‹ Les critiques et pamphlets de Guyot Sainte-HélèneChapitre 16 sur 24 · LA PORTE DE PARIS · texte numérisé non relu

LA PORTE DE PARIS

Guyot Sainte-Hélène, après avoir dans ses Notes Nivernaises manuscrites signalé les murailles, tours et fossés qui fortifiaient jadis la ville de Nevers, parle des principales portes qui existaient alors : celles de Loire, du Croux, de Nièvre et de la Barre (2).

Puis, arrivant aux deux portes bâtardes, il mentionne d'abord celle du Pont-Cizeau, qui fut rasée dans la suite et poursuit ainsi :

yiy, 'autre porte bâtarde, qui étoit vis-à-vis le chemin ^1 n - actuel pour aller à Paris, et qui s'appeloit la s^y porte des Ardilliers a été détruite en 1746, pour bâtir à la place une porte massive, gigantesque et sans proportions, que l'on vante cependant comme quelque chose de magnifique.

Quant aux inscriptions de cette porte qui, dit-on, ont coûté mille écus, payés par la ville à Voltaire, qui en est l'auteur, quand celui-cy auroit décidément voulu se moquer des Nivernistes, et leur voler leur argent, il n'eût pas mieux travaillé.

Je ne me souviens pas des deux inscriptions, l'une

(i) Que de voyageurs, en passant sous cette lourde arcade, ont dû faire les critiques que nous reproduisons. (2) Correspondant aux quatre quartier?

en proselatine, l'autre en vers françois(i), qui sont sur les deux faces intérieures de la porte ; mais je me rappelle fort bien qu'étant au collège, nous nous en amusions (2).

Quant à celles qui sont au haut de la porte, elles m'ont tant affecté, tout jeune que j'étois, qu'il me semble encore les lire.

Du côté du chemin de Paris, de grandes lettres noires vous présentent ces deux vers :

Au grand homme modeste, au plus doux des Vainqueurs Au Père de l'Etat, au Maître de nos cœurs.

On croiroit que quatre personnes partagent cette grosse offrande. Fut-il jamais pareil amphigouri dédicatoire d'une porte de pierre, plantée au milieu de deux pans de murs qui sont en ruine, entourée d'une boue éternelle, par laquelle on entre immédiatement dans un boyau qui put, et est formé par deux rangs de vieilles mazures, garnies de cabarets borgnes, de pauvres maréchaux, charrons, fruitiers et savetiers, faisant les honneurs de la ville à l'étranger qui, en arrivant droit son chemin, est obligé de se détourner aussitôt ou d'aller donner du nez sur le coin

(i) Voici quelques-uns de ces vers :

Dans ces temps fortunés de gloire et de puissance Où Louis répandant les bienfaits et l'eSroy Triompha des Anglais aux champs de Fontenoy Et faisait avec lui triompher la clémence, Les peuples de Nevers en ces jours de victoire. Ont voulu signaler leur bonheur et sa gloire.

Ces vers furent payés, paraît-il, cent louis à Voltaire ! Il est certain que c'est cher !

(2) Ceci laisse à penser que Guyot Sainte-Hélène n'habitait plus Nevers à cette époque.

de l'église des Jésuites qui vaut cent mille fois mieux que cette grosse porte aussi mal équipée (i).

Si de cet ex-voto extraordinaire vous passez à l'inscription qui est du côté de la ville, c'est bien autre chose. Toujours en grosses lettres noires vous lisez :

Dans ce grand monument qu'éleva l'abondance, Reconnaissez Nevers et jugez de la France.

Voltaire n'avoit sûrement pas \'xi la misère du local et n'avoit sûrement pas compté avec les habitans de Nevers ; aussy tous ceux qui passent sous cette porte en quittant la ville sont tout surpris de l'échantillon de la France que la porte a donné là.

N.B. — • Les portes du Croux, de la Barre et de Nièvre restaient encore avec tous leurs bâtiments de défense, celle de Loire qui était vis-à-vis le Pont, n'existait déjà plus.

Du temps de Coquille, le Pont était de défense : composé de 20 arches, le plus long, le plus large, le plus iiaut et le plus beau sous lequel passât la Loire.

Si la porte de Paris mérite les sarcasmes de Guyot Sainte-Hélène, il est une autre porte, que passant par Nevers le voyageur peut encore admirer, la porte du Croux seul reste à peu près des importantes fortifications qui entouraient Nevers ; elle fut élevée en 1194 par le comte Pierre de Courtenay, petit-fils de Louis le Gros, roi de France.

Cette porte est une merveille de l'architecture moyenâgeuse et peut seule donner l'idée des moyens de défense qui existaient à cette époque, ayant l'invention de l'artille-

(i) Cette église des Jésuites a été bâtie et peinte aux frais de Louis de Gonzague ; elle a la forme qu'avoit l'église du Noviciat à Paris, rué du Pot-de-fer.

rie. Au temps, pas encore très lointain, où son enceinte ëtait entière, Nevers dominant la Loire, avec sa cathédrale et son palais Ducal, son beffroi et ses tours, ses maisons groupées autour des églises, avait un aspect qu'elle a perdu. C'était bien la ville du Chevalier Hélias, dont parle la légende.

a Un jour, dans un château sur les bords du Rhin, les sei- « gneurs rassemblés pour un tournoi virent tout d'un coup « paraître sur le fleuve une nacelle qu'un cygne tirait par le « col avec une chaîne d'argent et dans laquelle était un che- « valier inconnu, armé de toutes pièces. Dès que ce chevalier « eut mis pied à terre, le cygne et la nacelle disparurent à « l'instant. Cependant, le chevalier ayant fait de grands et « non pareils faits d'armes, demanda et obtint en mariage « une fille de grande maison dont il eut plusieurs enfants. Au « bout de quelques années le cygne et la nacelle s'étant pré- « sentes, ce chevalier, qu'on appelait Hélias, remonta dans la « nacelle qui s'éloigna rapidement et depuis on n'en entendit « plus parler. C'est l'origine de la maison de Clèves. »

(L. DE Sainte-Marie. Recherches historiques sur Nevers,

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