LES CRISES NITRITOIDES UTERO-PLACENTAIRES
M. le Professeur GOUGEROT les a décrites le premier avec leur complication inévitable : l’avortement. Il nous suffira de résumer les deux observations de M. GOUGEROT pour établir l’existence de cette localisation de la crise nitritoïde et en donner en même temps une description clinique des plus complètes.
OBS. 1. —- Une jeune femme de 23 ans, robuste, sans tare, présente une syphilis acquise, traitée depuis trois ans. Une grossesse étant survenue, on décide de la mettre au 914; elle reçoit d’abord une série de petites doses, puis après un mois de repos une cure à doses croissantes: 0.15, 0.30, 0.45. A cette dernière dose, un peu de rougeur de la face fait craindre un accident plus grave et l’on décide de faire encore 0.45 à l'injection suivante qui a lieu huit jours après. Cette injection se passe normalement, mais quelques secondes après, la malade accuse une bouffée de chaleur, elle est un peu rouge et anxieuse et se plaint de douleurs abdominales violentes, correspondant à des contractions utérines. L’utérus est dur et douloureux à la palpation. La rougeur du visage disparaît en 10 minutes, mais pendant une heure, les contractions utérines persistent, puis tendent à s’atténuer sous l'influence d’un lavement laudanisé. Cependant un filet
D tre
de sang apparaît à la vulve. Ceci se passe vers 9 h. 30 du matin. La malade est revue à midi : à ce moment, les contractions ont reparu et s’accompagnent d’une petite hémorragie avec caillots ; une piqûre de morphine est pratiquée qui ramène le calme dans l’après-midi. Mais vers 20 h., les contractions reparaissent très violentes et à 22 h. aboutissent à l’avortement : la patiente expulse un enfant de cinq mois encore vivant paraissant bien conformé. Le lendemain matin, le placenta expulsé se montre d'aspect normal, mais présente trois traces d’hémorragies récentes, qui l’ont décollé.
OBS. 2. -- Cette observation concerne une hérédosyphilitique de 30 ans qui a déjà fait deux fausses couches antérieures. Elle présente des dystrophies et des accidents nerveux divers. Elle est traitée par le 914 et le cyanure de mercure avant sa grossesse. Celle-ci survient en septembre 1921; on conseille encore une nouvelle cure de 914, les traitements mercuriels suivis au cours des grossesses antérieures s’étant montrés inefficaces. Cette cure est faite avec toutes les précautions possibles, doses très progressivement croissantes, les petites doses étant répétées plusieurs fois et chaque injection associée à une injection d’adrénaline. Malgré ces précautions, à la dose de 0.60 survient à la fin de l’injection une grande crise nitritoïde : battements artériels, sensation d’angoisse, violentes douleurs épigastriques, pouls disparaissant rapidement, douleurs abdominales et contractions utérines, vomissements bilieux. Au bout de 20 minutes les phénomènes s’amendent, mais le facies est très pâle. Ceci a lieu à 16 heures. On fait un lavement laudanisé ; mais malgré cela les douleurs utérines qui s'étaient calmées, reparaissent vers 21 heures ; à 23 heures, petite hémorragie utérine. Les mêmes phénomènes se répètent dans la nuit, et dans la journée du lendemain ; mais ils deviennent très intenses la nuit suivante et aboutissent à l'expulsion d’un enfant vivant, bien conformé qui vit 15 minutes. Le placenta présente des traces de décollement avec caillots.