du capital social et de l'écoulement des produits de la production sociale. C'est Marx qui a renoué le fil rompu après Quesnay et donné dans le second volume de son « Capital » des schémas de la production capitaliste dans l'ensemble de l'économie sociale. L'analyse scientifique du processus de l'accumulationdu capital et la détermination des lois qui régissent l'écoulement de la production sociale ne sont possibles qu'en adoptant cette méthode de Quesnay et de Marx, qui consisle à envisager l'ensemble de l'économie sociale.
Mais l'analyse de Marx est restée inachevée et il n'a pu en profiter lui-même pour en tirer des conclusions générales. Ses célèbres schémas sont restés privés de leur couronnement logique, comme un corps complètement étranger dans le système harmonieux du marxisme. Comme les déductions logiques qui en résultent et que Marx a complètement négligées, sont en contradiction manifeste avec les idées qu'il professait avant la construction de ses schémas (1),. il n'est pas étonnant que l'école de Marx se soit trouvée impuissante à continuer l'œuvre du maître et que le problème des débouchés soit resté sans solution.
La production capitaliste suppose la transformation du
(1) La théorie des débouchés qui forme le fond du 39 volume du Capital est en contradiction complète avec les schémas de la reproduction du capital social donnés dans le 2e volume. Mais il ne faut pas oublier que le 3e volume a été écrit, comme l'indique Engels, bien avant le 2e volume, qui constitue le dernier ouvrage de Marx, son travail le plus mûri (voirla préface d'Engels au 2e volume du Capital).
capital-argent en moyens de production, puis la transformation inverse du capital sous forme de marchandises en argent. Mais, dans l'analyse abstraite de la reproduction sociale du capital, on peut ignorer les troubles que provoquent dans la circulation du capital les difficultés de la transformation des produits en argent. La reproduction sociale du capital consiste à reproduire les différentes formes du capital et à les substituer par voie d'échange les unes aux autres. Cette reproduction et ces échanges ont pour résultat la réalisation du profit du capitaliste (plus exactement la réalisation de tous les revenus qui ne proviennent pas du travail, — ou des rentes, d'après la terminologie de Rodbertus), ainsi que les éléments constitutifs du capital.
Le schéma ci-dessous donne la reproduction du capital, lorsque celui-ci se reproduit dans les mêmes proportions.
schéma r i
Section I
Production des moyens de production :
Section II
Production des objets de consommation pour les ouvriers :
Section 111
Production des objets de consommation pour les capitalistes :
Ce schéma montre comment se fait la répartition de la
production capitaliste dans le cas où la plus-value est consommée en entier. Le premier membre de chaque trinôme exprime en unités quelconques (en millions de livres, de marks, de francs, etc.) la valeur des moyens de production employés (/?); le second donne la valeur de la force ouvrière (salaire); -le troisième, la valeur de la plus-value (rente), qui dans ce cas-là s'idenlifie avec le profit des capitalistes. Le rapport entre les moyens de production, le salaire et le profit est le môme dans les trois trinômes. La première section exprime la production des moyens de production, la seconde la production des objets de consommation pour les ouvriers, la troisième la production des objets de consommation pour les capitalistes (ou plutôt pour toutes les classes qui consomment la plus-value). Les chiffres absolus sont pris arbitrairement. Pour simplifier, on a négligé dans le schéma la différence entre le capital fixe et le capital circulant : tandis qu'en réalité une partie seulement des moyens de production est détruite pendant l'année et demande à être remplacée, on suppose dans le schéma que les moyens de production sont entièrement détruits et remplacés pendant l'année, en d'autres ternies on suppose que le capital fixe circule de la même manière que le capital circulant.
Dans la troisième section, le schéma indique la production des objets de consommation pour les capitalistes. Comment les produits de cet ordre (dont la valeur est 720) peuvent-il être réalisés sur le marché? Le schéma donne une réponse claire. Un quart de ces produits sera consommé par les capitalistes de cette section (180); un autre quart est demandé par les capitalistes de la deuxième section (dont lebénétice est aussi 180) ; le reste ira aux capitalistes de la première section (leur bénéfice est de 3b0). En échange des produits aliénés, les ouvriers de la 3° section recevront pour 180 d'objets de consommation,produits de la 2e section, et les capitalistes de la 3e section auront pour 360 de moyens de production, produits de la Ie section. Ainsi s'effec-
tuera l'écoulement de tous les produits de la 3e section.
Les produits delà 2e section (les objets de consommation pour les ouvriers dont la valeur est aussi 720) s'écouleront de la manière suivante : un quart de ces produits (180) sera consommé dans cette même section par les ouvriers occupés ; le second quart (180) par les ouvriers de la 3e section ; et la moitié (360) par les ouvriers de la Ie section. Les capitalistes de la 2e section recevront en échange, de la 3e section, pour 180 de produits de consommation à leur usage et de la Ie section pour 360 de mo}rens de production.
Les produits de la Ie section (moyens de production dont la valeur est 1440) seront consommés pour la moitié (720) dans la même section ; un quart (360) est demandé par la production de la 2e section et un quart par la production de la 3e section. Les capitalistes de la Ie section recevront en échange, de la 3e section, pour 360 d'objets de consommation à leur usage et les ouvriers recevront de la 2e section une somme égale d'objets nécessaires à leur propre consommation.
La demande de tous les produits est égale à l'offre. La valeur des moyens de production produits (1440) est égale à la valeur des moyens de production nécessaires à la production sociale (720 -+- 360 + 360). La valeur des objets de consommation pour les ouvriers (720) est égale à la somme des salaires (360 -+- 180 H- 180). Les produits de chaque section sont consommés et échangés en partie à l'intérieur de la même section, tandis qu'une autre partie est échangée avec des produits des deux autres sections.
Dans ce schéma, il faut remarquer que les moyens de production sont produits et mis en circulation sur le marché à côté des objets de consommation pour les ouvriers et les capitalistes et en même temps qu'eux. Cela paraît être l'évidence même. Pourtant c'est ce que n'ont pas compris l'école Smith- Ricardo et l'école de Sismondi, qui prétendaient que tout le produit social se décompose en éléments du revenu social. Or, on voit dans le schéma ci-dessus que
la valeur du produit social égale 2.880, tandis que le revenu social n'est que de 1440, c'est-à-dire delà moitié du produit social. Le produit social est égal à deux fois la somme totale du revenu social et, néanmoins, il est entièrement absorbé par le marché ; aucun excèdent de l'offre sociale sur la demande sociale n'apparaît.
Mais, pour que pareil équilibre soit possible entre la demande et l'offre, il faut que la production sociale soit répartie proportionnellement et conformément à la demande. Dans Iç cas où la répartition de la production n'est pas proportionnelle, certains produits seront en excès, tandis qu'ailleurs la demande dépassera l'offre.
Dans le schéma que nous venons d'étudier, il n'y a pas d'accumulation du capital ; toute la plus-value est consommée parle capitaliste. Le cas que nous avons considéré de la reproduction du capital social est très simple et n'offre aucune difficulté : si tout le bénéfice du capitaliste est consommé par lui, il est facile de comprendre qu'avec une distribution proportionnelle de la produclion sociale, la demande de toutes les marchandises doit être égale à l'offre. Bien plus compliqué est l'autre cas, celui de l'accumulation du capital.
Supposons que les capitalistes cessent de consommer la totalité de leur profit, par exemple, parce qu'ils sont obligés par la concurrence à en capitaliser une partie. L'offre sociale, en ce cas, ne dépassera-t-elle pas la demande sociale ?
Nous ne pouvons pas admettre que les capitalistes gardent comme un trésor la partie de leur revenu qu'ils n'ont pas consommée eux-mêmes, qu'ils se contentent de l'enfermer dans leur coffre-fort. Nous supposons que les capitalistes tendent à capitaliser la partie de leur profit qu'ils ne consomment pas pour en tirer un nouveau bénéfice. Il nous faut donner un schéma d'une répartition de la production sociale, où cette tendance soit pleinement réalisée.
Le schéma ci-dessous représente l'accumulation du ca-
pital social, en supposant que la moitié du profit est régulièrement capitalisée.
Reproduction du capital social- dans une proportion plus grande (accumulation du capital).
Première année
Section I
Production des moyens de production :
Section II
Production des objets de consommation pour les ouvriers : 420/? + 210 5 + 210r-= 840
Section III
Production des objets de consommation pour les capitalistes :