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p. m. LE CYCLE INDUSTRIEL ET SON EXPLICATION 277

bien montré Lescure,qui a permis à L'Amérique d'échapper à la crise du commencement du siècle (I).

Le monde capitaliste est soumis à ses propres lois qui s'imposent avec une nécessité absolue. Ce qu'on appelle le bon sens est un mauvais guide pour qui veut comprendre ces lois. Si l'on se place au point de vue du bon sens, la production sociale est là pour satisfaire la consommation sociale. En réalité, dans l'économie capitaliste, le rapport est renversé entre la production sociale et la consommation sociale. Ce n'est plus la consommation qui commande à la production, mais la production qui règle la consommation. Les phases du cycle industriel ne sont pas déterminées par les lois de la consommation, mais par celles de la production. Ce n'est pas parce que la consommation s'accroît que la production se développe dans la phase de prospérité, au contraire, l'accroissement de la consommation provient de l'extension de la production. Le monde capitaliste est un système en voie de développement et extrêmement corriplexe, dont les éléments sont constitués par chacun des individus humains. Chaque individu est guidé, dans son activité économique, par son intérêt personnel ; pour chaque

(1) Cette théorie des crises est organiquement liée à la théorie des débouchés développée dans le chapitre précédent : toutes deux subsistent et tombent en même temps. Pourtant, elles ont trouvé dans les milieux scientifiques un accueil bien différent. La théorie des débouchés n'a pas été bien accueillie et quelques-uns seulement l'ont acceptée. Celle des crises au contraire, que j'ai exposée en lSQi.dans la première édition russe de mon ouvrage sur les crises industrielles en Angleterre, a eu bientôt des partisans et a été le point de départ des études de Spithoff, Pôle, Eulenbourg etc., qui l'ont adoptée en totalité ou en partie; M. Lescure, dans son bel ouvrage sur les crises, a tenté d'expliquer d'une manière analogue les crises industrielles dans d'autres pays que l'Angleterre. Pourtant, comme nous l'avons dit, l'une de ces théories suppose l'autre : si l'on accepte la théorie des crises, on doit accepter aussi sa base logique, la théorie des débouchés, bien que celle ci paraisse paradoxale pour qui ne pénètre que superficiellement dans l'étude des lois qui régissent l'économie capitaliste.

producteur pris isolément, la consommation est le but et la production le moyeu. Mais, de l'action de toutes les volontés individuelles, et indépendantes les unes des autres, résulte quelque chose de qualitativement nouveau, le complexus organique de l'économie capitaliste, letoutinconscient, qu'aucune volonté ne dirige, qu'aucune pensée ne pénètre, et pourtant cohérent et soumis à sa loi propre. Les lois de mouvement de ce complexus ne sont pas déterminées par la volonté des individus humains, mais, au contraire, chaque individu est assujetti à ces lois. De cette antinomie entre le but et les apirations des personnalités vivantes et les lois du complexus capitaliste qui ignorent ce but et ne tiennent aucun compte des intérêts de l'individu, résultent les antinomies de l'ordre économique capitaliste. La principale de ces antinomies est, comme nous l'avons déjà montré, l'antinomie entre la production capitaliste considérée comme simple moyen de mettre en valeur et d'accroître le capital, et la production considérée comme moyen de satisfaire aux besoins de l'homme. L'existence de cette antinomie explique clairement le rôle historique étroit du capitalisme : la société capitaliste est une société de classes, l'organisation capitaliste de l'économie nationale est une organisation économique dans l'intérêt non pas de toute la population, mais d'une minorité insignifiante, les propriétaires des moyens de production. Aussi, dans la suite de son évolution, l'économie capitaliste doit-elle se transformer en une forme plus élevée, qui sera débarrassée de cette antinomie. L'organisation de l'économie nationale doit être aussi méthodique, aussi pénétrée par une pensée directrice, aussi faite pour l'intérêt de son sujet, la société, qu'est aujourd'hui méthodique, consciente, et faite pour l'intérêt de son sujet, l'individu, l'économie privée. Celte organisation économique s'appelle le socialisme.

Pendant longtemps, la science économique n'a pu arriver à résoudre le problème des crises, car les économistes ont cherché les causes de ces dernières dans telle ou telle sphère

isolée de l'économie sociale, dans le domaine delà production, de l'échange ou de la distribution. Or, en réalité, le champ sur lequel surgissent les crises est constitué par l'ensemble des phénomènes de l'économie sociale et, par conséquent, elles ne peuvent être rapportées à aucune sphère isolée. La circulation du capital social, qui conduitinévitablement au cycle capitaliste et aux crises, englobe la production, l'échange et la distribution. Le capital passe successivement d'une %forme à l'autre, en surmontant les difficultés spécifiquement propres à ce système économique c'est-à-dire au capitalisme. C'est de la lutte avec ces difficultés que procèdent les crises et les cycles, suivant le mécanisme que nous avons analysé plus haut. 11 est indéniable sans doute que l'opinion courante, qui voit la cause essentielle des crises dans la misère des masses populaires, renferme quelque fonds de vérité. Nous avons, en effet, montré que les crises sont les satellites nécessaires de l'accumulation du capital social dans le système économique capitaliste. Or, l'accumulation rapide du capital, si caractéristique pour notre époque, provient de ce que la majeure partie du revenu social tombe aux mains de la classe capitaliste, en d'autres termes, de ce que la classe ouvrière ne touche qu'une faible part du produit de son travail. C'est ainsi que la rémunération imparfaite du travail et, par suite, la misère des classes ouvrières est la cause fondamentale de l'accumulation rapide du capital social, qui provoque les crises.

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