CHAPITRE IV
IE CHOMAGE ET L AGITATION DES SANS-TRAVAIL PENDANT LES- ANNEES 1870-1900
Le chômage de 1870 à 1880. — Les grèves des ouvriers du coton en 1878. — La décadence du trade-unionisme. — Nouvelles tendances du mouvement ouvrier anglais depuis 1880. — Le chômage de 1880 à 1890. — L'agitation de la « Fédération socialiste ».
— Les désordres de Londres du 8 février 1886. — L'accroissement de l'influence de la « Fédération socialiste ». — Les meetings de sans-travail à Trafalgar Square. — Le « dimanche sanglant ».
— Le chômage de 1890 à 1900. — Les meetings de sans-travail. — Les travaux publics. — Les grèves. — Les dénombrements des sans-travail.
Le chômage des années septante, qui atteignit son maximum de 1878 à 1880, n'a pas provoqué de mouvement important parmi les sans-travail. Pourtant, la marche de la grève du Lancashire en 1878 témoigna d'une effervescence et d'une nervosité considérable des masses ouvrières, due à la persistance d'une situation difficile. A Blackburn, de sérieux désordres ouvriers se produisirent, au commencement de mai, dans les manufactures de coton, à la suite d'une grèvemalheureuse, provoquée parl'annonce d'une réduction des salaires. Les entrepreneurs ne voulant pas accepter les conditions proposées parles ouvriers, une foule de quelques milliers d'ouvriers assaillit les fabriques et en brisa les vitres.
La maison d'un fabricant, président de l'association locale des fabricants, fut incendiée. La police ne put venir à bout des grévistes ; elle dut faire appel à la troupe. Dans une autre ville du Lancashire, à Burnley, on incendia aussi un magasin; dans le bourg d'Oswaldtwhistle ,les ouvriers assaillirent la maison d'un fabricant, la police fit feu et blessa 5 personnes.
La grève gigantesque des ouvriers du coton en 1878 est également digne d'attention, parce que l'opposition entre l'attitude des ouvriers et celle des entrepreneurs vis-à-vis des crises y apparaît clairement. Les ouvriers consentaient à une diminution des salaires, mais seulement à la condition qu'on ne travaillerait dans les fabriques que 4 jours par semaine. La réduction de la production était, d'après les ouvriers, nécessaire pour éviter l'encombrement du marché. Par contre, les fabricants persistaient à vouloir abaisser les salaires sani réduire du tout la production, car, en réduisant leur production, ils subissaient une perte, par suite de l'inaction du capital. Les ouvriers firent paraître, au mois de juin 1878, un manifeste, où ils faisaient entre autres la déclaration suivante : « Les patrons proposent une réduction des salaires allant jusqu'à 10 0/0. D'autre part, nous avons soutenu qu'une réduction du taux des salaires ne saurait ni dégorger le marché des étoffes ni nous faire sortir de la difficulté qui vient de l'insuffisance de la matière brute. D'ailleurs cela a été la théorie des patrons, et à diverses périodes de la grève nous avons fait les propositions suivantes comme bases de transaction pour mettre lin à cette grève désastreuse : 1° Réduction de 10 0/0 avec quatre jours de travail, ou de o 0/0 avec cinq jours de travail, jusqu'à ce que l'engorgement du marché des étoffes et les difficultés venant de la disette de coton prennent fin (1). »
(1) Sidney et Béatrice Webb, Histoire du trade-unionisme, traduction A. Métin, p. 374.
Le chômage fui tel, qu'en décembre 1878, à Manchester seulement, 40.000 personnes environ étaient assistées par un comité privé. Des comités analogues se formèrent à Liverpool, à Bristol, à Exeter, à Wolverhampton, à Southampton, à Birkenhead, à Ashton (s/Lyne) et dans d'autres villes. A Cheadle et à Congleton, la moitié au moins des ouvriers étaient sans travail et la majeure partie des autres ne travaillaient pas normalement. Dans le sud du Staffordshire et l'est du Worcestershire, 40 hauts-lourneaux seulement travaillaient sur 160 et 130 usines métallurgiques chômaient. Sidney et Béatrice Webb disent que « les années de 1878- 1880 montrèrent un grand accroissement du nombre des grèves dans presque toutes les industries, grèves dont la plupart se terminèrent par des désastres pour les ouvriers. I>e grandes réductions de salaires furent faites dans toutes les industries (1). « L'abaissement des salaires s'accompagna assez souvent de l'allongement de la journée de travail. Quelques centaines de syndicats cessèrent d'exister, parce qu'ils n'étaient pas en mesure d'allouer des secours à leurs membres. « L'année 1879 fut une époque de baisse marquée du mouvement des Trade-Unions dont 1873-74 avait enregistré le maximum de crue. Les épreuves économiques par lesquelles le Trade-Unionisme passa en 1879 ne peuvent se comparer qu'à celles qu'il avait traversées en 1839- 42 (2). »
Mais quelque graves qu'aient été les souffrances endurées par les ouvriers anglais vers la fin des années septante, elles ne provoquèrent parmi eux aucun mouvement politique. La période de 1870 à 1880 fut, d'après Sidney et Béatrice Webb, une époque où les ouvriers anglais étaient tout entiers aux idées libérales. L'ouvrier anglais était pénétré de la foi en l'infaillibilité du principe du laisser faire aussi bien dans le domaine politique que dans le domaine social. La
(t) Loc. cit., p. 376. (2) Loc. cit., p. 379.
dépression industrielle de la décade suivante détruisit cette conviction. Avec cette dépression commence une nouvelle période dans l'histoire du mouvement ouvrier anglais.
« Il y a dix ans, écrivaient en 1894 Sidney et Béatrice Webb, tous les observateurs pensaient que les Trade- Unions de Grande-Bretagne présenteraient une barrière impénétrable aux projets socialistes. Aujourd'hui, nous trouvons le monde Trade-Unionisle entier imprégné d'idées collectivistes, et comme le Times l'imprime, le parti socialiste domine au Congrès des Trade-Unions, Cette révolution dans les idées est l'événement principal de l'histoire contemporaine du Trade-Unionismc (1)»
Cette révolution s'est produite au moment de la dépression des années quatre-vingt. Parmi les causes purement intellectuelles qui l'ont provoquée, Sydney et Béatrice Webb font une place prépondérante au livre de George : Progrès et pauvreté. L'influence de ce livre fut encore accrue par la propagande faite par George lui-même pendant son séjour en Angleterre, en 1884 et en 1885.
Le 17 janvier 1885, environ 2.000 personnes étaient rassemblées sur la place de la Bourse à Londres pour entendre Henry George, qui avait promis d'indiquer un moyen de combattre le chômage. Le discours de Henry George fut aussi beau que tout ce que ce grand écrivain disait et écrivait. « On vous a dit, s'écria-t-il, qu'un septième environ du globe terrestre est soumis au pavillon britannique. C'est vrai ; mais je vous dirai ce que Tibérius Gracchus disait aux Romains il y a 2.000 ans : « Romains, on vous appelle les maîtres du monde et il n'y a pas un seul pouce de terre qui soit à vous ! » Quels droits avezvous en Angleterre? (Cris dans la foule : a Aucun ! ») Oui, aucun, saut celui de vous vendre jour par jour, mois par mois, année par année. Ce meeting s'est réuni pour voir
(1) Loc. cit., p. 408.
clair dans la question de la dépression commerciale. Le temps est venu où les gens de la rue et ceux de l'atelier doivent s'occuper de cette question. On ne peut s'en remettre aux commissions royales, aux doctes professeurs... Les causes de la stagnation commerciale ne sont pas douteuses. Les commissions indiquent la surproduction. Mais la surproduction est une absurdité. 11 n'y a pas trop de produits. Il n'y a personne dans cette assemblée qui ne voudrait avoir plus de richesse qu'il n'en a; pourquoi donc les marchandises s'entassent-elles dans les magasins ? Tout simplement parce que ceux qui en ont besoin ne peuvent pas les acheter. Us n'ont pas de quoi pouvoir les payer, n'ayant pas de travail. Et pourquoi n'ont-ils pas de travail? Parce que les forces productives de la nature, la terre, leur sont inaccessibles. »
Le meeting adopta un ordre du jour où il était dit que « le chômage était une suite de la privation du droit égal pour tous aux forces productives créées par Dieu » et que « les assistants s'engageaient à user de tous les moyens afin d'obtenir pour la nation entière le droit à la terre, qui est un droit inné » (1).
Ce meeting fut la première de toute une série de réunions plus orageuses.
Le 16 février, les sans-travail au nombre de 3.000 à 4.000 se rendirent en cortège, en suivant les bords de la Tamise, au palais du Parlement ; ils portaient des drapeaux avec ces inscriptions: « Liberté, Egalité, Fraternité », « Vox populiy vox dei », etc.
La police ne voulut pas permettre à la foule d'arriver jusqu'au ministère de l'Intérieur, mais celle-ci se fraya un passage et insista pour qu'une délégation fut reçue par Russel, le commissaire du gouvernement au Parlement. La délégation pria le gouvernement d'inviter les autorités locales à organiser des travaux publics et à réduire la journée de
(1) Times, 19 janvier 1885.
travail dans tous les ateliers de l'Etat. Pendant qu'on ne'gociaitavec Russel, la foule criait : « Vive la révolution sociale! » et elle essayait, sans succès d'ailleurs, de pénétrer dans le ministère. »
Ce n'est qu'à grand'peine que la police parvint à faire évacuer les rues devant le ministère de l'Intérieur. Lorsque la délégation fut de retour et qu'elle déclara que Russel s'était refusé à faire aucune promesse, le meeting adopta l'ordre du jour suivant, présenté par John Burns : « Le meeting des sans-travail, après avoir pris connaissance de la réponse faite à sa délégation par le ministère de l'Intérieur, voit dans le refus du gouvernement d'organiser des travaux publics, une condamnation à mort de milliers de chômeurs, et il tient Russel et chacun des membres du gouvernement aussi bien que le gouvernement dans son ensemble pour responsables du meurtre de ceux qui vont mourir et dont la vie aurait encore pu être sauvée si le gouvernement avait écouté les propositions de la délégation (1) ».
Le 1(3 mars, un comité se constitua à Londres sous la présidence du lord-maire dans le but d'étudier les causes du chômage et les moyens de venir en aide aux sans-travail. Le cardinal Manning, le célèbre économiste Howell, firent partie de ce comité. Le comité présenta au bout d'un an un rapport sur le chômage à Londres, mais il ne fit rien au point de vue pratique.
Le chômage augmentait toujours. Au Congrès international des syndicats de 1886, James Mawdsley, le chef prudent et modéré des fileurs de coton du Lancashire, exposait en ces termes la situation des ouvriers angla;s. « Les salaires sont tombés et il y a beaucoup de sans-travail... Des filatures de lin se ferment tous les jours... Tous les métiers du bâtiment sont dans une mauvaise situation... Des fonderies de fer sont dans une position difficile et un tiers de constructeurs de vaisseaux est sans travail... Les ouvriers
(I) Times, il février 1885.
les machines à vapeur sont, aussi clans le marasme... Considérant qu'il y avait un beaucoup plus grand nombre de sans-travail, la question s'est naturellement présentée de savoir s'il y avait quelques chances d'amélioration. L'orateur a considéré qu'il n'y avait aucune chance d'amélioration tant que l'état actuel de la société continuerait d'exister (1) ».
Pendant toute l'année 1886, les manifestations des sanstravail ne cessèrent pas. Dès les premiers jours de février, une délégation de plusieurs organisations ouvrières se rendit auprès du lord-maire pour lui demander d'ouvrir une souscription en faveur des chômeurs. Le lord-maire y consentit et la souscription fut aussitôt ouverte.
Il était en etfet nécessaire de faire quelque chose en faveur des sans-travail, comme le montrèrent les événements des jours suivants. Le 8 février, quelques organisations ouvrières en relation avec les tories et affiliées à la ligue pour la suppression du libre-échange organisèrent un meeting à TrafalgarSquare. Mais le meeting ne fut pas ce qu'attendaient les organisateurs. Une foule énorme de quelques dizaines de mille de personnes étaient réunies autours de la statuedeNelson ;des curieux encombraientle reste de la place. On n'était pas le moins du monde disposé à appuyer les ordres du jour des organisateurs du meeting ; les tribunes où parlaient les orateurs furent renversées et les amis de la «c Fédération socialiste » furent les maîtres du meeting. Burns, Hyndman, Champion et d'autres parlèrent au nom de la Fédération. A la tin du meeting, la foule s'éloigna, d'abord assez calme. Burns, un drapeau rouge à la main, était porté sur quelques épaules. Mais, lorsque la foule arriva devant les clubs somptueux, les fenêtres reçurent quelques pierres et bientôt, sur le chemin suivi par la manifestation, les vitres de tous les clubs, sans distinction de parti, furent brisées. Puis,
(1) S. et B. Webb, Histoire du trade-unionisme , traduction Albert Métin, pc 413.
Tougan-Baranowsky 28
on pilla quelques magasins. La police n'était pas préparée à de pareilles scènes, qu'on n'avait jamais vues à Londres et elle fut tout à fait impuissante à venir à bout de la foule, dont le torrent destructeur parcourut les plus riches rues de la ville et se dispersa sans avoir rencontré sur son passage de résistance sérieuse. Le Times déclara à cette occasion dans son premier article : « Ces désordres ont été les plus menaçants qu'ont ait vus depuis longtemps, peut-être même les pires dont on ait gardé le souvenir ». Les principaux coupables étaient; selon le Times, Hyndman et Burns, surtout le dernier, qui avait répété à la foule sous une forme un peu différente la fameuse phrase des émeutiers de Lyon : « Mieux vaut mourir en combattant que mourir de faim ». « Si des désordres comme ceux d'hier, écrivait le Times, ne sont pas suivis de poursuites judiciaires, ils se renouvelleront, encore plus graves, à la première occasion. Si MM. Hyndman et Burns ne sont pas encore arrêtés, ils doivent l'être dès aujourd'hui (1) ».
Tout cela provoqua à Londres une émotion extraordinaire. Les commerçants des quartiers de l'ouest craignaient de nouveaux pillages et même une émeute populaire. Un grand nombre ne purent ouvrir de quelque temps leurs magasins, dans les rues où avaiteu lieu l'assaut de la foule, les autres prirent différentes précautions afin de pouvoir se défendre le cas échéant. Quelques meetings de protestation indignée furent immédiatement organisés ; on y demanda la mise en accusation de Hyndmann et de Burns.
Quelques jours plus tard, une panique s'empara de Londres et, dans le centre delà ville, on ferma presque tous les magasins; le bruit s'était répandu que les scènes de pillage du 8 février allaient se renouveler et en plus grand, que dix mille sans-travail s'avançaient vers le centre de la ville. Et, en effet, sur différents points de Londres, des foules considérables de sans-travail à intentions menaçantes
(1) Times, 9 février 1886.
étaient rassemblées. Mais la police était prévenue et pas un magasin ne fut saccagé. Des attroupements populaires analogues se renouvelèrent encore pendant quelques jours dans les rues qui entourent Trafalgar Square, au grand effroi des quartiers riches de l'ouest. La panique était telle que les propriétaires des grands magasins de la City armèrent leurs employés et qu'un régiment de volontaires offrit ses services au lord-maire en cas de nécessité.
Les désordres du 8 février n'étaient pourtant pas le résultat d'une décision cruelle prise par les socialistes de livrer au pillage la plus riche ville du monde, comme le supposaient dans leur affolement les commerçants de Londres. Ni Burns, ni Hyndman n'ont incité la foule au pillage. Ce pillage fut le résultat de l'énervement de gens affamés, profitant de l'absence de la police.
Dès que la nouvelle des manifestations de Londres fut connue dans le royaume, des meetings de sans-travail s'organisèrent de toutes parts. A Birmingham, un de ces meetings faillit amener des désordres dans le genre de ceux de Londres, mais les autorités mobilisèrent à temps tout un détachement de cavalerie. Les cortèges de sans-travail furent sévèrement interdits à Birmingham et immédiatement dispersés par la police. Les magasins n'eurent aucun mal, mais les commerçants préféraient fermer prudemment, dès que la foule s'approchait. Le maire de Birmingham, qui avait peu de temps auparavant obstinément refusé d'ouvrir une souscription en faveur des chômeurs, céda aussitôt et la souscription fut ouverte. A Jarmouth, le meeting des sans-travail fut très orageux et les manifestants maltraitèrent quelque peu la police. A Sheffield, il y eut également un grand meeting de sanstravail et, à Leicester, une collision des grévistes avec la police.
Les événements du 8 février n'affectèrent pas seulement l'Angleterre, mais l'Europe entière. C'est ainsi, par exem-
pie, qu'en France, l'organe des républicains modérés, le Temps, écrivit ce qui suit : « L'émeute socialiste qui a jeté dans Londres une si grande panique n'a pas fait une impression beaucoup moins forte sur le continent. On a été comme saisi d'une profonde surprise. C'est qu'en effet ce qui vient de se passer est quelque chose de nouveau dans la vie politique de l'Angleterre... La vérité, c'est que tous les peuples civilisés deviennent solidaires les uns des autres dans cette grande crise et que les bons et les mauvais exemples, les principes do conservation comme les idées malsaines se répercutent et se propagent d'un bout à l'autre de l'Europe et de l'Amérique (1). »
La Kôlnische Zeitung fit observer avec une joie maligne que l'Angleterre, elle aussi, venait de faire l'expérience du danger de la propagation des doctrines socialistes.
La Xeue Freie Presse rappela très justement le lien étroit qui rattachait ces troubles à la stagnation commerciale ; seul, le retour de la prospérité commerciale arrêterait les progrès du radicalisme en Angleterre. Tous les journaux du continent, en général, attachèrent une grande importance aux événements de Londres ; ils y virent l'expression d'un profond mécontentement et d'un vif énervement delà classe ouvrière anglaise.
Le résultat immédiat des désordres de Londres fut une affluence considérable de dons en faveur des chômeurs. Pendant la semaine qui avait précédé la manifestation, la souscription ouverte par le lord-maire n'avait produit que 3.000 livres. La semaine qui suivit donna 30.000 livres. A la fin mars, les fonds à la disposition du lord maire atteignaient la somme de 70.000 livres sterling.
Le gouvernement ne se montra pas non plus inactif en présence des désordres : il organisa des travaux publics pour occuper les sans-travail ; en même temps, il révoqua l'inspecteur de la police de Londres, Henderson, et tradui-
(i) Temps, Il février 1886.
sit en cours d'assises les 4 meneurs des manifestations, Burns, Hyndmann, Champion et Williams.
Les 4 accusés furent acquittés par le jury.
Le 2 1 février, la « Fédération socialiste » organisa un meeting monstre à Hyde Park. A ce meeting prirent part, d'après les journaux, de 50.000 à 60.000 personnes. (La Justice, organe de la <a Fédération socialiste », dit même 100 à 120.000). Le meeting fut calme, quelques vitres furent pourtant brisées et il y eut une petite escarmouche avec la police à cheval qui, écrit le Daily Chronicle (28 février 1886), chargea et dispersa la foule avec une vraie fureur de sauvages et une soif manifeste de vengeance.
Ce nouveau meeting d'ouvriers sans travail mit la question de l'opportunité des meetings publics en général à l'ordre du jour. A la Chambre des lords, lord Lamington, appuyé par d'autres membres de la Chambre haute, proposa l'interdiction des meetings du dimanche dans les parcs et sur les places publiques. Le gouvernement répondit évasivement et la question fut ajournée. Le 12 mars, la question de l'assistance aux chômeurs fut discutée à la Chambre des communes. Le député de Leeds, Dawson, déposa le projet de résolution suivant : « En présence de la stagnation commerciale actuelle et du nombre considérable des ouvriers sans-travail, le Parlement estime que le moment est venu pour le gouvernement d'entreprendre les travaux publics nécessaires et tout d'abord la construction de petits ports sur différents points du littoral où les petits navires pourraient trouver un refuge contre la tempête. » Ce projet, appuyé par quelques membres, se heurta à une violente opposition de la part de Chamberlain, de Balfour, de Bradlaugh et d'autres ; son auteur le retira. Néanmoins, le gouvernement dut s'occuper sérieusement du chômage et, au commencement de mars, il invitait, dans une circulaire, les autorités locales à organiser des travaux publics pour occuper les ouvriers sans-travail. Des travaux
de ce genre furent entrepris dans différentes régions.
Pendant tout le printemps, il y eut dans beaucoup de villes anglaises des meetings monstres de sans-travail ; les plus grands furent ceux de Manchester et de Glasgow.
Le mouvement des sans-travail de 1886' appela l'attention de tous sur une nouvelle force sociale en Angleterre, le socialisme. A la tête de l'agitation en faveur des sanstravail se trouvait en effet la « Fédération socialiste ». Cette organisation, née quelques aimées auparavant, ne joua d'abord absolument aucun rôle dans la vie publique anglaise. Les noms de Hyndman et de Burns (ce dernier se brouilla bientôt avec la Fédération) étaient totalement inconnus du grand public avant la manifestation du 8 février. Après cette manifestation, ils étaient célèbres dans le monde entier et l'influence de la « Fédération socialiste » fit des progrès rapides, bien qu'éphémères.
Les succès de la Fédération provenaient principalement de causes passagères, en particulier du chômage, qui pousse toujours au radicalisme. Les chefs de la Fédération eurent naturellement une autre idée de leurs succès. Le premier article de la Justice, du 6 mai 1886, est consacré à une revue de l'œuvre de la Fédération pendant l'année écoulée et il est rempli des espérances les plus hardies. « Nous n'avons jamais espéré de pareils succès, avoue l'auteur de l'article... Les exemples sont rares de progrès aussi rapides que l'ont été ceux de notre cause... Hier, une petite troupe de gens peu connus, aujourd'hui le drapeau rouge sur Carlton Club, demain l'Angleterre socialiste. Hier, la nuit ; aujourd'hui, l'aurore ; demain... la pleine lumière ».
Malheureusement, Hyndman et ses amis ne savaient pas combien ces succès étaient éphémères. Une courte période de prospérité suffit pour que la Fédération redevînt aussi ignorée que parle passé.
Il est vrai que l'influence de la Fédération pendant l'agitation ouvrière de 1886 fut très grande. Le meeting tenu à Trafalgar Square, le 29 août, futla preuve manifeste
de l'importance conquise par la « Fédération socialiste ». Ce meeting fut convoqué pour une affaire qui n'intéressait directement que la Fédération ; il s'agissait de protester contre la condamnation de Williams, un des membres de la Fédération, à une peine d'emprisonnement. Pourtant, une foule énorme de 40 à 60.000 personnes se trouva de nouveau réunie à Trafalgar Square. Hyndman fut particulièrement acclamé par la foule ; pendant quelques minutes, les applaudissements et les vivats l'empêchèrent de parler.
A l'entrée de l'automne, la Fédération recommença l'agitation parmi les sans-travail. Elle, décida d'organiser un cortège monstre de chômeurs pour le 9 novembre, jour de l'installation du lord-maire, où tout Londres se trouverait dans la rue pour voir passer le cortège officiel. Naturellement, il était à prévoir qu'avec une affluence pareille, le cortège ouvrier amènerait de graves désordres et une collision avec la police. Toute la presse voyait venir ce jour avec une grande inquiétude. La Justice, au contraire, attendait le 9 novembre comme une date importante où la puissance de la « Fédération socialiste » se déploierait à Londres dans toute sa splendeur.
« Toute la classe ouvrière de Londres, écrivait l'organe socialiste dans son premier article du 30 octobre 1886, demande à la « Fédération Socialiste » d'exprimer sonmdignation et d'organiser son mécontentement. C'est ce que nous voulons faire et c'est ce qui donne à la manifestation du 9 novembre une si grande importance ; elle ne dira pas seulement la misère et les souffrances des sans-travail, elle sera aussi le commencement de la grande lutte déclasses à la fin du xixe siècle. Londres est du nord au sud, de l'est à l'ouest, en proie à une émotion que notre génération n'a pas encore vue. Fuisse Londres se mettre en tète du glorieux mouvement qui a pour but. la délivrance définitive des ouvriers du monde entier ! r>
Le 9 novembre, pourtant, rien de tel ne se produisit. La
police interdit le meeting des sans-travail et prit toutes sortes de mesures pour empêcher leur cortège. La City présentait l'aspect d'une ville assiégée. Les magasins étaient fermés ; partout étaient postés des détachements de troupes et d'agents. Le meeting que les chômeurs avaient l'intention de tenir, ne put avoir lieu et une petite cohorte seulement avec des drapeaux rouges se fraya un passage jusqu'à la statue de Nelson ; elle y adopta un ordre du jour demandant au gouvernement d'adoucir les conditions auxquelles l'assistance publique subordonnait l'allocation de secours hors de la maison de travail, de déterminer les autorités locales à organiser le plus tôt possible des travaux publics, de diminuer la journée de travail pour les ouvriers de l'Etat et d'entrer en pourparlers avee les gouvernements étrangers pour ariver à une réduction générale de la journée de travail. Somme toute, la manifestation avait complètement échoué.
Néanmoins, l'influence de la « Fédération Socialiste » sur les sans-travail n'en fut pas amoindrie. Jamais, on n'avait vu pareille affluence à celle du 21 novembre au meeting de Trafalgar Square. La Justice prétendit que c'était la plus grande manifestation ouvrière qu'on ait jamais vue à Londres. 11 y avait cinq tribunes pour les orateurs. Le meeting fut tout à fait calme et vota les ordres du jour d'usage, invitant le gouvernement à prendre des mesures énergiques pour atténuer le chômage.
L'une des suites de ce meeting fut que l'agitation redoubla parmi la population aisée de Londres en vue de l'interdiction des réunions publiques à Trafalgar Square. Une pétition en ce sens fut transmise au Parlement ; on y exposait entre autres choses que « dans les derniers temps des groupes adversaires avaient tenu en même temps des meetings sur la place, ce qui avait provoqué des trouble» et des désordres... Que, par suite, un grand nombre des soussignés avaient souvent été obligés de barricader leursmagasins et de suspendre leur commerce . » Le Times won,
seulement appuya cette pétition dans son premier article du 25 décembre, mais il fut d'avis que, vu l'attitude menaçante des sans-travail, on devait demander davantage, c'est-à-dire l'interdiction des meetings publics au centre des grandes villes en général.
Ainsi l'Angleterre était menacée d'une restriction capitale à la liberté politique, qui était passée à un si haut degré dans les habitudes de la vie publique. L'attitude des journaux anglais les plus influents sur cette question montrait que les manifestations ouvrières avaient fait une très profonde impression sur l'opinion publique et avaient provoqué une sérieuse inquiétude parmi les classes possédantes.
L'agitation parmi les sans-travail continua. Le 1er janvier des cortèges se rendant aux maisons de travail furent organisés sur de nombreux points de^ la capitale. Ces manifestations n'eurent pourtant pas un grand succès.
Au mois de février 1887, le chômage commença à perdre un peu de son acuilé. Cependant, au mois de mars, la situation était encore extrêmement difficile, comme le montrent les statistiques officielles du chômage dressées en mars^ 1887. L'enquête porta sur quelques districts de Londres et sur une population de 125.313 personnes. Tous les habitants furent personnellement interrogés. On trouva que, sur les 29.451 ouvriers hommes, 27 0/0 étaient sans travail. Dans certaines branches industrielles, la proportion des chômeurs était bien plus considérable ; elle était pour les ouvriers des docks de 55 0/0, pour les ouvriers des constructions navales de 41 0/0, pour les maçons et les menuisiers de 37 0/0, pour les peintres de 33 0/0. Parmi les mécaniciens, il y avait 20 0/0 de chômeurs, parmi les forgerons 26 0/0, parmi les ébénistes 20 0/0, parmi les ouvriers du tabac 27 0/0. Se trouvaient dans une situation meilleure les cordonniers (17 0/0 de chômeurs), les relieurs (12 0/0), les horlogers (13 0/0), les facteurs des gares (6 0/0) et d'autres. Parmi tous les ouvriers recensés, il n'y en avait pas moins de 53 0/0 qui, pendant la période
d'octobre 1886 à mars 1887, avaient été plus ou moins longtemps sans travail (1).
La gêne persista encore jusqu'à l'automne de 1887. Les quelques années de marasme industriel avaient épuisé les économies peu considérables de l'ouvrier. Peu à peu, les sans-travail prenaient l'habitude de passer les nuits à Trafalgar Square ; ils y furent d'abord quelques-uns, puis dix, puis jusqu'à des centaines... La misère sombre, la misère sans asile avait élu domicile dans le centre de Londres, dans le quartier le plus riche en face des maisons somptueuses de la capitale.
Au mois d'octobre, les meetings de sans-travail, à Trafalgar Square, commencèrent à se renouveler presque chaque jour. La foule se réunissait avec des drapeaux, entourait le socle sur lequelle se dresse le vieux Nelson et écoutait des discours. Le drapeau noir, symbole de la misère et du désespoir, remplaçait presque partout le drapeau rouge. A la fin du meeting, on traversait les rues de la ville en cortège.
L'attitude de la police, qui avait maintenant pour chef Sir Charles AVarren, était à l'égard des manifestants très provocatrice et très brutale. Le 17 octobre, la police fit évacuer Trafalgar Square; il y eut une mêlée, qui fit beaucoup de blessés aussi bien parmi la foule que du côté des agents. Le 18 octobre, une collision encore plus sérieuse se produisit à Hyde Park.
La différence caractéristique entre l'agitation de 1886 et celle de 1887, c'est qu'en 1887 elle était presque spontanée, la « Fédération socialiste » n'y avait aucune part. Les foules qui affluaient chaque jour à Trafalgar Square n'étaient organisées par personne et elles n'étaient réunies que par le seul désir de crier le plus fort possible leur détresse. Les orateurs qui prenaient la parole dans ces meetings, étaient pour la plupart des ouvriers complètement inconnus, dont
(1) Tabulations of the Statements made by men living in certain Selected Districts of London in March 1887. Londres, 1887.
les noms paraissaient tout à coup dans les colonnes des journaux et dont bientôt on n'entendait plus parler. Le ministère conservateur et le nouveau chef de la police de Londres, Sir Charles Warren, faisaient preuve de bien plus de décision dans leur attitude à l'égard des sans-travail que le gouvernement de Gladstone n'en avait montré pendant la manifestation du 8 lévrier 1886. Le 21 octobre, la police parut à minuit àTrafalgar Square et en chassa quelques centaines d'hommes et de femmes qui étaient sans abri et qui avaient pris l'habitude de passer les froides nuits d'automne sur les balustrades et les bancs de pierre de la place. Trafalgar Square ne devait être, ni le jour, ni la nuit, le lieu de rendez vous des pauvres.
Les meetings des sans-travail n'en continuaient pas moins àTrafalgar Square et sur d'autres points de Londres, presque journellement, le plus souvent sans organisation préalable. Les foules de chômeurs, qui s'ennuyaient par suite de leur oisiveté forcée et qui souffraient de la misère, avaient l'habitude de se rassembler sur tous les points de Londres, partout où l'occasion se présentait. La capitale prit un aspect tout à fait inusité, l'aspect d'une ville qui est à la veille d'une catastrophe sociale. Tous les numéros de tous les journaux étaient chaque jour remplis du récit des collisions de la police et de la foule. « Riots in London » (troubles à Londres), « Police and Mob » (La police et la populace), tels étaient les litres des articles qui remplissaient les colonnes du Times. Depuis 1848, c'est-à-dire depuis la débâcle du chartisme après son dernier éclat, Londres n'avait pas connu pareille agitation et pareille inquiétude. Les nuages se rassemblaient ; il y avait un orage dans l'air.
Le ministère conservateur n'était pas du tout disposé à tolérer une situation pareille. Il avait dans la personne de Warren une « poigne de fer ». Les classes possédantes de Londres réclamaient des mesures énergiques contre les réunions des sans-travail. Une année auparavant, au mois de novembre 1886, plus de 5.000 des commerçants et des
habitants les plus influents et les plus riches du West-end avaient adressé une pétition au Parlement pour demander l'interdiction des réunions publiques à Trafalgar Square. Toute une série de meetings tenus par les propriétaires adoptèrent des ordres du jour en ce sens! Le 3 novembre 1887, un meeting de personnalisés très influentes présidé par un memhre du Parlement demanda la cessation des meetings à Trafalgar Square.
ci La répétition perpétuelle des manifestations à Trafalgar Square et dans le West-end, déclara un des orateurs, a prisun caractère si grave que les habitants, après avoir supporté ces manifestations pendant près de deux ans, se voient obligés de demander des mesures efficaces pour mettre fin à de pareils abus. » Tous les journaux conservateurs se prononcèrent dans le même sens. Le gouvernement décida de faire droit à ces desirata et, par ordonnance de Sir Charles Warren, en date du 8 novembre, les meetings à Trafalgar Square furent interdits.
Cette ordonnance amena une collision sanglante entre la foule et la troupe dans les rues de Londres, le 13 novembre. La violation par le gouvernement d'un des droits fondamentaux du citoyen anglais, la liberté des réunions publiques, était une limitation sur un point capital delà liberté politique, si chère aux Anglais. L'ordonnance du 8 novembre réunit tous les éléments libéraux et radicaux de Londres. En guise de protestation les associations radicales de Londres décidèrent d'organiser, le dimancbe suivant, 13 novembre, un meeting qui dénoncerait l'arrestation de l'homme politique irlandais O'Brien.
Le meeting fut une vraie bataille livrée entre des milliers de personnes d'un côté, la police et la troupe de l'autre. Dès l'aube, Trafalgar Square avait été occupé par la police. Un cordon d'agents de plus de 2.000 hommes entourait la place d'une ligne sombre ininterrompue. Dans les rues voisines, des détachements d'agents à cheval allaient et venaient. Dans le voisinage, quelques escadrons de la garde
à cheval et quelques détachements de la garde à pied se tenaient prêts à partir. Toutes ces mesures n'effrayèrent pourtant pas les manifestants. Dans l'après-midi, les rues qui entourent la place commencèrent à se remplir. Des faubourgs de Londres arrivaient sans cesse de nouveaux cortèges avec des drapeaux, et, à trois heures, toutes les rues du voisinage étaient noires de monde. Une collision violente avec la police commença. La foule attaquait les agents avec des bâtons, des barres de fer, des pierres, voire même des couteaux. Les policiers à cheval étaient désarçonnés. Un petit bloc de manifestants, Burns et Gunningham Graham en tête, fît une tentative désespérée pour avancer jusqu'à la statue de Nelson, mais ce fut sans succès. Dans toutes les rues d'alentour, ce fut une mêlée, où de nombreux agents et encore plus de manifestants furent blessés. La police fut. partout victorieuse et Trafalgar Square resta une île déserte au milieu de la houle d'une mer humaine.
Le « dimanche sanglant», comme l'appela la « Justice » fut une victoire décisive du gouvernement. Les tentatives pour arriver à former des rassemblements se renouvelèrent encore les jours suivants, mais si faibles que le gouvernement n'eut pas de peine à les réprimer. Le drapeau rouge et le drapeau noir cessèrent d'être l'effroi des habitants de Londres.
On peut juger de l'attitude des classes possédantes vis-àvis des événements du 13 novembre par le fait suivant : pendant les quelques jours qui suivirent, plus de 3.500 volontaires se firent inscrire pour remplir le rôle d'agents en cas de nécessité. D'après le Times, ces agents volontaires appartenaient principalement aux classes moyennes et aux hautes classes. 11 y eut jusqu'à des lords qui considérèrent comme leur devoir d'offrir leurs services comme policiers volontaires. Pourtant, on n'eut pas du tout à faire usage de ces services, car l'agitation en faveur des sans-travail avait perdu, à Trafalgar Square, la bataille principale.
Les sans-travail de Londres continuèrent à tenir des
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meetings sur différents points ; mais ces meetings furent loin d'être aussi grandioses que ceux d'octobre et de novembre. L'opinion publique s'intéressait peu à ces manifestations, puisque le 13 novembre avait parfaitement démontré qu'on pouvait en venir à bout. Lorsqu'au printemps de 1888, la prospérité industrielle reprit, le mouvement des sans-travail qui, un moment, avait pris une tournure si inquiétante pour l'Angleterre, disparut de l'ordre du jour.
Le chômage des années quatre-vingt fut d'une grande importance pour l'évolution des conditions sociales en Angleterre. Toute une série de commissions parlementaires se consacrèrent à l'étude de la misère populaire apparue dans toute sa laideur. Parmi ces commissions, il faut faire une place à part à celle qui fut instituée par la Chambre-Haute pour étudier l'extension du Sweating-System, c'est-à-dire de l'exploitation extrême du travail dans nombre de branches de l'industrie à domicile. Cette commission mit à jour des faits étonnants et presque incrovables d'oppression : salaires de misère et durée abusive de la journée de travail. De simples particuliers étudièrent également les questions de la misère populaire ; en première ligne, il faut citer les travaux, uniques dans les annales de la science, comme le font observer à juste titre 3. et B. Webb, du riche négociant de Londres, Charles Booth, qui a étudié la situation de la population de Londres.
Les enquêtes ainsi faites ont donné une impulsion incalculable aux réformes sociales. Elles furent entreprises pour la plupart dans l'attente qu'une étude sérieuse et scientifique montrerait le caractère d'exception des faits regrettables mis à jour par les philanthropes et cités à satiété par les nombreux agitateurs. Mais, à la grande surprise aussi bien des économistes que des chefs des trade-unions, les statistiques justifièrent dans leur ensemble les noirs tableaux des écrivains à sensation et des socialistes. Les cas de misère imméritée ne se trouvèrent pas être des exceptions
purement accidentelles dans une situation générale de bienêtre, sinon de richesse, mais bien des exemples typiques de ce qu'était l'existence moyenne des grandes masses populaires (1). L'optimisme libéral qui avait régné de 1860 à 1880 non seulement parmi les classes possédantes de l'Angleterre, mais même parmi les chefs des ouvriers lit place à de tout autres conceptions sociales. Burns, Tom Mann, Tillet, les ligures les plus remarquables parmi les chefs ouvriers, étaient pénétrés de l'esprit nouveau et ils orientèrent le mouvement ouvrier anglais vers de nouvelles voies. Le (( Néo-Trade-Unionisme » fut l'incarnation de ces tendances nouvelles et les ordres du jour des congrès syndicaux en faveur de la journée de huit heures, de la nationalisation des moyens de production, etc., furent la manifestation de cet esprit nouveau.
Le retour du chômage en 1892 amena le retour de l'agitation des sans-travail, bien que, sans aucun doute, dans des proportions plus modestes. A partir de l'automne de 1892, des meetings d'ouvriers sans-travail eurent lieu presque chaque jour à Londres à Tower Hill. A ces meetings assistaient des centaines, voire même des milliers de personnes. A la fin, la foule organisait des cortèges précédés de drapeaux rouges. Ces cortèges amenèrent souvent des collisions avec la police.
Le 13 novembre 1892, cinquième anniversaire du « dimanche sanglant », les organisations ouvrières de Londres organisèrent un vaste meeting de sans-travail, auquel assistèrent quelques dizaines de mille de personnes. Le ministère Gladstone n'interdit pas ce meeting. Deux ordres du jour furent adoptés : le premier saluait la reprise par la population de Londres « du droit aux meetings publics sur son forum historique ». Le second était ainsi conçu : « Considérant que le nombre des chômeurs à Londres et dans le Royaume-Uni augmente chaque jour et menace de devenir pendant cet hiver pire que jamais ; consi-
(1) S. et B. Webb, Histoire du trade-unionisme, p. 415.
dérant en outre que, de toutes parts, on demande des travaux publics, le meeting demande au gouvernement et aux administrations publiques d'organiser des travaux de ce genre et de donner ainsi du travail à ceux qui ne sont pas réduits au chômage par leur faute, mais par suite d'une législation injuste et du système capitaliste actuel (l) ».
Sous l'influence immédiate de cette agitation le gouvernement envoya, le 14 novembre, aux autorités de l'administration locale une circulaire en ces termes : « Des renseignements parvenus au ministère de l'Intérieur, il résulte qu'actuellement une grande gène se fait sentir sur différents points du royaume par suite du manque de travail et il est A prévoir que cette situation va, pendant l'hiver, se généraliser et s'aggraver. Le ministère est convaincu qu'il y a dans les rangs de ceux qui ne sollicitent pas d'habitude l'assistance du bureau de bienfaisance des gens qui subissent de dures privations, et, si la dépression commerciale persiste, il y a lieu de craindre que beaucoup de ceux qui d'habitude travaillent régulièrement, seront réduits au chômage. Le sentiment d'indépendance qui détermine tant d'ouvriers à faire toutes sortes de sacrifices plutôt que de s'exposer à la honte du paupérisme, mérite le plus grand respect et la plus grande sympathie ; l'intérêt de la société tout entière est d'encourager ce sentiment par tous les moyens possibles ».
Le gouvernement proposait donc aux administrations locales d'entreprendre des travaux publics, tels que pavage et percement de nouvelles rues, travaux de canalisation, etc.
La circulaire du 14 novembre détermina 96 municipalités à organiser des travaux publics. C'est à Londres que Cet organisation s'effectua sur la plus vaste échelle, — néanmoins il n'y eut guère plus de mille ouvriers ainsi occupés aux travaux de la capitale. Les 77 principales villes de l'Angleterre occupèrent en tout 26.875 ouvriers (1).
(1) Times, U novembre 1892.
(1) Third Report on Distress from Want of Employment. Déposition de Llewellyn Smith, Q. 4723.
En général, les travaux municipaux de 1892 à 1893 ne furent pas une expérience heureuse. Voici comment s'expriment, en 1893, les auteurs du « Report on Agenciesand Methodsfor Dealing withthe Unemployed » : « Les conclusions qu'on peut tirer des expérience 5 faites par de nombreuses autorités locales, l'hiver dernier, sontabsoiument négatives. Le danger spécifique qui menace le succès de ces travaux municipaux, c'est qu'on ne peut y employer ceux des chômeurs qui ne se trouvent que pour très peu de temps sans travail. Or, on ne peut guère les organiser de façon à pouvoir occuper d'une façon permanente ceux dont le chômage est à l'état chronique (1) ».
Les meetings de sans-travail continuèrent pendant tout l'hiver de 1892 à 1893 et pendant celui de 1893 à 1894. A la Chambre des communes, un des rares représentants des ouvriers au Parlement, Keir Hardie, souleva plusieurs fois la question de l'assistance aux chômeurs, mais sans obtenir de résultat pratique. Comme moyen de lutter contre le chômage, Keir Hardie proposa la journée de 8 heures et une plus grande extension des travaux publics de toute nature. La dépresion commerciale pour la période de 1890 fut caractérisée sur le continent européen par une vraie épidémie d'attentats anarchistes. La relation entre cette épidémie et le chômage est incontestable. En Angleterre, l'agitation anarchiste fut aussi renforcée ; les meetings de sans-travail se terminèrent souvent par des bagarres entre socialistes et anarchistes. La phraséologie habituelle des orateurs qui parlaient dans ces meelings était telle que les députés conservateurs interpellèrent plusieurs fois le gouvernement à ce sujet ; ils s'étonnaient qu'on put ainsi permettre l'excitation publique au pillage, à l'incendie et même à l'assassinat des gens riches. Naturellement, tout cela n'avait pas grande importance et ne permettait que de juger de l'énervement des masses ouvrières. Le chômage défi) Report, p. 236-237.
Tougan-Baranowsky 29
vait nécessairement provoquer cet état d'esprit et Bernard Shaw le savait indéniablement, lorsque, décrivant l'œuvre de la Société fabienne, il déclarait : « La réapparition de l'esprit d'insurrection lors de la prochaine crise commerciale est aussi certaine que le lever du soleil demain matin (1). » On peut parfaitement souscrire aux paroles de Kautsky : « Dans l'importance relative de la lutte politique et de la lutte économique, on peut observer uue certaine fluctuation analogue au mouvement d'ondulation de l'industrie capitaliste. De même que celle-ci alterne entre la prospérité et la crise, de même nous trouvons en politique des périodes de grandes luttes, de progrès rapides, — des périodes de « révolution», —alternant avec des périodes de stagnation où le développement des organisations économiques, la « réforme » sociale, passe au premier plan... Les périodes de prospérité sont naturellement celles où le mécontentement social est le moindre, où le désir de s'élever par ses propres moyens a le plus de chances de succès, où le besoin d'avoir recours à l'Etat est le plus faible. Non seulement les capitalistes, mais les ouvriers aussi attachent moins d'importance à la politique qu'aux entreprises et aux organisations économiques, qui promettent des avantages immédiats et palpables. Lorsque vient la crise, l'espoir de pouvoir avancer sur le terrain purement économique disparait, on a besoin du facteur économique le plus important, l'Etat, il faut s'emparer de l'Etat pour avoir de nouveau sous ses pieds un terrain sur, le mécontentement social s'accroît, toutes les oppositions deviennent plus vives, tout pousse à la lutte politique » (2). On a vu, par notre exposé des conséquences sociales qu'ont eues les crises industrielles en Angleterre, l'influence manifeste du cycle industriel sur la politique anglaise.
1) Bernard Shaw, The Fabian Society ; What it has clone. Londres, 1892, p. 10.
(2) Kautsky, Bernstein und das socialdemokratische Programma p. 163, 164.
Les années 1892 et 1893 furent caractérisées par des grèves gigantesques. La grève des mineurs dans les comtés du centre surpassa toutes les autres par le nombre d'ouvriers qui y prirent part. Plus de 300.000 mineurs abandonnèrent le travail, ne voulant pas consenti!- à une réduction de salaires que les entrepreneurs avaient l'intention de leur faire subir. La grève se termina par un compromis.
La dépression persista jusqu'en 1893. Le début de l'année 1895 amena même une recrudescence subite du chômage, par suite d'une cause particulière, le froid violent qu'on commença à avoir en Angleterre vers la fin de janvier. Presque tous les travaux exécute's en plein air devinrent impossibles et de nombreux ouvriers furent privés de leur travail.
A ce moment, le conseil des syndicats de Londres organisa avec l'aide du « Parti ouvrier Indépendant» (fondé en 1893) un dénombrement très intéressant des sanstravail de West Ham (un des districts de Londres). Les opérations furent terminées le 20 janvier 1895. On trouva qu'à West Ham, sur une population d'environ 250.000 âmes, il}' avait 10.140 chômeurs et, dans ce nombre, environ 1.000 femmes. On compta 28.283 hommes qui travaillaient régulièrement, 0.176 qui n'avaient du travail que d'une façon occasionnelle et temporaire. Les chômeurs constituaient donc 20 0/0 de la populatien ouvrière mâle. Sur les 9.000 ouvriers sans-travail, il y avait environ 2.000 ouvriers ayant fait un apprentissage : ouvriers des machines, du cuivre, des constructions navales, matelots, etc. (I).
Pendant l'hiver de 1894 à 1895, on organisa, dans les plus importantes villes d'Angleterre, des travaux publics pour les sans-travail. Des comités de bienfaisance privés se mirent aussi à l'œuvre dans de nombreuses régions et vinrent en aide aux chômeurs, surtout par des distributions de vivres, de vêtements, de combustible, etc. 11 faut con-
(1) First Report from the Select Committee on Distress from Want of Employaient, 1895.. Dépositions de Percy Alden et de Keir Hardie.
sidérer que si le chômage, pendant l'hiver de 1894 à 1895r était loin d'être aussi considérable que de 1892 à 1893, c'était déjà le troisième hiver où il n'y avait pas de travail. Les ressources des ouvriers étaient épuisées ; aussi la misère fut-elle plus grande, bien que la situation du marché du travail fut plus favorable.
Au début de 1893, il y avait à Liverpool, d'après les indications du secrétaire du syndicat des dockers, environ 18.000 chômeurs, à Leeds environ 8.000, à Glasgow aussi, environ 8.000 ; à Birmingham, la délégation des chômeurs compta 15.000 sans-travail. Keir Hardie prétendait qu'il y avait eu, dans l'ensemble du Royaume-Uni, environ 1.750.000 sans-travail, en dehors des « paupers » ; mais, naturellement, de pareilles affirmations, qui ne reposent que sur une impression générale, ne peuvent prétendre à l'exactitude, même approximative (1).
A Liverpool, les meetings de sans-travail étaient aussi fréquents qu'à Londres et ils étaient tout aussi orageux. Souvent, on y tenait des discours qui étaient faits pour énerver la police de Liverpool. 11 y eut des bagarres et, tout comme celle de Londres en 1887, la police interdit les meetings sur la place de la Bourse.
Le 13 février, Hardie parvint à obtenir du Parlement la nomination d'une Commission chargée d'étudier la misère créée par le chômage et les moyens de remédier au chômage. Mais le Parlement refusa de fixer un court délai pour le dépôt du rapport de la Commission, comme le demandait Hardie. La Commission déposa donc, comme il fallait s'y attendre, son rapport lorsque la mauvaise période était déjà passée. Le dernier de ces rapports a été déposé par une autre Commission instituée par le nouveau Parlement en 1896, à un moment où la phase de prospérité était manifestement de retour pour l'industrie anglaise.
Le chômage qui a sévi avec violence en Angleterre pen-
(1) Cf. la déposition de Keir Hardie, de même que l'appendice n° 5 dans le First Report on Distress from Want of Employaient.
dans les quatre premières années du xxe siècle a rendu nécescessaires des mesures isoléesd'assistance aux chômeurs. Vers la fin de l'année 1904, le « Labour Department » fit une enquête sur l'étendue de la misère provoquée par le manque de travail dons les plus grandes villes d'Angleterre. Les résultats de cette enquête ont montré que dans la plupart des districts de Londres, de même que dans la majeure partie des villes de province, la misère provoquée par le chômage avait été extraordinaire. Les villes de province organisèrent des travaux publics en vue de secourir les chômeurs. Des travaux semblables, entrepris sur une large échelle, furent aussi organisés à Londres. Le lord-maire de Londres ouvrit une souscription pour les sans-travail.
En décembre 1904, on vit se former à Londres le « Centrai Committee of the Unemployed Fund ». Ce comité secourut un nombre considérable de chômeurs avec l'aide de l'Armée du Salut (Salvation Army) ; il assista 3.496 ouvriers (1908), dont la plupart étaient des journaliers; 647 étaient des ouvriers du bâtiment.
Dans différentes villes on fit le dénombrement des chômeurs. Les résultats obtenus montrent que, vers la fin de 1904, la proportion des sans-travail était souvent très élevée, atteignant 1/5 et davantage du nombre total des ouvriers.
Le chômage de 1904 et le mécontentement qu'il provoqua parmi les masses ouvrières amenèrent la promulgation d'une loi très importante sur l'assistance aux sans-travail. Cette loi autorisait le « Local Governement Board » à créer, à Londres et en province, des comités spéciaux (Distress Committees) avec des pouvoirs très étendus, dans le but de venir en aide aux sans-travail. Les ressources de ces comités devaient être constituées par des souscriptions des municipalités et les dons de la charité privée.
Ces comités se sont montrés très actifs. La période suivante de chômage, celle de 1908-1909, a obligé les chômeurs à s'adresser fréquemment à eux. En 1908 et en 1909, jusqu'au 1er avril 1909, ils ont enregistré 196.757 de-
mandes de secours. Ce nombre constitue 1,17 0/0 de La population des districts où les comités fonctionnaient. Le nombre des hommes qui se sont adressés à ces comités atteignait, dans l'ensemble de la population mâle adulte, la proportion de 4,1 0/0. Le nombre des demandes était double de celui des années précédentes.
Parmi les solliciteurs, 32 0/0 étaient des journaliers, 30 0/0 des ouvriers du bâtiment, 1o 0 0 des ouvriers des transports, 7 0/0 des ouvriers occupés dans la construction des machines ou des navires et des ouvriers de l'industrie métallurgique, 3 0/0 des ouvriers sur bois.
Pendant ce laps de temps, les comités ont offert du travail à 101.800 personnes, dont 88.190 solliciteurs. Le montant des salaires payés par les comités a été de 327.633 livres sterling. En outre, le concours des comités a permis à 1.139 personnes d'émigrer.
Le chômage de 1908-1909 a enrichi la législation anglaise d'une loi importante sur les Bourses du travail (Labour Exchanges Act) : Le « Board of trade » fut autorisé à fonder et à entretenir des bourses de cette nature. C'est aussi dans ce chômage qu'il faut chercher l'origine de toute une série de lois sociales qui ont placé l'Angleterre à la tète du monde civilisé pour la hardiesse et la largeur de sa législation sociale (loi d'assurance contre les maladies, les accidents, le chômage, etc.). Cette législation vient d'être couronnée par une loi qui a pris naissance pendant une période de prospérité industrielle, par la grande loi de 1912 sur le salaire minimum des mineurs. Cette loi marque un stade nouveau dans l'histoire de l'humanité et, au point de vue de l'importance historique, elle laisse loin derrière elle le fameux bill de 1847 sur la journée de dix heures que Marx célébra en son temps, comme la victoire d'un nouveau principe.
CHAPfTRE V
Fluctuations du nombre de chômeurs parmi les membres des Trade- Unions dans les différentes branches de la production. — Le chômage parmi les ouvriers de l'industrie métallurgique. — ■ Fluctuations d'après les saisons et d'après les phases du cycle industriel. — Pourquoi les fluctuations cycliques sont-elles plus fortes dans les industries qui ont pour objet les moyens de production ? — Le chômage disparaît-il avec le progrès du capitalisme?
La stagnation industrielle se manifeste sur le marché du travail par le chômage. Quelle est la signification de ce fait pour le chômage en Angleterre? Le chômage disparaît-il avec l'évolution du capitalisme ou ne disparaît-il pas ?
Le chômage est un phénomène si complexe qu'il ne peut être l'objet de statistiques exactes. Pourtant, les statisticiens anglais ont trouvé une excellente base pour déterminer non point l'étendue absolue du chômage, mais ses variations à différents moments. Cette base est la proportion des chômeurs parmi les membres des trade-unions, secourus par ces associations. La valeur de cette caractéristique est atténuée par le fait que beaucoup d'organisations n'allouent pas ces secours et ne communiquent pas au ministère du travail les données en question. En outre, cette caractéristique ne nous renseigne pas du tout sur le
chômage parmi les masses ouvrières non organisées. Mais, comme nous n'avons pas à notre disposition de meilleur moyen, force nous est de nous servir de celui-là.
Les diagrammes nos 17 et 18 p. 458-459 indiquent pour les périodes de 1887 à 1900 et de 1900 à 1910 les variations de l'exportation anglaise et de la proportion des chômeurs parmi les memhres des syndicats ouvriers dans quelques hranches industrielles, d'après les statistiques fournies par le ministère du travail.
Les fluctuations cycliques apparaissent nettement, sur ces diagrammes, dans le nombre des chômeurs. Nous constatons que les variations du chômage vont exactement en sens inverse des variations de l'exportation: Cela nous donne la cause des fluctuations du chômage. Elles dépendent manifestement des phases du cycle industriel.
Considérons chacune de ces courbes de chômage. La courbe du chômage, dans les branches industrielles qui fournissent les instruments et les moyens de production de l'industrie capitaliste, subit les variations les plus fortes et les plus régulières. C'est dans cette courbe que le cycle industriel se manifeste le plus nettement. Pour les deux autres courbes du chômage, les variations sont bien moins importantes.
Nous constatons que, pendant la période de chômage des années qui ont suivi immédiatement 1890, la proportion des chômeurs dans des branches aussi importantes que la fabrication des machines, les constructions navales et la métallurgie (première courbe), a été de plus de 11 0/0. Elle a été plus considérable encore en 1908 et en 1909. Si nous comparons les variations du nombre des chômeurs pendant les deux dernières décades, nous ne remarquons pas d'amélioration. A en juger par le nombre des sans-travail, dans l'industrie de la fabrication des machines le chômage de 1893 à 1894 a été même plus considérable que celui de 1887. Le chômage le plus récent, celui de 1908 à 1909. l'a été encore davantage. 11 suffit de comparer