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CHAP. 11. LES DIFFÉRENTES THEORIES DES CRISES

par la succession de phases d'essor et de stagnation industrielle. L'essor industriel atteint son maximum en 1873, en 1882, en 1890, en 1900 et en 1907. En général, le cycle industriel ne constitue pas une grandeur mathématique invariable. Sa durée varie de 7 à 11 ans. D'où il résulte que le cycle capitaliste ne peut avoir pour base des phénomènes assujettis à une périodicité rigoureusement mathématique, comme les phénomènes astronomiques.

*En général, la périodicité des fluctuations industrielles est liée aux conditions sociales de l'organisation économique actuelle, et elle ne saurait être rattachée aux phénomènes naturels. La théorie de .levons est, en particulier, en désaccord complet avec les circonstances réelles et positives qui sont à l'origine des crises. L'exportation des produits anglais dans l'Inde varie beaucoup moins que leur exportation dans les différents pays capitalistes. On a même observé que l'exportation anglaise dans l'Inde non seulement ne baissait pas pendant les périodes qui suivaient immédiatement les crises, mais qu'au contraire elle croissait : par exemple en 1826, en Î858, en 1867. Cela s'explique par ce fait que le marché de l'Inde dépend fort peu des fluctuations cycliques de l'industrie anglaise, car il se trouve dans des conditions tout autres. Voilà pourquoi, pendant les périodes de crises, l'exportation anglaise, ne trouvant plus <le débouchés sur le marché des autres pays, se dirige précisément vers l'Inde (1).

Ainsi, on peut considérer comme avortées les tentatives faites pour expliquer la périodicité du cycle capitaliste par

(i) La théorie de Jevons a été exposée par son auteur dans les articles : The Solar Période and the Priée of Corn, The Periodicity of Commercial Crises Commercial Crise? and Sunspots (voir ses Investi' gâtions in Currency and Finance). Elle a trouvé des partisans : l'économiste italien Bocgardo a proposé, dans son livre Economia potitica (1877), d'organiser, pour résoudre définitivement la question, une série d'observations astronomiques, botaniques et statistiques.

2i0 PART. II. LA THÉORIE DES CRISES

les phénomènes naturels. Un second groupe de théories cherche la causes des crises industrielles dans le domaine des conditions d'échange, du crédit et de la circulation monétaire. Parmi ces théories, celles de Laveleye et de Juglar méritent particulièrement notre attention.

De Laveleye fait remarquer que les crises, sont invariablement précédées par un exode de For. Les autres circonstances varient, celle-ci est invariable. Aussi est-il naturel de voir dans cet exode la véritable cause des crises.

On peut objecter que, pour un pays comme l'Angleterre, la diminution de la réserve d'or de quelques millions de livres sterling ne peut pas avoir une grande importance, vu l'énormité de ses capitaux et les proportions colossales de son commerce intérieur et extérieur. iNJais il ne faut pas oublier que ce commerce de l'Angleterre repose sur une très grande extension du crédit. Le crédit, à son tour, doit être garanti par une certaine réserve de numéraire. Plus l'organisation du crédit est parfaite, c'est-à-dire moins le pays a besoin de numéraire, plus l'importance de la quantité du numéraire dont il dispose est grande. Tout l'édifice complexe du commerce et du crédit anglais a pour base fragile les quelques dizaines de millions et parfois môme les quelques millions de livres sterling, qui constituentla réserve de la Banque d'Angleterre. Ces quelques millions sont absolument nécessaires pour que les centaines de millions du capital anglais puissent circuler régulièrement. Aussitôt que la réserve de la Banque d'Angleterre diminue, l'alarme se propage dans le pays, le crédit est réduit, le prix des marchandises baisse : la cause de tout cela est, comme tout le inonde le reconnaît très bien, la nécessité pour le commerce et l'industrie de tout le pays d'une provision suffisante de numéraire^constituant l'encaisse de la Banque d'Angleterre.

Plus les réserves métalliques d'un pays sont restreintes, plus l'action exercée par le reflux de l'or à l'étranger est importante. Aussi l'Angleterre souffre-t-elle plus que la France des crises industrielles.

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