ARNAUD SORBIN
92^= Evêque de Nevers I 532-1606
Dans son second volume des Notices Nivernaises, Guyot Sainte-HcLcnc reproduit la biographie d'Arnaud Sorbin, èvêque de Nevers^ et après avoir relaté son inhumation à la cathédrale et reproduit le texte de V inscription qui existait encore de son temps, il ajoute^ sur le compte de cet évéque, un certain nombre de réflexions personnelles qui constituent un véritable pamp'ilet contre les auteurs de la Gallia Christiaiia {ouvrage oie il a puisé la biographie de V évéque Sorbin)^ contre ce prélat et, par ricochet contre Guy Coquille, auteur d'une Histoire du Nivernais qui est Justement célèbre. Ce pamphlet est inédit.
yV/ ^ Gallia Christiana ajoute à tout cela (2) que, penv^jn , dant le Pontificat de Sorbin, mourut à Nevers, K^ au mois de may 1603, Guy Coquille de Romenay (3), né à Decize, qui 0. magna fide etdiligentià ut
(i) « Arnaud Sorbin fut nommé à l'Evêché de Nevers « le 22 juillet 1578. Il fut sacré par Pierre de Gondy, « évéque de Paris, accompagné de Jacques Amyot, évéque « d'Auxerre, dans la chapelle de Notre-Dame, alors dite « de la Cuisine et aujourd'hui de la Miséricorde de l'E- « glise de Sainte-Geneviève et fut porté en son Eglise « le 8 octobre de la même année, 1578 ». {Note de Guyot Sainte- Hélène).
(2) Tout cela, épitaphe d'Arnaud Sorbin, à la suite de la biographie très élogieuse de la Gallia Clnistiana. Hic jacct Rêver endissinuis Pater, in Domino Dominiis, Arnaldus Sorbin dictus de Santa Fide episcopus niver)iensis, etc.
(3) Guy Coquille de Romenai, né à Decize en 1523,
de eo loquitiir Thuanus historiani patriam scripsit, accuratissimas de Gcdlicanœ Ecclesiœ jurihus ohservationes jusque municipale proprium interpretatus. ■>>
Il résulteroit de ce passage qu'aux yeux des auteurs du Gallia Xa, Coquille étoit une espèce de coriphée, et qu'entr'autres choses, ils regardent son Histoire du Nivernais comme un chef-d'œuvre ou à peu près, pour les recherches et l'exactitude.
Cependant, revenez au commencement de l'Histoire de Nevers (tome XII, de leur ouvrage, p. 625), ces mêmes autheurs vous y disent sans hésiter : ut nulla fere est Ecclesia quœ pluribus ditetur veteribus carthis , ita nulle quoque est de quâ minus meriti sint scrip tores, Vidonem Coquilium dico, Michaelum Cotignon (i) Canonicum et Archipresbiterum, Robertum Lingonentem Sammarthanos ac nuperis hisce temporibus Petrum de Frasnay (2). Horum a vestigiis quantum potuimus recessimus ut veritatis jiidagationi incumheremiis.
Coquille ne sait plus icy ce qu'il dit, ou autant vault;
mort à Nevers en mai 1603 à l'âge de 80 ans. Il fit ses études au collège de Xavarre à Paris, étudia le droit à Padoue, revint à Paris où il plaida avec succès quelques causes, se maria à Decize et se fixa à Nevers. Il fut député aux Etats d'Orléans en 1560 avec Guy Rapine de Sainte-Marie et se fit une brillante réputation par sa science, son intégrité et sa bonté. Il eut toute la confiance des Ducs et de la Duchesse de Nevers. Henri IV voulut le faire conseiller d'Etat mais il refusa. C'est une des gloires les plus pures de notre pays.
(i) [Michel Cotignon, originaire de Moulins-Engilbert, vint à Nevers comme archiprêtre de Saint-Cyr.
(2) Pierre de Frasnay, né à Nevers en 1676, auteur des Damnés de Nevers. Richard de Soultrait lui dédia une ode intitulée : la Jetniesse. « Les deux se valent, a dit Guyot Sainte-Hélène, je les crois respectivement quittes».
DE GUYOT SllNTE-lIÊLfCXE
et un peu plus loin : Magna ficlc et diligcntia historiam patriam scripsit... Il a fait accuratissimas ohservaiio- ■lu's... jîis municipale interpretatus est ; c'est un habile homme dans tous les genres.
Comment le Gallia Xa a-t-il pu se contredire à ce point ? Et je ne tiens pas quitte ses auteurs, je leur demande pourquoy, eux qui gourmandent Coquille, ne disent pas tout ce qu'ils savent ou doivent savoir sur le com})te de Sorbin ? pourquoy ils oublient qu'ils écrivent une histoire et qu'ils doivent représenter les gens tels qu'ils sont ou ont été ; pourquoy ils trompent le public sur le caractère de ces Gens qu'il suffit bien d'avoir flatté pendant leur vie ?
Je vais y suppléer :
Arnaud Sorbin, surnommé de Ste-Foi, étoit de ]^.Ionteig, petite ville du Quercy ; Mézerai dit qu'il fut surnommé de Ste-Foi parce qu'il avait été curé d'une paroisse de ce nom-là (i).
Dans un de ses poèmes, intitulé : Regrets delaFrance, etc. (imprimé à Paris, chez Guillaume Chaudière, in-S**, 1568), il se qualifie prestre de Monteig et Recteur de Ste-Foi en Gascogne, qui est dans le diocèse de Toulouse. On a eu de ses lettres, datées de 1572, dans lesquelles il excitoit les bourgeois d'Orléans à massacrer les Huguenots.
En 1574, la mort de Charles IX lui fît imprimer une pièce intitulée : Les mœurs et Vertus de Charles IX, dont il foisoit un Saint et qu'il prétendoit être mort martyr, ce qu'il soutint effrontément dans les deux oraisons funèbres qu'il en fit, l'une à Notre-Dame et l'autre à Saint-Denis, lorsque le corps y fut déposé.
Il se qualifie Docteur en théologie et prédicateur
(I) En mai-^o est écrit : « Joiirn. de Henri III, 2<^ vol., <i p. 430. Rem. sur le chcp. VIII >>, ce qui semble indiquer la source où a puisé Guyot Ste-HclOne.
ordinaire du Roi dans deux oraisons funèbres qu'il prononça et imprima pour Anne de Montmorency, maréchal de France, le 29 mars 1575.
Il fit à Notre-Dame de Paris, l'oraison funèbre de Marguerite de France, duchesse de Savoie ; le lendemain, celle de Claude de France, duchesse de Lorraine, et, en teste de l'imprimé de ces pièces, il prit la qualité de Docteur théologal de l'Eglise de Toulouse (i) .
En avril 1578, il prononça, sans vergogne, l'oraison funèbre du mignon Caylus. Sans honte et sans pudeur, il prononça en 1572, celle du mignon Saint-Maigrin, fit imprimer l'une et l'autre et les fit vendre et débiter à Paris chez Chaudière (2).
Il composa et imprima plusieurs ouvrages de controverse qui pouvoient estre très beaux pour le tems, mais qui sont beaucoup moins solides que remplis d'animosité.
Les catholiques fanatiques le regardoient comme un héros ; les catholiques tranquilles, voulant le bien et la conversion de leurs frères, comme un écervelé, un intrigant qui ne cherchoit qu'a tout brouiller et tout faire exterminer ; quant aux protestans, en luy accordant beaucoup d'esprit, ils le taxaient d'ignorance et de cruauté.
Après sa complaisance pour les Mignons d'Henri III, ce Prince ne pouvait lui refuser un évêché ; il luy donna
(i) Sorbin fit l'oraison funèbre de Charles IX ; celle de Marguerite de France, duchesse de Savoie ; celle de Claudine de Lorraine ; enfin, celle d'Henriette, duchesse de Nivernois. En 1592 il fut envoyé à Rome pour demander au Pape l'absolution de Henri IV. Il fut l'un des arbitres de la Conférence de Fontainebleau enti't le cardinal Dupcrron et Duplessis-Mornai. {Note de Guyot Sainte-Hélène). {Journ. de Henri IV. Tome II, sur la fin, p. 60 et suiv.) (2) V. St-Foix, tome I, p. 48 jusqu'à 52. Rec. d'épitaphes de Laplace, tome I, p. 401 ou 405 et 48, 49.
celui de Nevers ; mais il mourut le 2 août 15S9 et laissa la couronne à Henry IV, et ce fut alors que Sorbin déploya tous ses talens.
Envenimé, enragé ligueur, il fit tous ses efforts pour empêcher la ville de Nevers de reconnoitre le nouveau Roi. Il invectiva Henry IV en pleine chaire, il y damna tous ceux qui lui avoient juré fidélité : il fit la même chose devant Louis de Gonzague, qu'il avoit essayé de confirmer dans l'attachement qu'il avoit d'abord témoigné avoir pour la Ligue ; mais Sorbin avoit ce jour-là, on ne peut plus mal pris son tems, puisque le duc de Nevers, qui n'estimoit Sorbin que ce qu'il valoit et le définissoit un intrigant que d'autres intrigans foun oient partout, venoit de faire son accommodement avec le Roy, aussy Louis de Gonzague imposa silence à notre Evêque, fut sur le point de faire châtier Sorbin qui, cependant, en fut quitte pour le lendemain se re tracter dans la même chaire où la veille il avoitprêché la sédition, lemeurtreet l'assassinat (i).
Conçoit-on qu'un évêque se soit ainsi comporté ! Il
(i) « Voici comment les choses se ' passèrent : « Un jour, dans la chaire évangélique et en présence de Louis de Gonzague, Arnaud Sorbin critiqua vivement la conduite du Duc qui, disait-il, écoutait trop franchement les courtiers hérétiques. Le Duc Louis s'indigna d'une telle hardiesse, se leva, et d'une voix qui retentit sous les voûtes de la cathédrale, il imposa silence à l 'orateur. Sorbin confus descendit brusquement de la chaire, espérant peut-être qu'un mouvement protecteur de la part des fidèles allait se produire. Mais, sur l'intimation d'un regard, les gardes de Ludovic s'étaient approches de lui ; ils tenaient la main sur la poignée de leur pesant estoc ; personne ne bougea. Le lendemain, dit l'historien de Thou, l'évoque rétracta publiquement ce qu'il avait dit la veille... » Arnaud Sorbin quitta la Hgue après la conversion de Fleuri IV, et mérita si bien sa
avoit fait les oraisons funèbres des Mignons ! Son siècle étoit donc plus perdu que le nôtre oii il ne s'est trouvé ny Evêque, ny prêtres qui ayent osé entreprendre certaines oraisons funèbres.
Il revit, dit-on, le bréviaire de Nevers ! mais cette raison prouve que luy et tous ceux qui l'ont aidé a donner un nouveau bréviaire, étoient sans connoissances, puisqu'entr'autres balourdises, ils ont commis celle de placer St-Austremoine à la tête des évêques de Nevers ; puisque d'ailleurs, ils ont infecté leur ouvrage d'une quantité de mauvaises légendes, ainsy que M. Fontain j des Montées le remarque en son bréviaire (i);puisqu'enfinSorbin supprime presque tousles
« confiance, qu'en 1595 il fit partie de l'ambassade char- « gée d'obtenir l'absolution du monarque, du pape Clé- « ment VIII.» (La Loire historique, de Touchard-Lafosse, « liv. II, p. 635).
« (i) Charles Fontaine était d'Orléans, fils d'Antoine, <î seigneur des Mortiers et de Françoise Bouchetel de Mé- « rouville. Le roi le nomma évêque de Nevers, le 27 .( août 1719. Il prête serment au roi, en présence du Ré- '( gent,le 26 novembre de la même année, en l'Eglise des « Carmes déchaux.
« Il assista aux assemblées du clergé de 1726, 1734 « et 1745.
« Le plus riche des évêques de France, il donnait tout « ce qu'il avait aux pauvres et à son église ; toute sa vie ^< il n'a cessé de donner aux indigents et aux hôpitaux, « avec qui il partageait le revenu immense de son patri- « moine que ses charités continuelles diminuèrent consi- « dcrablement. Il donna à St-Cyr (de Nevers) de magnifi- « ques ornements, l'ostensoir dans lequel on expose le « Saint-Sacrement. Il mourut plein de mérites à Paris, « le 20 février 1740» au commencement de sa 78e année. Il « avait publié, en 1727, son « Nouveau Bréviaire », dont « le Journal des Savants a dit tant de bien. »
(Note deGuyot Saint-Hélène).
DE GUYOT SAINTE-HÏILkNE
anciens usages du diocèse de Nevers pour tout ramener au bréviaire romain.
On nous parle de son éloquence ; jugeons-en par échantillon. Avant Jacques-Paul Spifame, prédécesseur de Sorbin, et que l'on ne peut pas nier avoir été calviniste au moins jusqu'au jour de sa mort, il en étoit dans le diocèse de Nevers, comme dans tous les diocèses ; on y faisoit maigre tous les samedis de l'année, et ce fut Spifame qui introduisit en son diocèse l'usage de faire gras tous les samedis, depuis Noël jusqu'à la Purification (i).
Hé bien, d'après ce fait constant et ce que Sorbin a
(i) Jacques Spifame, 90^ évêque de Nevers, était issu d'une ancienne famille parisienne. Il fut nommé évêque de Nevers, le 5 mai 1546. Il assista aux Etats-Généraux assemblés à Paris le 5 janvier 1557. « Peu de temps après, raconte Guyot, il tombe dans l'hérésie. Le Doyen l'ayant entendu dire à ceux qu'il communiait : Accipe figiiram cor ports Christi, etc., au lieu de dire : Corpus Doniini, le reprit et lui donna même, dit-on, un soufflet en lui disant : Mentir is impudentissime (tu mens efErontément). Fâché de la catastrophe, Spifame, l'année suivante, 1557, céda son évêché à son neveu, Egidius Spifame, et prit une concubine avec laquelle il s'enfuit à Genève chez Calvin. D'abord bien reçu, il se vit ensuite obligé d'exercer l'état de meunier. Mais bientôt il s'ennuya dans son mioulin, il fit des réflexions, les regrets survinrent, les remords s'en mêlèrent, et Spifame ne put s'empêcher de témoigner qu'il était fâché d'avoir apostasie. Calvin en fut instruit, le traita d'espion ; les Genevois furent aussitôt persuadés de son espionnage, lui firent son procès et le décapitèrent. »
Il existe siir lui quatre vers, parus après sa mort :
« Spifame ne s'étant contenté de raison,
« Combien qu'il fût des rois conseil et gouvern-il,
« De Nevers à Genève, attira sa maison
« Et là, d'cvêque, fut à la fin cardinal. »
(Guyot Sainte-Hélène. — Jacques Spifame).
presché à cet égard, que l'on nous dise si Sorbin n'étoit pas un extravagant et un ignorant, au moins des usages de son diocèse.
Voicy comment il s'exprime, à la vérité dans le style de son tems : « Comme les Manichéens tâchoient a offenser l'Eglise par les jeûnes qu'ils faisoient, même les dimanches et fêtes, les chrétiens, bons catholiques, au contraire, les rechargeoient ; et, par d'honnêtes permissions, ils ont usé de viandes prohibées en jeûne, comme de manger chair en tem.s de Noé venant un vendredi ou un samedi ; et, en toute la province de Sens en France, d'en user tous les samedis jusqu'à la Purification ; c'est en haine et détestation des vieux et hypocrites Albigeois avec leurs abstinences fardées et de leurs ancêtres les Manichéens, desquels ils avoient emprunté partie de leurs hérésies. De même quand Revengarius voulut renouveler l'impiété des Capharnaïtes, l'Eglise n'oublia pas de les recharger &i^?ixécx\iei par particulières, voire extraordinaires dévotions...» Sorbin parle ensuite de la fameuse procession d'Angers, puis il reprend : « Ces recharges contre nos enne- « mis nous sont recommandées par St-Judes qui, à la « mode d'un bon chef de guerre, use de ce mot par « manière de dire: Guerrier, sw/'^/Cé^ritaye, comme qui « diroit : donner une recharge ou recharger en conihat- « tant ; aussi est dite la vie des chrétiens, une vraie gen- « darmerie en terre, bons chrétiens, s'entend, et non «chrétiens à simple semelle, etc.. »
Je passe l'éloquence du morceau, mais je ne vois pas que ce soit donner recharge, recharger les hérétiques avec une grande dévotion que de contrevenir aux commandemens de l'église, en mangeant de la chair le samedy ; j'aimerois autant que, par dévotion, et pour recharger les hérétiques, on ne se confessât ni ne communiât.
DU