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CHAPITRE VI

LA CRISE NITRITOIDE RENALE HEMATURIQUE

L’accident de vaso-dilatation, en se localisant dans le territoire rénal, va déterminer une hémorragie qui s’extériorisera sous forme d’hématurie. C’est donc plutôt en général un symptôme, entre autres, de la forme hémorragique de la crise nitritoïde. Dans ce domaine, nous résumerons une observation de M. MirtAN, où l’élément hématurique s'accompagne de multiples hémorragies d’autres organes.

OBS. 1. — Une jeune fille de 24 ans, pesant 48 kgs, est atteinte d’une syphilis secondaire avec Wassermann +++ en janvier 1919. Elle est mise au novarsénobenzol dont elle reçoit une première série, avec total de 4 gr. 90 assez bien tolérée; puis une seconde série (dose totale 4 gr. 05), moins bien tolérée que la première : la malade accuse des céphalées et surtout une asthénie progressive. La troisième série est très mal tolérée : en dehors des céphalées, de l’asthénie, on note une réapparition des accidents syphilitiques dès les premières doses, comme si la malade était devenue arséno-résistante; on poursuit la série jusqu’à deux fois 0.90. A cette dose, la malade vomit et fait des hémorragies multiples : elle refuse alors tout traitement pendant 4 mois.

Elle entre à l'hôpital au début de 1920. Elle a encore

des accidents syphilitiques secondaires en évolution. Mais un véritable syndrome surrénal ébauché déjà au cours de sa 3° série de 914 s’est maintenant nettement développé : il existe une pigmentation cutanée siégeant surtout sur l'emplacement des éléments de syphilides qui avaient caractérisé la récidive au cours de cette 3° série. La malade accuse une lassitude extrême ; elle a cessé tout travail depuis trois mois ; elle se plaint de troubles gastro-intestinaux. La tension artérielle est à 14/7. La ligne blanche surrénale est nettement trouvée.

On institue alors une série de 20 cyanures de mercure qui améliorent l’état général et les accidents syphilitiques : mais ceux-ci n'ayant pas complètement disparu, on décide de reprendre le 914. Dès la première dose de 0.30, la malade accuse 2 minutes après l'injection un malaise très vif : face congestionnée, violacée, douleurs épigastriques avec nausées, céphalée intense ; des vomissements surviennent ensuite. Après 20 minutes, les phénomènes de vaso-dilatation de la face font place à une intense pâleur ; la température monte à 39°4, la tension tombe à 10/5. Deux heures après l'injection, apparaissent des hémorragies gingivales et, pendant l’après-midi et la nuit, elles vont persister, s’accompagnant de diverses hémorragies viscérales : intestinale (meloena), rénale (hématurie), et enfin utérine. Il existe de plus des éléments purpuriques culanés en divers points antérieurement traumatisés (sièges des anciennes piqûres intra-veineuses). La patiente accuse des douleurs lombaires très pénibles.

En 48 heures tous ces phénomènes cèdent. Mais plus tard, ils reprendront intégralement à l’occasion d’un nouvel essai thérapeutique et malgré une énergique préparation par l’adrénaline intra-veineuse et intra-musculaire (médicament auquel la malade ne réagit du reste que très faiblement).

Nous n’insisterons pas sur l’intérêt de cette observation, à divers points de vue. Pour celui qui nous intéresse ici, elle réalise un exemple de crise nitri-

sg pue

toïdes viscérales multiples, dont une rénale, succédant à une crise grave généralisée ; mais le point remarquable de cette observation, c’est le développement de cette insuffisance surrénale, cliniquement évidente, en même temps que la syphilis devenue arséno-résistante récidivait en accidents secondaires. Il devient logique dès lors d’attribuer à cette même syphilis les altérations du système sympathico-surrénal qui ont permis le développement de ces crises ; les mêmes faits qui ont expliqué nos précédentes observations se retrouvent ici, mais tout particulièrement nets, et l’on peut dire que les lésions syphilitiques du système sympathico-surrénal se sont établies sous nos yeux.

Nous avons décrit un tableau très complexe où lélément hématurique était un peu perdu dans la multiplicité des localisations.

Dans un cas de M. GOUGEROT cependant, le tableau se localise nettement sur le rein :

OBS. 2. —- Un confrère atteint de tuberculose fibreuse, avec poussées congestives et fébriles, du poumon. se met à un traitement anti-syphilitique, qu’il se fait du reste lui-même, pour des gommes musculaires du bras (qui se révéleront plus tard comme tuberculeuses). Il s’injecte 0.15, 0.30, 0.45 de 914. Dès la première injection : douleurs lombaires, rougeur du visage. A la 8°, la congestion de la face s’accuse, les douleurs lombaires deviennent intenses et une heure après le sujet fait une hématurie. Huit jours après, il s’injecte 0.45, après un mmgr. d’adrénaline et il se produit encore une congestion de la face durant 5 minutes, et des douleurs lombaires persistant pendant 24 heures, pénibles au début, et suivies d’une hématurie qui se prolonge pendant 12 heures.

Devant ces faits, on soupçonne une tuberculose latente des reins et on recherche dans les urines le BK.; mais trois inoculations du culot de centrifugation restent

négatives.

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