DES
COMMENTAIRES DE CÉSAR ?(o
(Lib. 7 de Bel-Gall.)
(Extrait des Notices Nivernaises manuscrites de GuYOT Sainte-Hélène).
L'INSCRIPTION ANDE CAMULOS
yT>\ ANS les Commentaires, on lit :
HTl^i Noviodunum erat oppidum Œduorum ad ^^' ripas Ligeris, opportuno loco positum. HucCœsar omnes obsides Gallioe, etc.. (2).
(i) Nous avons cru devoir joindre aux pamphlets le Noviodunum Œduorum, question toujours passionnante et pleine d'actualité pour les Nivernais, sur laquelle nos meilleurs auteurs ne se sont pas mis d'accord. Guyot consacre ensuite quelques pages à la fameuse inscription romaine " Ande Camulos ", trouvée à Nevers, qui a fait également l'objet de bien des controverses.
(2) Noviodunum était une ville fortifiée des Eduens, heureusement située sur les rives de la Loire. César y avait déposé tous les otages de la Gaule, etc..
A cette époque, Noviodunum Œduorum est mis à sac ; l'histoire n'en dit plus le mot, sous ce nom. Les plus anciens auteurs que l'on connaisse n'en font plus mention que sous le nom de Nevedunum, qu'en traitant Nevedunum à' antiquissimum castrum, de très ancien camp.
Tels sont : Aimoin qui vivoit au xi* ou xii« siècle ; Hugues aussi moine de Fleury, qui écrivoit au commencement du XII* ; Gilles de Paris, qui vivoit à la fin de ce même siècle ; Robert Gagtiin, Papire Masson, Joseph Scaliger, Aubert Le Myre, Vigenaire, Cellarius, Ortelius, Belleforêt, Thevet, Adrien de Valois, Sanson, Baudran, dom Martin Bouquet et autres auteurs qui tous étrangers à la ville de Nevers n'ont eu aucun intérêt à en relever l'antiquité et ont été d'avis que cette ville étoit le Noviodunum Œduorum !
Cependant, le Gallia Christiana (imprimé en 1770), Tome XII, diocèse de Nevers, dit page i : Sunt tamen qui duhitantnecsinefundamento (i) et à la page suivante : Noviodunum illud idem esse ac Nivernum ad Ligerim non constat (2).
Si nous examinons les historiens du pays de Nivernois nous trouvons d'abord Guy-Coquille, qui est de l'avis des anciens auteurs ; c'est lui qui, écrivant sur la fin du xvie siècle et n'aj'ant pas les ressources que nous avons acquises depuis 1670, a défriché le terrein et créé l'histoire de Nivemois que ceux qui sont venus après lui dévoient perfectionner en l'applaudissant et profitant de ses travaux.
(i) Il y en a cependant qui en doutent, et non sans raison.
(2) Il n'est pas certain que Noviodunum soit la même ville que Nivernum-sur-Loire.
DE GUYOT SAiyTR-HI^.I.t:NF.
Après Coquilleaparu Guy deCotignon(i),deSt-Saulge. Celui-cy, jaloux de faire Nevers presque aussi vieux que le monde a prétendu en la préface de son Catalogue historial des évêques imprimé en i6i6, que, dans l'origine Nevers s'appeloit Noxins, qu'il a voit été brûlé l'an du monde 3577, qu'il avoit étérebaty sous le nom de Noviodunum et brûlé par les Eduens, qu'enfin rétabli il avoit été appelé Niveditnwn, Nevidunum, Nivernia, Nivernium, Nevernum, Nevernus, Nivemus, Nivernum et avoit encore porté d'autres noms.
Cotignon nous donne aussy des évêques bien longtems avant que les peuples de ce pays fussent chrétiens.
Est ensuite survenu Pierre de Frasnai (2) qui, se croyant poète, fabuliste, antiquaire, historien, etc., etc., s'est avisé de semer ses écrits dans les Mercures, a débuté en 1737, par une lettre sur les Boïens, en est venu à l'Histoire des Evêques de Nevers : s'est donné carrière dans les Mercures de septembre et décembre 1738, janvier, février, avril, juin 1739, février 1740 et n'eût probablement pas finy de sitôt, si dom Duval et l'abbé Lebeuf, scandalisés de ses eiTeurs, de son assurance et n'y pouvant plus tenir ne luy eussent, par leurs lettres, en avril et mai 1740, fermé la bouche de manière que l'on n'a plus entendu parler de luy.
(1) Michel Cotignon et non Guy, d'une famille originaire de Moulins-Engilbcrt dont ime branche était alors à Nevers.
(2) Pierre de Frasnai. né à Nevers en 1676, devint président au Bureau des finances de la Généralité de Bourbonnois. Voulut faire à ce moment l'Histoire des Boïens. anciens habitants du Bourbonnois, parce que, dit-il. il avait dans ce pays des terres, une charge, des parents et des amis. S'occupe ensuite de l'Histoire des Evêques de Nevers, sa patrie. (Sainte-Marie. Recherches historiques sur Nevers).
Frasnai dit simplement que Nevers étoit la capitale des Vadicasses ; et, ne s'oçcupant pas de le prouver, il ajoute à cela que César y mit ses otages... et que cette ville fut brûlée par les perfides Autunois.
Enfin a paru Née de La Rochelle qui, en 1747, a fait imprimer des Mémoires pour servir à l'histoire du Nivemois, où il se trouve presque autant de fautes que de pages.
Les lettres de Toussaint Duplessis, imprimées aux Mer cures de juin 1740 et mars 1750, n'ont pas mis ces mémoires en bonne odeur. Ce savant Bénédictin prétend que l'auteur des Histoires romanesques du Maréchal de Boucicaut et du faux Demetrius, écrites dans le goût d'Hyppolite {sic) comte de Duglas y est très reconnoissable et l'on conçoit qu'un romancier, accoutumé à maîtriser sa matière est à cent lieues de la capacité d'écrire l'Histoire qui, continuellement, l'assujettit. Cet auteur, qui certainement avoit lu les Mercures y avoit vu que l'abbé Lebeuf, dont nous allons parler à l'instant, ne convenoit pas que Nevers fût le Noviodunum Œduorum ; il dit donc tout simplement que des auteurs prétendoient que Nevers étoit le Noviodunum ; il ne décida, ne traita ny même n'envisagea pas la question.
Toute sa vie, l'abbé Lebeuf a travaillé sans relâche, instruit au delà de l'expression en tout ce qui a rapport à l'antiquité ; il ne faut pas moins s'en défier quant à la géographie ancienne, à l'égard de laquelle il faut partager sa vie littéraire en trois époques bien distinctes et ses écrits.
Jusques à l'âge de 30 ans, enfermé dans son cabinet, il s'est fait un fond immense : il a beaucoup disserté, imprimé dans les Mercures mais soit modestie, soit crainte, soit tout autre motif, il n'a mis son nom à aucun de ses ouvrages ; on ne les a, par la suite, reconnus qu'à son style.
Vers l'âge de 30 ans, il s'est montré avec une espèce de fureur ou de manie pour contester à peu de chose près, tout ce qui étoit reçu en matière de géographie ancienne ; il sembla qu'il avoit juré de ne laisser aucune ville dans le lieu où tous les auteurs ses devanciers, sans aucune difficulté et d'un commun accord s'étoient crus obligés de la placer ; il n'a pas même laissé tranquille la ville d'Auxerre que, ne pouvant totalement débusquer, il a au moins voulu rapprocher des bords de l'Yonne, sous prétexte que les premiers chrétiens se formoient un quartier séparé de celui des Infidèles.
Son style diffus et non digéré, ses citations continuelles, ses étimologies, son ergotisme en imposent quelquefois à ceux qui n'y regardent pas ; mais de tems en tems, il trouva des gens qui y regardèrent, des adversaires dignes de luy. Quand il se trouvoit forcé, loin de s'avouer vaincu, son refrain ordinaire étoit qu'il ne cherchoit qu'à s'éclairer, et comme jamais il ne se trouvoit assez éclairé, jamais il n'a cédé à personne.
Parvenu à l'âge de 50 ans, l'abbé Lebeuf, las sans doute de contester avec le genre humain, se détermina enfin à laisser le monde tel qu'il le trouvoit arrangé par les anciens et ne s'occupa plus que de faire des découvertes !
En 1727, dissertant sur le Vellaunodunum et le Genabum des Commentaires de César (2* vol. de ses Dissertations, p. 196, imprimées en 1738), l'abbé Lebeuf s'exprime ainsi : « La ville de Nevers, en quittant son ancien nom, a pris celui de Neverni, par rapport à la rivière de Nièvre (Neveris) à l'embouchure de laquelle elle est placée. Quelquefois la ville a donné le nom à la rivière, et d'autrefois la rivière ou le ruisseau a donné le nom à la ville. »
Quel étoit l'ancien nom de la villede Nevers lorsqu'elle en changea ? C'est ce que l'abbé aurait dû nous dire et c'est ce qu'il ne nous a pas dit ; ce qu'il auroit été
bien embarrassé de nous dire autrement qu'en l'appe- j lant Noviodunum. Il paroît qu'écrivant en 1727, il étoit alors de l'avis des anciens et il ne s'explique pas davantage en 1738, lorsqu'il fit imprimer ces dissertations.
Dès 1735, l'abbé Lebeul, contre l'avis de tous les géographes avoit prétendu que le Noviodunum Suessionum étoit Noyon et non pas Soissons . Pressé par , l'avis de dom Duplessis, qui étoit de l'avis des anciens, j il se retranche sur le mot dumtm qui indiquoit que ce Noviodunum devoit être sur une montagne, tandis que Soissons étoit dans une vallée ; et sur cela, nouvelle contestation entre les deux savans. Malheureusement dans la lettre du 15 novembre 1735 insérée au Mercure de décembre suivant il échapa au Bénédictin qui, sans doute, ne connaissoit pas le site de Nevers de dire : D'ailleurs se sent -on assez de courage pour entreprendre de prouver que Noyon, même Nevers et toute autre ville dont le nom est terminé en Dunum étaient incontestablement situées sur une montagne.
L'abbé partit de là pour faire diversion, tomba sur Nevers comme sur Soissons et ne voulut pas que ny l'un ny l'autre fut un Noviodunum.
A la fin de sa lettre du 15 avril 1736, insérée au Mercure du même mois, il dit comme par réminiscence : « J'avois négligé de répondre à D. Duplessis que Nevers est sur une montagne ; mais je ne regarde pas cette montagne comme une preuve constante que Nevers soit le Noviodunum Œduorum du y^ Livre de César. Il me paroît qu'il a dû être plus proche de la source de la Loire de quelques lieues. Une personne qui connoît bien le Bourbonnois et qui l'a examiné, les Commentaires de César à la main, a trouvé ce Noviodunum Œduorum dans un endroit montagneux du diocèse d'Authun, au bas duquel passe la rivière de Loire. »
On croit qu'à l'instant, l'abbé va indiquer ce lieu montagneux, nommer au moins cette personne qui l'a découvert ; rien de cela. Il se dérobe à l'obligation où il est de donner des indices sur ces objets, et comme en échapant, il finit brusquement sa lettre par ces mots : « Les preuves en seroient trop longues à rapporter et insensiblement, je passerois de question en question ; les contestations littéraires le veulent ainsy, mais il est temps de finir celle-cy. Je suis, etc.. »
Voilà tout ce que D. Duplessis, la ville de Nevers et la littérature ont reçu d'explication sur le lieu montagneux, sur la personne qui l'a découvert ; et il ne faut pas en chercher davantage dans ce que nous allons ajouter pour prouver cette vérité.
Dans son Recueil, imprimé en 1738, il explique la moitié d'une très ancienne inscription trouvée à Nevers ; alors c'étoit bien le cas de parler de l'homme du Bourbonnois, et il n'en fit pas plus mention que du lieu montagneux.
En 1740, dans sa Lettre adressée à D. Duval {Mercure de Mai) il s'éleva contre de Frasnai qui prétendoit que Nevers avoit eu des Evéques dès 334 ; il parla de Nevers, de la Notice des Gaules où il ne trouva point Nevers, détruisit le sistème de M. Marion, cita Aimoin, qui n'assure point que Nivedunus soit Noviodunum mais dit seulement que « quidam nivemis esse putant » et n'indiquant toujours pas la personne du Bourbonnois, il continua d'en faire un secret impénétrable.
Il ajouta : « N' admirez-vous Pas comment 0^1 a continué à mettre tout en œuvre pour donner à la ville de Nevers une antiquité qu'elle ne peut avoir? »
Il ridiculisa le sistème de Cotignon qui le mérite bien, mais s'il revient à la personne du Bourbonnois, c'est pour en dire uniquement : « Un savant du Bour- « bonnois nous a promis une dissertation qui prou-
« vera que c'est dans cette province et non à Nevers « qu'étoit le Noviodunum Œduorum des Commentaires « de César. J'ay déjà annoncé, il y a longtemps, cette « découverte et il ne tiendroit pas à moi qu'elle fût mise « en évidence si je pou vois disposer de mon temps et me « transporter dans ce pays -là. »
Il se défend de même dans une lettre adressée à M. Clérot,avocat au Parlement de Rouen, et imprimée au Mercure de May 1737 : « Je vous suis obligé, « Monsieur, du petit mot que vous avez marqué dans « votre dissertation par rapport à mon sentiment sur « la signification du mot : Dunum... dont la significa- « tion m'avoit été contestée par D. Duplessis. Une « personne qui a vu le village de Senuc, au diocèse « de Rheims, m'a assuré que ce village, nommé en « latin Sindunum, est à mi-côte sur une montagne. »
Il parle ensuite d'un lieu appelé Balandon ou Balludun et dit encore : « Or, je sais par mie personne qui « a passé dans ce bourg du pays du Maine, qu'il est « situé sur une montagne ronde. »
Voilà encore une personne qui passe à Balandon comme une autre se promène sur les bords de la Loire, sans qu'on les nomme.
Enfin, ajoutant le persiflage le plus évident, il termine sa lettre a dom Duval par ces mots : « Faites en « sorte, mon R. P., que la lettre que j'ai l'honneur de « vous adresser puisse être connue de ce savant, « afin qu'il se hâte de détromper Messieurs de Nevers « qui s'accoutument peu à peu à approprier à leur « ville, ce qui appartient visiblement à d'autres. »
Comment l'abbé Lebeuf vouloit-il que D. Duval écrivit à ce savant de Bourbonnois puisqu'il ne le luy faisoit pas connoître, qu'il ne luy en donnoit ny le nom ny l'adresse. Pourquoi l'abbé qui connoissoit ce savant, qui étoit si empressé d'en lire la dissertation, ne lui écrivoit-il luy-même ? Pourquoi ce savant ne s'est-il
pas montré ? d'après les lettres imprimées dans le Mercure, que lui, les siens, ses voisins et tous ses amis et compatriotes ont lu ? Cependant, ce savant est encore à paroître.
C'est avec une pareille supposition que le bon abbé qui cherchait à se défaire de D. Duplessis a jeté des nuages sur l'antiquité de la ville de Nevers et qu'il a trouvé un homme qui a crû pouvoir écrire et faire imprimer sunt tamen qtii duhitani... non constat.
Enfin en 1748 (lettre du 21 octobre), insérée au Mercure de Décembre — dans laquelle il est encore question de l'inscription trouvée à Nevers, et l'abbé Lebeuf observant qu'il n'y étoit parlé ny de Noviodunum, ny à'Hédui déclara qu'il ne regardoit pas comme bien prouvé par cette inscription que Nevers fût le Noviodunum de César ; qu'au surplus, suivant sa formule ordinaire, quand on luy donneroit de bonnes raisons, il seroit prêt à s'y rendre, ne cherchant qu'à s'instruire. Et il ne parle plus, quoi que ce fut bien le cas et le lieu, ny de la personne du Bourbonnois, qui ne marche que les Commentaires de César à la main, ny du lieu montagneux situé dans le diocèse d'Authun.
Voilà pour ce qui regarde l'abbé Lebeuf, qui le premier et le seul a douté que Nevers fut le Noviodunum Œduorum, car il ne faut pas compter celuy qui suit, vu qu'il n'a pas même scû copier, ny être l'écho de ce savant.
Vers 1750 ou 55 parut dans le Nivernois le sieur Parmentier (i). Toutes les archives luy furent ouvertes,
(i) Antoine-Charles Parmentier, né à Paris le i« décembre 1719, paroisse Saint-Eustache. Vint à Nevers e 15 juin 1743 pour administrer les biens de la famille A.ndras de Marc}'. Fut distingué par le duc de Nivernois ijui, vers 1770, le créa Procureur Général de sa Cour des Comptes. Il rompulsa les archives de Nevers et com-
tous les papiers du Nivemois lui passèrent par les mains pendant les 35 à 40 ans qu'il a vécu soit à Nevers, soit chez les seigneurs. C'étoit un excellent archiviste, il falloit qu'il s'en tint là. Il auroit pu, en suivant Co-
posa l'ouvrage intitulé : « Archives de Nevers ou Inventaire historique des Titres de la Ville ». Cet ouvrage encore recherché de nos jours ne fut publié qu'en 1842, en 2 vol. in-80, à Paris, chez Techeur, avec une fort intéressante préface d'Antonin Duvivier. Comme tous les amis des vieux titres, Parmentier ne trouvait son plaisir qu'à fureter et à écrire à l'écart et se fit peu d'amis. (Guéneau. Dictionnaire biographique du Nivernais). Parmentier mourut à Nevers le 30 décembre 1790. Sur ses relations avec le duc de Nivernois, voir la très intéressante préface d'Antonin Duvivier.
« L'administration entière de la province resta entre « les mains de Parmentier et la manière dont il s'acquitta « de sa charge ne lui fait pas moins honneur qu'au der- « nier des Mancini. Le duc de Nivernois aimait les gens « de mérite, il les recherchait, il allait à eux. L'inté- « grité de Parmentier, son vaste savoir, son aptitude « aux afiaires l'avaient depuis longtemps recommandé « à son attention.
« Un matin il se transporte donc chez lui, et, sans « plus de façon ni de préambule, il lui dit avec cette « bonté qui lui était particulière et qui était moins la « politesse du grand seigneur que la qualité de l'homme « de bien :
« — Monsieur Parmentier, je viens vous demander à « déjeuner et parler un peu d'affaires avec vous.
« — Monseigneur, répondit l'avocat tout confus, je...
«. — Ne vous préoccupez pas, reprit le Duc qui comprit « la cause de son embarras, deux œufs frais et c'est tout.
« Le Duc de Nivernois, comme on le voit, était sobre ; « Parmentier ne l'était pas moins. Le frugal déjeuner fut « bientôt servi ; nos deux convives se mirent à table. Mais « le but delà visite du noble Seigneur n'était point de j( « manger les œufs frais de Parmentier. Avec le déjeuner
quille et autres, faire l'histoire la plus curieuse et la plus fidèle du Nivemois ; mais il ne s'occupa toute sa vie qu'à faire des collections, qu'à prendre des notes de tout ce qu'il rencontroit, qu'à parcourir les tables des livres bons ou mauvais qui luy tomboient sous les mains et ne raisonnoit rien. Il plaçoit ces notes de trois diverses manières : par ordre de dattes {sic), par ordre de matières et par ordre alphabétique ; mais quand il vouloit consulter ces notes et les employer, toujours il s'y perdoit, parce qu'elles n'étoient jamais d'accord. Aussy, avec ses notes immenses que j'ay vues, avec toutes ses richesses qu'il m'a montrées, Parmentier n'a jamais pu rien éclaircir, rien critiquer, rien discuter, encore bien moins prouver. Aussy ne peut-on pas l'accuser d'avoir jamais eu un sentiment à luy, ny même d'en avoir jamais eu aucun d'après les autres ; il a dit ce qu'il a trouvé dit, bon ou mauvais.
Avec ces notes il est cependant venu à bout de mettre sur pied Y Inventaire des titres de la commune de Nevers : c'étoit tout ce qu'il pouvoit promettre et tenir, et c'est ce qu'il a tenu.
LU y a plus, ce dont personne ne le soupçonne, ce ue personne ne croira et ce qui n'en est pas moins vrai, c'est lui qui a fait le Gallia Christiania (Tome XII) imprimé en 1770, en ce qui touche le diocèse de Nevers. Les Bénédictins ne s'en cachoient pas ; ils avouaient sans difficulté qu'il ne leur en appartenoit
« commença l'entretien sur l'affaire dont le Duc lui avait « parlé en l'abordant. Il ne s'agissait rien moins pour « l'avocat que d'être revêtu des belles mais difi&ciles fonctions dont Ludovic de Gonzague avait investi Guy- ;< Coquille : de la place de Procureur-Général de la r Chambre des Comptes du duché de Nivernois '>.
{Archives de Nevers, préface de Duvivier).
que le latin ; et ce latin Parmentier l'entendoit quelque-fois si peu qu'il fut obligé de s'en copier un exemplaire dans lequel son français étoit d'un côté et le latin des Bénédictins de l'autre.
Ces Pères reçurent avec la plus grande reconnoissance l'ouvrage de Parmentier et ils luy en ont donné dans le préambule le certificat honorable que voicy :
« Hujus autem adipiscendcB modum, in-muUis submi-
« nistravit nohis eruditus et supra fidem studiosus
« vir D. Parmentier, qui vetera instrumenta ad eam
« regionem spectantia vidit fere omnia, diligenter
« collegit, nobisque humanissime communicavit, quod
« grati memorisque animi nostri testimonium eo loci
« profitemur (i). »
Aussy, dans la totalité de l'ouvrage est-il impossible de ne pas reconnoître le faire de Parmentier. A chaque pas, c'est une bévue qui indique la note prise à droite et à gauche. L'annotateur qui n'existant que par les autres, ne parle, n'écrit que par les autres, n'ose choisir, rapprocher, comparer ny raisonner ce qu'il avance. Vanté par les seigneurs du fief qui en avoient besoin, disons deux mots de son Gallia Christiania :
D'abord deux choses ont échappé aux P.P. Bénédictins. La première est que Parmentier a débuté par déprimer et même conspuer des auteurs considérables et considérés, ne fût-ce que pour avoir rompu la glace, préparé l'Histoire de Nivemois et formé originairement
(i) « On doit admirer l'œuvre que nous a donnée Parmentier, un homme d'une érudition et d'un zèle incroyables, qui a vu presque tous les documents relatifs à cette région, les a réunis avec soin et nous les a très complaisamment communiqués ; et nous sommes heureux de lui offrir ici le témoignage de tous nos sentiments reconnaissants. >>
le plan du Gallia Christiania qu'ils ont rempli, autant qu'il étoit possible dans un temps où ils n'avoient pas les secours qu'on s'est procuré depuis.
A la page 625 du Gallia Christiania (Tome XII) imprimé en 1770, on lit en toutes lettres cette modeste annonce « : Ut nulla fere est Ecclesia (nivemensis) quae « pluribus ditetur veteribus instrumentis, ita quo- « que nulla est de quâ minus meriti sunt scriptores « Vuidonem Coquilium Dico, Michaëlem Cotignon, « Robertum Lingonensem, Sammarthanos, ac nupe- « ris his-ce temporibus Petrum de Frasnai, horum a « vestigiis quantum potuimtis, recessimus, ut veritatis « indagationi toti incumheremus (i). »
Ne semble-t-il pas que l'écrivain arrive avec des découvertes toutes neuves et toutes fraîches d'après lesquelles il va redresser, changer du blanc au noir et bouleverser tout ce qui a été dit et écrit jusqu'au moment oià il se présente avec le flambeau de la vérité pour éclairer tout le diocèse de Nevers qui doit l'en croire sur parole.
Ne semble-t-il pas que Coquille, Cotignon, Robert de Langres, les Sainte-Marthe sont de parfaits ignorans, qu'ils n'ont dit que des mensonges, n'ont fait que des anachronismes et des bévues, qu'ils n'ont écrit que des bêtises et qu'il faut les chasser de toutes les bibliothèques.
Pourquoi Parmentier moleste-t-il ces écrivains, ces
( I ) « De même qu'il n'est presque pas d'église de Nevers qui possède beaucoup de documents anciens, de même il n'y en a aucune qui ait moins à se flatter des oeuvres des écrivains qui s'en sont occupés: je veux dire Coquille, Michel Cotignon, Robert de Langres et, dans les derniers temps, Pierre de Frasnai. Nous nous sommes éloignés de leufs traces autant que nous avons pu, afin de nous consacrer tout entier à la recherche de la vérité. »
savants ainsy ? Il a lu les Mercures, copié M. Lebeuf, D. Duplessis, D. Duval, etc. ; il a parcouru les tables des ouvrages de D. Mabillon, de Luc d'Achery, D. Martenne, D. Bouquet, D. Plancher, de Baluze,etc. qui ont critiqué les anciens auteurs qu'il méprise si souverainement ; et des notes qu'il a faites de tout ce qu'il a trouvé dans les tables de leurs ouvrages sous les mots Nevers et Nivernois, en est-il résulté pour tout le diocèse autre chose que des Notes souvent mal choisies auxquelles il a joint nombre d'instrumens, titres ou actes que pour la plupart on connoissoit bien longtems avant qu'il se donnât autant de peine, et la montagne est elle-même accouchée d'une souris entière et bien conditionnée ?
N'est-ce pas D. Duplessis et l'abbé Lebeuf qui, par la voix des Mercures ont appris à Parmentier qu'avant 314, il n'y avoit point d'évêques à Nevers ; que cet évêché n'a été établi que sur la fin du v* siècle ou au commencement du vi« ; ne doit-il pas les anciens évêques qu'il présente comme par luy nouvellement découverts, aux ouvrages de tous les Bénédictins qu'il a parcourus ?
L'autre chose à laquelle ces Pères n'ont pas fait attention, s'en rapportant absolument à lui sans l'avoir examiné, c'est qu'après avoir aussy mal parlé de Coquille (i) (p. 625), le Gallia (p. 658) en fait le plus bel éloge en ces termes : « Sorbino sedente deces- « sit 1603, mense maïo, Vidus Coquilius Romenaïus, « Dizeziœ, in Nivemensi provincia natus... qui magna « fide ut de eo loquitur Thuanus, historiam patriam ' «scripsit (2) »... Que l'on rapproche ce passage de celuy
(i) Pas aussi mal que Guyot.
(2) « C'est sous l'épiscopat de Sorbin que mourut Coquille, né à Decize, dans la province de Nevers, qui, avec une grande bonne foi, ainsi que de Thou parle de lui, écrivit l'histoire de son pays. >>
OÙ il est précédemment dit : Nulla est ecclesia de qua minus meritus est Vido Coquilius scriptor... hujus a vestigiis, quantum potuimus recessimus ut veritatis indagationitoti incumberemusli^ei sur-le-champ, obligé de se demander quelle était la manière de penser de Parmentier sur Coquille on sera convaincu que Parmentier employait ses Notes sans aucun examen, sans aucun discernement, telles qu'elles se présentoient, au point de se contrarier d'un moment à l'autre.
Suivons-le encore un peu dans le Gallia Christiania : tP II reconnoit Eulalius pour notre premiier évêque ; il le place en 506 et se fonde sur la légende d'un certain Fauste, disciple de saint Séverin ; mais s'il est vrai que pendant longtems on a ajouté foi à cette légende, à ^a fin a paru D. Mabillon qui a fait voir tant de bévues, tant d'anachronismes révoltanset relatifs à saint Séverin que lors des Conférences tenues en 1696, pour la rédaction du bréviaire de Paris toute cette légende fut supprimée par les savans qui composoient ces sortes d'assemblées. (Voir le trimestre de l'abbé Châtelain, au 15 du mois où se fait la fête de Saint- Séverin).
2° Il dit que saint Are, notre 4* évêque a, en 519 et 552, assisté aux Conciles d'Orléans et de Paris ; mais obligé de convenir que deux catalogues de nos évêques prouvent que ce n'est pas saint Are, mais bien un Clementinus qui a assisté à ces conciles, non seulement il ne résout pas, mais il ne tente pas même de résoudre cette difficulté qui produit un évêque de plus ou en donne un de moins.
30 Sur la parole de Coquille qui n'en dit pas un mot
(i) // n'est aucune église dont Coquille ait moins bien écrit... Nous nous sommes éloignés de ses traces dans toute la mesure de notre pottvoir. afin de nous livrer tout entier à la recherche de la vérité.
et sur celles de Robert de Langres et de Lecointe, auxquelles il auroit dû joindre celles de Cotignon et de Frasnay, qui, tous, n'en rapportent aucune preuve, il met Fulcius sur la liste; il ne s'éloigne donc pas de ces auteurs autant qu'il l'avoit promis.
4° C'est dans Mabillon au Bened.ad. ann. 658 qu'il a trouvé Heodebaudus, son io« évêque, inconnu à Coquille et à ceux qui l'ont suivi.
50 II doit au même Mabillon Héchérius.
6° Il s'est bien gardé d'expliquer pourquoi la légende de saint Didier, notre I2« évêque, tirée Èx-acta sœlecta 3. Bened. p. 3, n° 7, fait ce saint successeur de Raurac et pourquoi il se trouve deux évêques entre Raurac et saint Didier ; il ne dit point par quelle raison il rejette la légende.
7° Ce ne sont pas seulement MM. de Sainte -Marthe qui ont dit que Gilhertus avoit été évêque de Nevers ; Coquille et Cotignon avoient dit la même chose ; et il en est de même de Rogus et saint Ithier, nos 14^ et 15e évêques.
8° En ce qui touche Ebarcius, notre i6« évêque, Coquille le place après saint Didier ; le P. Le Cointe le rejette absolument, mais dans le Gallia Christiania Parmentier prétend que tous les deux se trompent ; le premier, en ce qu'il place mal Ebarcius ; le deuxième en ce qu'il prétend q\x'Eharcius n'a pas été évêque de Nevers, et pour détruire le sentiment de ces deux graves auteurs, voici comment il raisonne :
« Ebarcius est nommé in privilegio agirardi Camutensis episcopi pro Monasterio B. Mariae, an 696 et in precepto Childeberti 3 de Nocito Villa an 697 in diplom. p. 478 et 479, nisi sit Ebarcius Turonensis aut Ebarcius Pictariensis qui hoc sedebant tempore. »
Ne voilà-t-il pas rm point d'histoire bien éclaircy ? Coquille et le P. Lecointe, qui ont tort tous les deux, ne sont-ils pas là bien redressés ou éclairés ?
g° Il nous donne Hervœus pour 45e évêque ; il le fait siéger depuis 1099 jusqu'en 11 14 et cependant Lebeuf {Histoire d'Auxerre, tome I, p. 404 et 411) prétend ainsy, à la fin de son Rec. de dissert, tome II, prouver par le rapport qu'il fait de la dédicace du Monastère de La Charité qu'en 1106, l'évêquede Nevers s'appeloit Henry, et il laisse Henry pour ce qu'il est.
10° Pour abréger nous passons aux 72®, 73* et 74» évêques. Reginaldus est dit mort en 1362 ; Pierre Aicelin a siégé vers 1363 et Jean de Neuchâtel n'a été évêque qu'en 1371. Mais comment arranger tout cela avec l'histoire de l'église d'Authun suivant laquelle Jean de Neuchâtel, chanoine d'Authun étoit évêque de Nevers dès 1358 ? Il est vrai que, presque aussitôt il passe au siège de Toul ; mais toujours en résulte-t-il, si l'histoire d'Authun est vraie, que Jean de Neuchâtel est notre 72^ et non pas notre 74* évêque, ainsy que le dit Parmentier, qui ne mérite pas la même foy que l'histoire d'Authun.
11° Le Gallia Christiania fait naître Jean Germain à Cluny, rue d'Avril, paroisse Saint -Ma yeul civihus modicis (i) et certes voilà une découverte qui, donnantie démenty àCoquille et à quantité d'actes connus, et même à des écrits imprimés en différens tems, exigeroit bien quelques .preuves ; mais on n'en trouve point àsonappuy. Cependant, personne dans le Nivernois et ailleurs n'a jamais douté que le Jean Germain dont il s'agit étoit né au village de Vêlai, en la seigneurie de la Perrière dont il étoit serf, qu'il fut manumis (2), suivant le titre dont Coquille fait mention en sa Quest. 282 et ailleurs, lequel titre de manumission fut confirmé par le comte de Nevers, le 17 février 1431.
{i)Qui avait peu d'habitants.
(2) Manumis est certainement là pour manumissus, quisigni^^'e affranchi.
12° Parmentier prétend que Jean Bohier, son 86« évêque prit possession le 29 octobre 1508, qu'il mourut le 30 juillet 1512 et qu'Imbert la Platière lui succéda en 1513 ; mais suivant l'abbé Lebeuf [Hist. du dioc. de Paris, t. I, p. 505) Imbert de la Platière succéda à D. de Fontenai, son oncle, dans le prieuré de Saint-Eloi, il en fut prieur commendataire, puis devint évêque de Nevers. Un acte du 15 juillet 1508, le qualifie élu évêque de Nevers ; et dès lors il est donc faux que Jean Boyer {sic) ait pris possession le 29 octobre 1508, puisqu' Imbert de la Platière tenoit le siège dès le mois de juillet précédent et l'a tenu jusqu'en 1518 qu'il est mort.
Mais c'est assez nous occuper de ce qui regarde nos évêques : voyons comment et d'après qui Parmentier a dit que Nevers n'étoit pas le Noviodunum Œduorum, au moins que cela n'étoit pas constant et que quelques-uns en doutoient.
Nous allons copier d'abord le préambule du Gallia Christiania : « Nivemum urbs ad Ligeris et Niveris, « in œduis confiuentes... a Nivere amniculo... nomen « accepit Novum ; Noviodunum enim oppidum « Œduorum a Cœsare (libr. VII, cap. 10) appellatum « volunt Aimonius et Hugo, Floriacenses monachi « ac Robertus Autissiodorensis qui très Nevedu- « num, corrupto nomine pro Novioduno dixere, Jose- « phus Scaliger, Samson, Massomus, Guido Coqui- « lius et Adrianus Valesius. Sunt tamen qui dubi- « tant nec sine fundantento (i). »
Ce qui signifie en français : « Nevers a reçu un nouveau nom de la rivière de Nièvre, qui baigne ses murs. Aimoin, Hugues, Robert, veulent que Nevers soit le Noviodunum Œduorum : tous les trois, en corrom-
( I ) « Il y en a cependant qui en doutent et non sans
raison. ■>
pant le nom de Noviodunum, l'ont appelle Nevedunum. Scaliger, Samson, Masson, Coquille et Valois ont été du même avis ; quelques-uns cependant doutent de cette identité, et ce n'est pas sans fondement. »
D'abord ce passage, quant au changement de nom., est pris de l'abbé Lebeuf, 2* vol. de ses Dissert., p. 196, en ces propres termes : « La ville de Ne vers, en « quittant son ancien nom, a pris celui de Ne verni, « par rapport à la rivière de Nièvre, Neveris, à l'em- « bouchure de laquelle elle est placée ; quelque -fois la « ville a donné le nom de la rivière, et d'autres fois « la rivière ou le ruisseau à la ville ; ainsy voilà le « Nomen accepit Novum. »
Suni tamen qui duhitant ? Qui sont ceux-là ? On a bien le droit de le demander. L'abbé Lebeuf ne les a pas nommés : Parmentier ne les nomme pas non plus ; mais l'abbé Lebeuf demandait qu'on l'instruisit et il fait un : Cet écrivain avoit cité la personne du Bourbonnois ; cela faisoit deux. Voilà pourquoi Parmentier écrit : sun qui duhitant, sans s'appercevoir qu'il étoit obligé, comme historien de nommer les gens, de prendre party pour ou contre et cependant il ne le fait pas.
N'en restant pas là, malheureusement pour luy, il ajoute nec sine fundamento{i) et le voilà nécessairement embarqué dans des preuves qu'il croit pouvoir copier dans les ouvrages de Lebeuf ; mais ces preuves ne se trouvent pas faites pour établir le nec sinefundamento ; elles démontrent l'ineptie du coureur de notes.
En effet, pour prouver et démontrer que ce n'est pas sans fondement que l'on soupçonne Nevers de n'être pas le Noviodunum Œduorum, il dit : « et certe « in vetustissima olim provinciarum et civitatum « Galliœ notifia... nec non in tribus aliis notitiis ab
(!)£■/ non sans raison.
Andréa Chesnio vulgatis, nulla Niverni sit nientio... unde non absurde colligi posse videtur Nivernum, imperante Honorio, civitatum numéro minime habitum esse. Laudantur quidem duae in Bibliotheca Thuana notitiœ manuscriptœ, quarum altéra in provincia Lugdunensi quarta civitates octo et earum ultimam seu recentissimam civitatem Nivernensium ponit : in altéra, civitas Nevemus quarto loco constituitur, ante Tricassium, Aurelianorum, Parisiorum, Meldorum civitates ; sed reccnsiores forte sunt illœ notitiœ, temporisque illius, quo post Chlodoreanos triumphos distracta ab aediis, regio Nivemensibus attributa est et in civitatem erecta, sub finem sœculi quinti, cujus postea meminere Gregorius Turonensis (Libr. 8, Hist. Jonas in vitis St-Columbani et S*' Eustasii, Fredegarius Scholasticus) a quo castrum antiquissimum nuncupatur (Gervasius Tislebenensis, et alii) (i). »
{ I ) « La notice la plus antique des anciennes provinces et cités de la Gaule, et trois autres notices publiées par André Chesnio ne font aucune mention de Nevers ; d'où l'on peut raisonnablement déduire, semble-t-il, que Nevers ne fut nullement compté, sous le règne d'Honorius, au nombre des cités. On fait à la vérité l'éloge de deux notices de Thou, notices manuscrites, dont l'une place dans la quatrième province Lyonnaise huit cités dont Nevers, la plus récente, la dernière, tandis que l'autre assigne le quatrième rang à la ville de Nevers, avant les villes de Troyes, d'Orléans, de Paris et de Meaux ; mais peut-être les notices sont-elles plus récentes et de cette époque où, après les triomphes des successeurs de Clovis, cette région fut enlevée aux Eduens pour être attribuée aux Nivernais et érigée en cité, à la fin du v« siècle. Dans la suite elle fut mentionnée par Grégoire de Tours, dans son Histoire, tome 8, ainsi que par Jonas dans les Vies de St-Colomban et de St-Eustase par Frédéric Scholastique, qui appelle Nevers un camp très ancien. >>
Remarquons bien maintenant que l'écrivain dit d'abord Suni tamen qui duhitant ; qu'il ajoute nec sine fundamento et que de suite continuant son discours il dit, et certe in vetustissima, d'où il résulte évidemment que pour prouver que ce n'est pas sans fondement que quelques-uns doutent, il employé la vetustissima notitia et les Notitiœ de la bibliothèque de M. De Thou. Et voyez la bévue de sa preuve :
Au lieu de tendre à établir qu'il n'est pas sûr que le Noviodunum qui nomen accepit novum soit Nevers, car c'est uniquement de cela qu'il s'agit, le voilà qu'il copie l'abbé Lebeuf en sa lettre du 20 mars 1740, insérée au Mercure de mai suivant et adressée à D. Duval. Il ne voit pas, il ne sent pas que, dans cette lettre, il est question de savoir si en 314, Trotius étoit évêque de Nevers, si Nevers étoit cité sous l'empire d'Honorius ; que l'abbé Lebeuf ne trouvant pas Nevers dans l'ancienne Notice, soutenoit qu'il n'y avoit pas alors d'évêque en cette ville, qui, par conséquent, n'étoit point cité.
Parmentier a donc confondu les deux questions ; celle qui regarde l'antiquité de la ville et celle qui regarde l'antiquité de l'évêché et il est si vray qu'il les a confondues qu'il finit sa preuve par ces mots : « Ea- « dem videntur Niverni christiani ac Nivernœ civi- « tatis exordia, nec ante sœculum sextum aut civitatis « aut Episcopatus apparent vestigia ; licet enim « dixerimus S. Austremonium medio Sœculo 3° Novio- « duni Œduorum religionisac fundamenta je cisse»(i); et il n'en conclut pas moins, en dépit du bon sens : Noviodunum illud idem esse non constat ; c'est-à-dire
(1) « Les commencements de l'Evèché et de la Cité de Nevers apparaissent, identiquement les mêmes : on ne voit nulles traces de la Cité ni de l'évêché avant le VT^ siècle, quoique nous ayons dit que St-Austremoine jeta,
suivant lui, que parce que Nevers n'a pas été Cité ou Évêché sous l'empire d'Honorius, il s'ensuit que cette ville n'est pas le Noviodunum Œduorum, que parce qu'elle n'étoit pas cité du temps d'Honorius elle n'existoit pas du temps de Jules César, que Vantiquissimum castrum n'étoit pas le Noviodunum Œduorum ou ce qui en restait : A-t-on jamais raisonné ainsy ? Tel est le début de Parmentier dans le Gallia Christiania ; on peut juger, par ces échantillons, du reste de l'ouvrage.
N'est-il pas absurde d'aller consulter les Notices des Gaules en quelque nombre qu'elles soient, vraies ou supposées, parce que, si elles peuvent donner des renseignements sur le plus ou moins d'antiquité des évéchés et des diocèses, elles ne disent rien sur le plus ou le moins d'antiquité des villes qui sûrement existoient et peuvent avoir existé mille ans avant qu'on y établît un évêché.
L'abbé Lebeuf et Parmentier ainsy examinés, il nous reste à prouver que Nevers existe in ipsissimo loco (i) de Noviodunum Œduorum et que c'est la même ville réparée, reconstruite.