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CHAP. II. LES DIFFÉRENTES THEORIES DES CUISES

L'existence d'une relation entre les crises industrielles et la circulation monétaire se trouve encore confirmée par cette circonstance remarquable que les crises se produisent généralement en automne. C'est en effet en automne que la demande de numéraire est particulièrement forte ; à ce moment la grande masse des produits agricoles est mise en vente, on paie les fermages, on fait des achats pour l'hiver etc. Les réserves métalliques des banques diminuent fortement en automne et il est tout à fait naturel que les crises se produisent à ce moment de l'année (1).

Telle est la théorie proposée par de Laveleye. Elle peut, de prime abord, paraître assez ingénieuse, mais en réalité elle n'explique rien. L'exode de l'or est un symptôme habituel des crises industrielles; il n'en est nullement la cause première. En i 839, les réserves métalliques de la Banque d'Angleterre ont baissé beaucoup plus qu'en 183G et en 1847 et, cependant, il n'y a pas eu de crise industrielle •en 1839.

De plus, en admettant que la diminution de l'encaisse de la Banque d'Angleterre fût la cause immédiate de la crise, il faudrait expliquer ce reflux périodique de l'or à l'étranger. Le changement dans la balance commerciale est un phénomène secondaire qui a lui-même besoin d'être ramené à sa cause. De plus, les dernières fluctuations de l'industrie anglaise ne sont plus précédées de l'émigration de l'or. Celte émigration précède, en effet, d'habitude les crises violentes, mais non les longues périodes de stagnation qui caractérisent de nos jours l'évolution de l'industrie anglaise.

Juglar, lui non plus, n'a pas expliqué les ressorts latents du cycle capitaliste. Il a le mérite d'avoir le premier démontré la périodicité des fluctuations industrielles en Angleterre, en France et aux Etats-Unis. Après avoir étudié les comptes-rendus des Banques d'Angleterre et de France,

(1) E. de Laveleye, Le marché monétaire et ses crises depuis cinquante ans, 1865, p, i48, sq.

Tougan-Baranowsky. 46

ainsi que ceux des banques les plus importantes des Etats- Unis, Juglar a été amené à la conclusion suivante : « Sans faire intervenir aucune théorie, aucune hypothèse, l'observation seule des faits a suffi pour dégager la loi des crises et de leur périodicité. Il y a donc des époques d'activité, de prospérité et de hausse des prix qui se terminent toujours par une crise et sont suivies par d'autres années de ralentissement des affaires, de baisse des prix, qui pèsent plus ou moins sur les industries et sur le commerce » (I).

Des guerres, des disettes, des abus de crédit, des émissions exagérées de billets de banque, toutes ces causes ne peuvent provoquer de crise industrielle, si la situation générale de l'économie nationale n'y aide pas. Elles peuvent, comme une dernière goutte d'eau qui fait déborder le vase, hâter l'arrivée de la crise industrielle, mais seulement dans le cas où la situation du marché monétaire et de celui des marchandises est telle que cette crise est inévitable. La crise industrielle n'arrive jamais brusquement : elle est toujours précédée d'une animation industrielle et commerciale, dont les symptômes sont si caractéristiques qu'ils permettent de prévoir l'approche de la crise.

D'où vient donc cette succession régulière de périodes d'activité et de répression? Juglar n'en voit qu'une cause première, la fluctuation périodique du prix des marchandises. La période de prospérité qui précède la crise est toujours caractérisée par une hausse des prix. Cette hausse est provoquée par l'accroissement de l'épargne dans l'économie des pays capitalistes en voie de développement. Elle constitue la situation naturelle du marché. c< La crise approche quand le mouvement se ralentit ; elle éclate quand il cesse. En un mot, la cause principale et, on peut dire, la cause unique des crises est l'arrêt de la hausse des prix (2) ».

(i) G. Juglar, Des crises commerciales et de leur retour périodique,. 1889, p. XV.

(2) Loc. cit., p 33.

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