PASSION DU JÉSUS
des vrais Catholiques (*)
^N ce temps-là, 12 mai 1791, Jésus dit intérieuref^^ ment à ses fidèles disciples, les prêtres catholiques de cette ville : « Vous savez que dans deux « jours on fermera vos églises, et le fils de l'homme « sera livré aux schismatiques pour être crucifié. »
Cependant, les princes des prêtres, vicaires de Sa Grandeur (i) et les anciens du département, du district et de la municipalité, s'assemblèrent dans la salle du grand prêtre appelé Caïphe Thollé (2) et tinrent
(*) Daiis la France Juive, Drumont cite un document Hivernais pour donner « une preuve de l'action juive et maçonnique pendant la Révolution >>. Cet écrit, dont le manuscrit est de la main de Guyot Ste-Hélcne, est intitulé :
« La passion du Jésus des vrais catholiques, crucifié par les Juifs schismatiques du département et de la municipalité de Nevers. >>
Les noms des acteurs sont pris dans le personnel de l'église constitutionnelle et de ses partisans. (P. Meunikr. La Nièvre pendant la Convention, p. 453, tome II).
(i) Sa Grandeur Monseigneur de Suffren, successeur de M. de Séguiran.
(2) Evêque constitutionnel du département de la Nièvre. Guillaume Thollé, fils de Claude Thollé, marchand tanneur à Moulins-Engilbert, et d'Anne Isambert, dont le père était chirurgien. Né le 12 août 1735. Vicaire à Vandenesse, il était connu pour sa bonté, sa gaîté et sa science. En 1790 il fut élu par le district de Moulins- Engilbert à l'administration départementale de la -
conseil ensemble, pour trouver moyen de se saisir adroitement de Jésus et de le faire mourir.
Ils disoient: « Il ne faut pas que ce soit dimanche, « de peur qu'il ne s'excite quelque tumulte parmi le « peuple, mais samedi prochain est le jour qu'il faut « choisir pour cette exécution. »
Or, Jésus étant toujours dans les tatjernacles catholiques, plusieurs femmes pieuses vinrent l'adorer. Quelques-uns des schismatiques les voyant entrer à l'église se fâchèrent contr: elles et leur dirent : «A quoi bon « perdre ainsi votre tems ! ne feriez-vous pas mieux de « vous occuper au travail, et d'en donner l'argent aux « pauvres ? » Ils parloient ainsi, non pas qu'ils se souciassent beaucoup des pauvres ; mais parce qu'ils aimoient plus l'argent que les prières. Jésus sachant ce qu'ils disoient, fit entendre ces paroles au fond de leur cœur : « Pourq uoi faites-vous de la peine à ces femmes ? « ce qu'elles veulent faire envers moi est une bonne « œuvre ; car vous aurez plus que jamais des pau- « vres parmi vous, et vous pourrez toujours leur faire « du bien ; mais pour moi, vous ne m'aurez pas long- « tems. Ces femmes viennent pleurer ma mort par « avance. Je vous dis, et je vous assure que tous les « honnêtes-gens du monde raconteront à la louange de « ces femmes ce qu'elles viennent faire. >>
Nic/rc. L'évêquc, Monseigneur de Suftren, refusant de prêter le serment exigé par la loi, on procéda à l'élection d'un nouvel cvêque (20 février 1791). ThoUé fut désigné par 130 voix contre 48 données à Claude Fauchet, ancien grand vicaire de l 'Archevêché de Bourges, et sacré à Notre-Dame de Paris le 27 mars 1791. Incarcéré pendant la Terreur, il fut relâché le 27 avril 1794, et se retira à Vandenesse dont il devint maire et où il mourut le 8 août 1805, regretté par tous. Il garda la croix épiscopale sur la soutane noire jusqu'à sa mort, et dit la messe chaque jour.
Alors l'un des seize vicaires de S.-Cir appelé Judas Goussot alla trouver le prince des prêtres appelé Caïphe Thollé et lui dit : «Que voulez-vous «medonner,et jevous mettrai le Jésus des catholiques « entre les mains ? » Le pontife Caïphe Thollé eut beaucoup de joie de la bonne volonté de Judas Goussot et il convint de lui donner 30 pièces d'argent, qui valent 60 écus. Dès qu'il les eût reçues, il alla vite les porter à un de ses créanciers, pour éviter l'exécution d'un décret de prise-de-corps. Depuis ce tems-là Judas Goussot ne s'occupoit que des moyens de livrer sûrement Jésus entre les mains du pontife Caïphe Thollé.
Or, samedi 14 mai étant arrivé, plusieurs des seize vicaires, princes des prêtres, allèrent dire la messe à St-Cir, et pendant le sacrifice Jésus leur disoit tout bas : « L'un de vous doit me trahir ce soir. » Cette parole les ayant troublés, chacun d'eux commença à lui dire : «Seroit-ce moi. Seigneur ? » Il leur répondit : <t Vous êtes tous capables de le faire, mais celui qui « dit la messe maintenant me doit trahir. » (C'étoit Judas Goussot). « Pour ce qui est du fils de l'homme, il « s'en va selon ce qui a été écrit qu'il faut qu'il y ait « des scandales, des schismes et des hérésies dans « l'église ; mais malheur à l'homme par qui le fils de « Dieu sera trahi. Il vaudroit mieux pour lui qu'il ne « fût jamais né. » Aussi, la mère de Judas Goussot le voyant passer comme il portoit J ésus au Calvaire, mau dit le jour où elle l'avait mis au monde. Mais Judas Goussot prenant la parole, dit à Jésus: «Est-ce moi « mon maître qui dois vous trahir ? » Jésus lui répondit : « C'est vous-même. »
Cependant les seize vicaires vinrent demander au pontife Caïphe Thollé : « Où voulez-vous que nous fas- « sions préparer un bon dîner ? » il répondit : «Allez au « club des amis de la Constitution ; vous y trouverez le «maîtredulogiset vous lui direz : Le pontife Caïphe
« Thollé, président du club nous envoyé vous dire : le « tems de fermer les églises s'approche : je veux faire « ici un bon dîner avec mes vicaires et les autres amis «de la Constitution, afin de régler une conduite avec le «fidèle conseil. Vous ferez préparer ce qu'il faut dans « la grande chambre haute. » Les vicaires firent tout ce que le pontife avoit dit. On n'épargna rien pour lui préparer à dîner avec ses dignes convives. Midi étant venu, il se mit à table avec eux tous et dit : « J'ai désiré avxc beaucoup d'ardeur, mes chers. « frères et amis, de faire le repas avec vous, avant « que de faire mourir le Jésus des catholiques. >> Or, le club des Jacobins est composé, commevous le savez tous, de jeunes étourdis et de vieux fous. Pendant le repas, on buvoit à pleines coupes le bon vin ; les têtes s'échauffèrent encore plus qu'à l'ordinaire ; la conversation roule sur la mort du Jésus des aristocrates, qu'ils auroient déjà voulu avoir entre leurs mains sacrilèges. Je vous laisse à penser comment ils le traitèrent lui et ses vrais disciples catholiques. Il s'excita aussi parmi eux une contestation ; lequel d'eux tous étoit le plus grand ? Le pontife Caiphe Thollé leur dit : « Les rois des autres nations les traitent avec empire, « et ceux qui ont autorité sur elles en sont appelés bien- « faiteurs. Il n'en est pas ainsi de nous autres, nous « n'avons plus de roi, ni de tyrans despotes ; mais nous « sommes tous frères, et celui qui commande n'est pas «plus que celui qui sert. Moi-même, quoique souverain « pontife, je suis comme celui qui sert. C'est vous qui « êtes les amis de la patrie, c'est pourquoi je vous « charge de gouverner le diocèse, » Après avoir chanté la chanson Ah ! ça ira, ça ira, ils allèrent tousse promener en attendant l'événement.
Alors, Jésus qui étoit encore dans les églises catholiques, dit au bon évêque et à ses prêtres : «Vous allez « tous être accablés aujourd'hui de la plus sensible
« douleur à mon occasion ; car l'intrus Thollé a dit par- V lant de vous : « En faisant mourir Jésus, je frapperai « le premier pasteur et les pasteurs en second, et les ^< brebis du troupeau seront dispersées. Peut-être <; qu'alors le troupeau me reconnoîtra pour son pas- « teur , et viendra enfin à moi. » J ésus se retournant vers ses fidèles disciples leur dit : « Ne craignez pas la per- « sécution ; après que je serai ressuscité, vous serez « dans la joie, et vos ennemis seront humiliés. » Pierre, Mgr L. J. de Suffren dit à Jésus : « Quand il <-. faudroit mourir avec vous, je ne vous renonceroi « point. » Et tous les autres catholiques dirent aussi qu'ils étoient prêts à aller en prison et à la mort même avec Jésus, plutôt que de l'abandonner jamais.
Cependant, on ordonna à la garde nationale de se mettre sous les armes. Alors Jésus commença à s'attrister et à être dans une grande affliction. Il dit à ses ministres catholiques : « Mon âme est triste jusqu'à «la mort. Restez dans mon temple, et priez avec moi. » Pour lui, se mettant à prier, il disoit à Dieu : « Mon « père, s'il est possible, faites que ce calice de douleur « s'éloigne de moi, néanmoins, que votre volonté s'ac- ^< complisse et non pas la mienne.» Aussitôt un ange du ciel fortifia Jésus dans cette agonie douloureuse ; ayant donc repris un peu ses forces, il dit aux prêtres catholiques prosternés dans son sanctuaire adorable : \< Retournez maintenant dans vos maisons ; voici « l'heure qui est proche ; le fils de l'homme va être « livré entre les mains des pécheurs schismatiques : « levez-vous promptement ; allez : voilà celui qui me \< doit trahir, tout près d'ici. »
Il n'avoit pas encore achevé ces mots, que Judas Goussot, un des seize vicaires, arriva fort échauffé et avec lui, une troupe de gens armés de sabres, de bayonnettes, de fusils. Us avoient été envoyés par le prince des prêtres, Caïphe Thollé, et par les anciens du peuple.
DE GVYOT SAINTE-HliLllNE
Le curé du lieu les voyant entrer dans son église, quoi qu'il n'ignorât rien de ce qui devoit arriver, s'avança et leur dit : « Qui cherchez-vous ? » Ils lui répondirent : « Votre Jésus. » Et Judas Goussot, qui connoissoit le lieu où étoit Jésus, vint droit au tabernacle, malgré les sages représentations du bon curé ; et là,s'adressant au Sauveur, il lui dit : «Je vous salue, mon Maître ! » Et il l'emporta. Jésus lui dit : «Mon ami, qu'êtes-vous venu « faire ici ? » En même temps, les satellites Oju.. en (i), Sade (2), etc., lièrent et garrottèrent Jésus, et tous les soldats qui étoient avec eux s'étant avancés, ils l'environnèrent et l'emmenèrent fort vite au milieu d'eux. Mais en passant sur le pontdeMouësse(3),fauxbourgSt-Lazare(4), Judas-Goussot qui avoit beaucoup bu ainsi que les autres, manqua de tomber dans l'eau.
Pas un de ceux qui étoient restés fidèles à Jésus ne se mit en devoir de le défendre ; car cet aimable Sauveur leur avoit dit : « Ceux qui se serviront de l'épée, «périront par l'épée ; croyez-vous que je ne puisse « pas prier mon père, et qu'il ne m'enverroit pas ici, « si je le voulois, plus de douze légions d'anges pour me « tirer des mains de ces furieux ? Il faut que les écri- « tures s'accomplissent ; elles déclarent que cela doit « être ainsi. Laissez-les faire, mon heure n'est pas « encore venue. » Néanmoins quelqu'un étoit sur le point de couper une oreille à Malchus Bonnaux (5), mais un prêtre qui ne s'étoit pas souillé par le serment, lui retint le bras déjà levé.
En même tems, Jésus s'adressant à cette troupe qui l'cmmenoit, lui dit : « Vous êtes venus ici armés de « sabres et de fusils, pour me prendre comme si
(i) Le mot est resté incomplet.
(2) Le texte portait : S. dé ; l'a a été ajouté à la main.
(3-4) On lisait M. ...se et St-La
(5) Le texte impiimé portait : Bo..aiix.
« j'étois un voleur! depuis tant de tems que je suis au « milieu de vous, n'avez-vous donc pas éprouvé que je « suis la douceur même ! Vous avez sans doute oublié « que je suis votre dieu, votre tendre père et le meil- « leur de vos amis. Que vous ai-je donc fait, ô mon « peuple, pour me traiter aussi indignement ? Mais << vous n'auriez point de pouvoir sur moi s'il ne « vous eût été donné d'en-haut ».
Alors, les fidèles disciples du Sauveur, dans le deuil et la plus grande tristesse s'enfuirent presque tous. Mais un jeune homme vertueux, qui avoit plus de courage que les autres, suivoit J ésus que l'on menoit au supplice et reprochoit à ses bourreaux leur cruelle impiété. Ceux-ci l'ayant entendu, voulurent mettre la main sur lui ; mais il s'échappa : seulement en se débarrassant d'eux, on lui déchira son habit.
Ces gens emmenèrent donc d'abord Jésus chez Anne Leblanc, curé deSt-Jean(i), qui comptoit être nommé cette année souverain pontife ; de chez Anne Leblanc, ils le conduisirent chez Caïphe Thollé, le grand prêtre où le conseil étoit assemblé. Ce Caïphe Thollé avoit déclaré qu'il falloit au plus tôt tirer Jésus des mains des catholiques pour amener tout le peuple à son obéissance. Le grand prêtre interrogea donc Jésus sur ses disciples, sur sa doctrine ; il lui demanda pourquoi ceux qu'on appeloit aristocrates ne vouloient point le reconnoître pour souverain pontife. Il lui demanda.aussi si sa doctrine enseignoit à rendre à César ce qui est à César. « Je ne « reconnois pour mes disciples, lui répondit Jésus, « que ceux qui ont pour évêque L. J. de Suffren ; ainsi « quiconque vous regarde pour évêque de ce lieu, ce- « lui-là n'est plus des miens, et il n'aura point de
(i) Paroisse de Nevers, aujourd'hui réunie à celle de la cathédrale.
« part à mon royaume céleste. Lisez mon évangile : « il dit, à la vérité, de rendre à César ce qui est à « César, l'honneur à qui est dû l'honneur, le tribut à « qui est dû le tribut ; mais il recommande sur-tout « de rendre à Dieu ce qui est à Dieu ; de ne pas « déplaire à Dieu pour plaire aux hommes ; d'obéir à « Dieu plutôt qu'aux hommes ; on y voit qu'il ne « sert de rien à l'homme de gagner l'univers entier « s'il vient à perdre son âme, qu'il faut plutôt «craindre celui qui peut perdre l'âme avec le corps « que ceux qui ne peuvent faire mourir que le corps. » Comme il eut dit cela, le ci-devant père Frédéric (i) lui donna un soufflet en disant : « Est-ce ainsi que « vous répondez au grand prêtre ? » Jésus dit à celui qui l'avoit frappé : « Pourquoi me frappez-vous ? Si «j'ai mal dit, est-ce à vous à me frapper ? Si j'ai bien « dit pourquoi résistez-vous à la vérité ? »
Cependant les seize vicaires, princes des prêtres et tout le conseil national cherchoient de faux témoignages contre Jésus pour le faire mourir ; et ils n'en trouvoient point qui fussent suffisans, quoique plusieurs faux-témoins se fussent déjà présentés. Enfin, il en vint deux qui dirent : « Les aristocrates « se sont vantés de pouvoir détruire la Constitu- « tion et d'en faire' une nouvelle en trois jours ! » Alors, le grand prêtre Thollé se levant, dit : « Que « répondront les aristocrates à ce qu'on dépose contre « eux ? » Un autre faux-témoin s'avança et dit : « La « femme d'un aristocrate a appelé le pontife qui pré- « side ici évêquede bois. » Alors le grand prêtre Caïphe Thollé déchira ses vêtements en disant : « Cette femme « a blasphémé, vous venez de l'entendre, elle a mal « parlé de l'oint du Seigneur. C'est ainsi que nous
(i) Le texte portait Fr....ic et on note : ci-dcv^ani cap...., ot on a écrit le mot capucin.
« traitent tons les aristocrates, qu'en jugez-vous ? »
Ils répondirent tous : « C'est avec raison que nous « avons fait fermer les églises de ces ennemis de la « patrie, leur Jésus est bien digne de mort. » Alors se tournant vers Jésus, Préfontaine (i), (2)
et Bérier (3), princes des prêtres, lui crachèrent au visage, et Préfontaine lui donna un grand soufflet en lui disant : « Christ, prophétise-nous s'il y aura « une contre-révolution, si les aristocrates feront « ouvrir les églises que nous venons enfin de fermer. »
Quelques catholiques qui n' et oient pas bien affermis dans la foi étoient là pour voir ce que deviendroit Jésus. Une servante du pontife Caïphe Thollé leur dit qu'ils étoient vrais disciples de Jésus. Ils le nièrent. Un démocrate enragé les appercevant quelque-tems après, dit : « Voilà des aristocrates. » Ils dirent que non. Enfin un autre leur dit : « Je suis sûr « que vous êtes disciples de ce Jésus ; je vous « ai vus avec lui dans les églises catholiques. » Ces gens, craignant d'être maltraités, affirmèrent en jurant qu'ils ne connoissoient pas Jésus. Aussi-tôt un tambour se fit entendre. A ce moment ils reconnurent leurs crimes et pleurèrent amèrement.
Judas Goussot, loin de se repentir d'avoir déjà livré une fois son maître, dit qu'il alloit encore le chercher dans les autres églises à fermer ; et il le vendit, diton, cinq fois dans la soirée, sans avoir pour cela envie de se pendre, comme avoit fait son prédécesseur.
Les princes des prêtres, vicaires de S.-Cir, prirent Jésus et le mirent entre les mains de Pilate Saute-
(i) Le texte portait : Pr ne.
(2) Mot biffé et devenu illisible.
(3) Bc..cr, et en note : Tous trois ci-devant religi..x gen..fains, qu'on a complété ainsi : religieux génovfc.ins.
rau (i). Le Pilate Sautereau (sic) ctoit à la tête du dcpaiiement, il n'étoit plus chrétien, car depuis longtems il avoit apostasie. Il avoit le premier conseillé aux chrétiens d'enlever Jésus de ses temples, et il n'a rien épargné pour que le funeste conseil fût mis à exécution : il a même, avant le tems, chassé Jésus de plusieurs églises.
Pilate Sautereau interrogea donc Jésus que ses bourreaux portoient et lui demanda :« Etes-vous le roi des « catholiques ? » Comme Jésus gardoit le silence, les satellites lui répondirent : « Vous l'avez dit : c'est <( lui-même. Nous l'avons enfin arraché du milieu des « catholiques, et nous les avons laissés dans la plus
grande consternation. » Pilate Sautereau dit à Jésus : « Pourquoi ne répondez-vous pas? Ne savez- « vous pas que ceux de votre religion vous ont remis « entre mes mains, et que je pourrois vous délivrer « de la mort ? » Mais Jésus ne répondoit toujours :ien. Pilate Sautereau demanda aux ennemis de Jésus : « Mais qu'a-t-il donc fait ? » Ils répondirent : « Il « pervertit le peuple, favorise les aristocrates et ne veut « pas recevoir la constitution civile du clergé. »
Alors Pilate Sautereau envoya Jésus à Hérode Rajuteau (2), vice-président du département. Hérode ^abuteau eut d'abord une grande joie de voir Jésus, :ar il croyoit qu'il alloit enfin approuver la constituion. Il lui fit donc plusieurs questions ; mais Jésus le répondit rien. Pour lors Hérode Rabuteau le néprisa ; et le renvoya à Pilate Sautereau en se nocquant de lui: Pilate Sautereau et Hérode Rabueau n'étoient pas ennemis, car ils s'accordoient fort )ien tous les deux à détruire la religion de Jésus.
Le Sauveur ayant donc été ramené à Pilate Sautereau
( I ) Le texte hiiprimé portait Sa.
(2) Le texte portait Ra...eau.
il l'interrogea de nouveau, en lui demandant s'il étoit vraiment fils de Dieu et roi des chrétiens. Jésus lui répondit : « Pourquoi me faites-vous cette question, « vous qui ne croyez pas même en mon père ? Oui, « je suis vraiment le fils de Dieu, et au grand jour des « vengeances, vous me verrez descendre du ciel, plein « de gloire et de majesté pour juger tous les hommes, «et vous particulièrement.» Depuis ce moment, Pilate Sautereau témoignoit quelque envie, en apparence, de délivrer Jésus de la mort. Mais les soldats crioient et les princes des prêtres encore plus fort : « Si vous le « délivrez, vous cesserez d'être l'ami de la nation. »
La fille de Pierre Sautereau vint le trouver et lui dit : « Pourquoi vous occuper de l'affaire de cet homme « aristocrate ? n'avez-vous pas des choses plus impor- « tantes à régler ? Abandonnez-le à la discrétion de ses « bourreaux. Vous n'ignorez pas que j'ai de fortes « raisons pour désirer ardemment d'être délivrée d'un « censeur si incommode de mes innocens plaisirs. »
Enfin, Pilate Sautereau dit aux soldats : «Qu'allez- « vous faire de Jésus qui est appelé Christ ? » Ils répondirent : « Qu'il soit crucifié, qu'il soit crucifié ! que son «sang retombe sur nous et sur nos enfants. » «Eh bien, « allez donc le crucifier vous-mêmes », répliqua Pilate Sautereau ; mais, avant de le leur livrer, il le fit cruellement fouetter par trois jeunes lévites, aussi infidèles aux devoirs de l'honneur qu'à ceux de la religion : Durand, Frossard, et Frebault (i).
Il ajouta ensuite : « Selon les lois, Jésus doit rester
(i) Le texte imprimé portait Du..nd, Fr...ard et Fr..ault. En bas du feuillet 17 se trouve cette note : « Ils « viennent d'être nommés régens provisoires du collège. « Nourris, vêtus, entretenus depuis leur enfance par les « évêques de Nevers, il étoit digne d'eux de se ranger « parmi leurs persécuteurs . >>
DE GUYOr SAINTE-HÉLÈNE
«encore dans quelques églises, mais Barrabas Meu- « nier (i) l'apothicaire, m'a conseillé aussi de le chasser « de ces lieux; qu'en pensez-vous ? » Ils répondirent : « Barrabas Meunier vous a donné un excellent con- « seil ; nous allons encore chercher le Christ dans ces « derniers aziles. »
Cependant deux apostats, vicaires de St-Cir, La Planche et Bontems, après avoir abjuré la couronne monastique, enfoncèrent une couronne d'épines sur la tête de Jésus, et le sang couloit de tous côtés sur sa face divine. Les soldats lui crachoient au visage et se moquoient de lui en disant : « SaltU au roi des aristocrates ! » En se jouant ainsi et en le frappant rudement, ils l'emmenoient pour le crucifier, et ils disoient au peuple : « Eue homo ; voici l'homme ; nous le tenons, il ne nous échappera pas. »
Pilate Sautereau avoit fait faire une inscription pour la mettre au haut de la croix, conçue en ces termes : « JÉSUS DE Nazaret, roi des chrétiens. » Quelques-uns des princes des prêtres, savoir : Gallois, Bar...ot (2), Claudin (3) et Co...te (4), ayant lu cette inscription en françois seulement, car ils n'entendoient ni le grec ni le latin, dirent à Pilate Sautereau : « Ne « mettez pas dans l'inscription : roi des chrétiens, mais « qu'il s'est dit roi des chrétiens, car nous n'avons pas « d'autre roi que l'assemblée nationale, et pour ce « Jésus, depuis long-tems nous nous sommes soustrait « à son empire. » Pilate leur répondit : « Ce qui est «écrit est écrit. »
Jésus étoit suivi, en allant au Calvaire, de plusieurs
(i) Le texte portait M....er.
Le texte primitif portait : (2) Bar...ot (nom qui n'a pas été complété), (3) Cl. ..in et (4) Co...te, nom également resté incomplet.
femmes qui se frappoient la poitrine et qui le pleuroient . Mais cet adorable Sauveur leur dit : « Femmes pieuses, « ne pleurez pas sur moi, mais pleurez sur vous-mêmes « et sur vos enfans ; car il viendra un tems, et ce tems est « proche où vous serez si malheureuses, vous et vos A enfans, que vous direz aux montagnes : tombez sur ': nous ; et aux collines : écrasez-nous. Car, si moi, la '■ sainteté et la bonté même, suis ainsi livré à mes « cruels ennemis, quel traitement doivent attendre les <.< pécheurs ! »
Parmi ceux qui conduisoient Jésus à la mort, il se trouvoit quelques Simons cyrénéens, qui gémissoient intérieurement des maux qu'on lui faisoit souffrir dans cette passion. Charbonnier, l'enfant de chœur, portoit les clous pour le crucifiement.
Lorsqu'ils furent arrivés au Calvaire qui étoit le temple des schismatiques, ils y crucifièrent Jésus. Ce fut Duguet, curé de St-Sauveur, qui l'attacha à la croix et le sacristain Bonnot éleva la croix en l'air. Plus d'un larron étoientàcôtédeJésus,à droite et à gauche. Pour Jésus il disoit à Dieu : « Mon père, « pardonnez aux bourreaux qui me crucifient, quoi « qu'ils sachent bien ce qu'ils font. »
Quand le crucifiement fut achevé (et il étoit au moins lo heures du soir), les impies satellites se disoient l'un à l'autre : « Retournons vite dans les églises «enleverles vêtements de Jésus. Dépouillons-les, par- « tageons-nous leurs richesses, et dans quelques jours, <' nous démolirons les édifices religieux que la supers- « tition de nos pères a construits. » Le peuple et ceux des magistrats qui étoient sur le nouveau calvaire, se moquoient de Jésus en disant : « Qu'il fasse main- <' tenant une contre-révolution, comme ses disciples s'en « sont vantés ; qu'il se sauve de nos mains, lui qui « sauvoit les autres, et nous croirons en lui. » Les prêtres eux-mêmes outrageoient plus que les autres
leur divin maître, et le vieux apostat Frédéric (i) l'abreuve de fiel et de vinaigre ; de sorte que Jésus pouvoit dire : « Ceux que j'ai nourris, que j'ai engraissés, « ceux à qui j'avois donné ma confiance, les hommes « ingrats m'ont méprisé, m'ont outragé, me font souf- « frir la mort la plus cruelle. » C'est ainsi, chrétiens, que ceux qui se disent les enfans, les serviteurs de votre Dieu, le cmcifient en feignant de l'honorer. Les juifs ne crucifièrent pas Jésus qu'en un seul endroit et qu'une seule fois, et les François l'ont déjà crucifié en des milliers d'endroits et des milliers de fois. La synagogue, en faisant mourir Jésus, le regardoit, non comme un Dieu, mais comme un imposteur. Mais la France en confessant sa divinité le traite d'une manière infiniment plus cruelle.
Alors le soleil de la foi s'éclipsa, et cette ville fut couverte des ténèbres du schisme et de l'hérésie. Jésus du haut de sa croix, pensa à toutes les vierges chrétiennes qui lui étoient unies par les liens sacrés et indissolubles de la religion : il n'oublia pas les saintes femmes qui gémissoient des sanglans outrages qu'on lui faisoit, et qui, prosternées comme les religieuses devant leur crucifix, lui faisoient am.ende honorable. Il les consola toutes en leur disant que, s'il mouroit pour la France, il ressusciteroit pour d'autres pays, auxquels il communiqueroit la grâce de la foi que les François rejetoient. Enfin cet aimable sauveur dit : « L'ini- « quité est consommée » et il mourut. Après sa mort, Maublanc (i), officier municipal, lui perça le côté d'une lancette.
A ce moment, le voile de l'erreur tomba de devant les
(i) Lo texte portait Fr c : on a complété à la plume
et ajouté en marge do la ligne suivante lo met capucin.
(i) Dans le texte imprimé Ma...anc et une note porte : « Il est chirurgien. >>
yeux de quelques citoyens : leur âme fut émue et ébranlée ; leur cœur, jusqu'alors de pierre, se fendit et s'ouvrit à la grâce, à laquelle ils avoientlongtems résisté. Un bon patriote, témoin du spectacle de cette mort, fit de sérieuses réflexions et se dit à lui-même : « Jus- « qu'à ce jour, j'avois cru, comme on ne cessoit de « nous le dire, que l'assemblée nationale vouloit per- « fectionner la religion de nos pères ; mais je vois « qu'elle fait tout le contraire. On ne rend certaine- « ment pas la religion florissante en pillant, en volant, « en profanant les églises, en les fermant, les démolis- « sant et faisant le projet de les vendre dans peu aux « paysans, aux Juifs, aux Turcs, aux Huguenots, en « en faisant faire des salles de comédie et des lieux « encore plus infâmes. Quoi donc, est-ce honorer la « religion, que de traîner dans les iTies les ornements « du culte, les images, les vases sacrés et les reliques des « saints. Ces nouveaux prêtres, qu'on nous dit si « patriotes ramèneront-ils le clergé à sa première sim- « plicité, à sa première innocence ? Mais ils sont mille « fois plus faquins, plus efféminés que ceux que l'on « décrie tant. La plupart sont des libertins avérés, « des gens de théâtre pour qui rien n'est sacré. De tous « les prêtres qui passoient pour vertueux dans l'an- « cien régime, aucun n'a prêté le serment, et, si quel- « ques-uns qui paroissoient pieux, ont juré, sans vou- « loir maintenant se rétracter, ce sont des ignorants et « des hypocrites ! Enfin, plusieurs se rétractent chaque « jour, et reviennent à la communion des catholiques. « Le pape, que nos pères ont toujours regardé comme « chef de l'église, a dit formellement que la religion « étoit attaquée en France ; il faut bien que cela soit « vrai. Tout est dit : je ne veux plus être de la nouvelle « religion ; je retourne à celle de nos pères, à cette « religion sainte dans laquelle j'ai été élevé. Je ne « vous écouterai plus, vous autres schismatiques ; je
bE GUYOT SAINTE-HÉLÈNE
« reconnois et confesse maintenant que le Jésus des « catholiques est le seul qu'il faut suivre. » '' Après la mort de Jésus, un homme riche, de ses fidèles disciples, supplia Pilate Sautereau qu'il lui permit d'enlever le corps de son divin maître. Pilate Sautereau le lui ayant accordé, il descendit de la croix le corps de Jésus. Ilétoitaidé par un autre disciple qui avoit apporté ce qui étoit nécessaire pour ensevelir le corps du Sauveur. Ayant donc pris le corps, ils l'ensevelirent dans des linges précieux, et le cachèrent jusqu'à ce qu'ils pussent le déposer dans l'église que l'on promet de vendre aux catholiques.
Le lendemain, les princes des prêtres, vicaires de St- Cir et les municipaux s'assemblèrent chez Pilate Sautereau et lui dirent : « Seigneur, nous craignons que les « aristocrates ne fassent ouvrir les églises : comman- « dez donc qu'elles soient gardées, de peur que, les « ayant ouvertes, ils ne disent au peuple que leur Jésus « est ressuscité. Si cela étoit, nous aurions beaucoup « plus de peine à les fermer de nouveau. » Pilate Sautereau leur dit : «Vous avez la garde nationale, allez, faites-les garder comme vous l'entendrez. » Ils s'en allèrent donc, scellèrent les portes de l'église, et y mirent les gardes.
Les saintes femmes vinrent au grand matin adorer Jésus dans les églises des religieuses encore catholiques. Elles pleuroient les outrages qu'on avoit faits la veille à ce bon Sauveur. Des fidèles disciples et sur-tout les bons prêtres y allèrent aussi. En passant auprès des églises fermées et profanées, ils disoient : « Ils ont « enlevé le Seigneur de ces lieux, et l'ont fait mourir. « Avons-nous donc encore l'espérance de le voir
* ressuscité. Quand viendra-t-il ce beau jour ? Quel c< triomphe pour la religion ! Quelle joye pour nous 8 tous ! Promettons à Jésus que nous lui resterons tou-
* jours fidèles, malgré la persécution qui nous attend. »
critiques et pamphlets
Grande pénitencerie de l'église cathédrale de Nevers. Sous l'invocation de Saint-Cyr.
Confesseurs : MM. Thollé, évêqiie constitutionnel, pour les intrus et les ravisseurs.
Préfontaine et (i), pour les filles de joie.
Baisier et BoNTEMS, pour les moines apostats et les hypocrites.
Frédéric, ex-capucin, pour les ivrognes.
GoussoT, pour les banqueroutiers.
DuGUET et Le Blanc, pour les concubinaires.
La Planche, ex-bénédictin, pour les comédiens, les escrocs et les chevaliers d'industrie.
Les autres pécheurs pénitens recevront les avis qui peuvent les concerner, quand les autres confesseurs de Saint-Cyr seront connus.
(i) Le nom, sérieusement raturé, est illisible o 162 o
HEVERS