PATATRAS
'-VTT'ESTla parole de Fleurimond Bondon, langueyeur '^A^ j de porcs, conseil ordinaire des pauvres ma- Kj/ nans et habitans du fau-bourg de Moûesse-lez- Nevers, aux dits manans et habitans assemblés sur le cimetière de Saint-Lazare, le 3 may 1789, avec la délibération qui s'en est suivie, au vis-à-vis d'un mémoire fait par l'inspecteur du Duché de Nevers, se disant avocat, lequel, d'après les ordres de Monseigneur le Duc voudroit nous faire croire que le bailliage de Saint-Pierre-le-Moûtier n'a pas seul le droit de convoquer les trois Etats du Nivernois pour les Etats- Généraux, au préjudice du bailliage seigneurial de Nevers.
(i ) Ce paraphlet comprend 64 pages, écrites par Guj^ot Sainte-Hélène qui l'a fait brocher à la fin du tome III de ses Notices Nivernaiscs.
Publié en 1845, dans VAlmanach de la Nièvre, le texte en est fautif sur de nombreux points. Nous donnons ici le texte littéral du manuscrit de l'auteur, en y joignant les deux lettres écrites à ce dernier par M. Vyau de Baudrcuille, son ami.
— Larousse, dans son Nouveau Dictionnaire illustré (tome VI, p. 717), dit que le mot Patatras est une interjection familière, une onomatopée (c'est-à-dire la création d'un mot reproduisant dans ses éléments sonores le bruit auquel il s'applique) qui exprime le bruit d'un corps tombant avec fracas.
critiques et pamphlets
« Enfans,
« Voila mon fondement, je ne m'en connois pas d'autre : vérité, franchise ; franchise, vérité.
« En matière de celle-cy, oh ! c'est plus fort que moy, il faut qu'à chaque pas je la rende toute claire par la bouche ; en matière de celle-là, trouvez-moy âne qui pette en état de me dégoter.
« A une pareille pâte d'homme, vous ne demandez pas, sans doute, un de ces discours compassés, rabottés,
Puis, après avoir donné comme exemple la locution proverbiale :
Patatras ! M. de Nevers qui se disait quand on voyait quelqu'un tomber, il ajoute : (origine inconnue).
Certains auteurs, Littré, Godefroy et Louis de Sainte- Marie {d'après le Dictionnaire de Trévoux) ont dans leurs travaux mentionné l'origine de ce proverbe, encore usité dans certaines contrées et que Guyot Sainte-Hélène explique ainsi dans ses Notices Nivernaises manuscrites (tome III, p. 153). Après avoir consacré à François II de Clèves, duc de Nevers (de 15 16 à 1562), un long article il ajoute :
« Le Patatras de M. de Nevers a eu lieu à son occasion. « Il couroit la poste de Paris à Nevers. A Pouilly son che- « val s'abattit ; une vieille femme qui se trouvoit là « s'écria : « Patatras ! M. de Nevers ! ! >>
« Soit qu'elle le dît de bonne foi, soit qu' elle le dît pour <, se moquer de lui, le Duc prit la chose en mauvaise part « et se mit dans une telle colère qu'il envoya des soldats « qui désolèrent la ville de Pouilly. »
Puis Guyot Sainte-Hélène termine ainsi sa Note : « Et <v cette ville s'en souvient au point qu'encore à présent « (vei^s 1800) un passant n'oseroit dire patatras dans « Pouilly sans se mettre en danger d'être maltraité. •>
Heureusement, il n'en est plus ainsi depuis longtemps, et à Pouill}^ comme ailleurs, la locution patatras est fréquemment employée.
léchés, lissés, tirés àquatrc c]jingles, et dont un point ne passe pas l'autre ; il ne convient qu'à un charlatan de frelater la nature ; comme je ne débite pas de Gaudoises (i) et que je ne cherche pas à vous faire donner dans le Godan (2), c'est d'abondance de cœur que chez moy bouche parle ; et boute et haye, et va comme je te pousse, pourvu que l'on m'entende, ça sufht. Va toujours bien que guide droit et raison ; c'est pour cela que vérité se montre toute nuë, tandis que mensonge n'ose paroître qu'en culotes ; et je m'y connois, et vantez-vous-en.
« Dans ces idées, qui valent peut-être celles de feu Caton, ce grand encenseur romain, je me rens à vos supplications ; de sorte que, pour ce qui est de l'exament du mémoire dont vous m'avez chargé, je vous ouvre le galetas de ma parole tel que Dieu me l'a donné et je dis tout de go :
« Que, par son règlement du 24 janvier dernier, le Roi, notre bon Roi, ait d'abord ordonné, comme de juste, que ses seuls bailliages royaux, convoqueroient pour députer aux Etats-Généraux, et qu'ensuite par son arrêt du 2 mars suivant, il ait jugé que le bailliage seigneurial de Nevers convoqueroit ses justiciables au préjudice du bailliage royal de Nivernois, séant à Saint -Pierre-le-Moutier; cela ne me surprend pas. J'en ai bien vu d'autres.
« Il faudroit être un Quinze-Vingt fieffé (3) pour ne pas voir, sur-le-champ, que cette contrariété évidente est l'effet du pouvoir actuel de Monseigneur le Duc de Nivernois qui, comme ses devanciers, ne s'amuse pas
(i) Gaudoiscs, du verbe gaiuloier, se réjouir.
(2) Godan ou Godant, conte, baliverne, piège, tromperie.
(3) Quinze-Vingt fieffé, être absolument aveugle, ne pas comprendre.
à la moutarde, profite des circonstances et s'embarrasse fort peu que le Roi se contredise ou non, pourvu qu'il y fasse son compte. Vous entendez bien.
« Mais, qu'après la convocation faite à Nevers, qu'après que tout est toisé, fini, bâclé, terminé et qu'il n'est plus question de rien, un maître Doloret, qui se dit Avocat et qui pis, est inspecteur général du Duché de Nivernois, vienne avec de l'impression de sa façon, essayer de nous justifier l'arrest du dit jour 2 mars, nous persuader que c'est jugé comme Salomon et que le Roi, qui avoit d'abord bien enfourné (i), ne s'est pas lui-même condamné à donner dans le Pot au noir (2), par la quoife Dieu ! enfans, je veux être pis qu'un chenapan, et brûlé vif comme un chevaucheur de manche à balay, si les épaules ne m'en tombent des bras et si les cornes ne m'en poussent à la tête!
« Ouy, tant que l'âme me battera dans le ventre, je soutiendrai, moi comme les Mille, que pour ainsi chercher midi à quatorze heures, réveiller le chat qui dort et remuer ce qui est dans mon pot, il faut que le vivant soit travaillé des tranchées de saint Mathurin, à moins qu'il ne fasse l'honneur à tous les Nivernois de les prendre pour des dindons, ou qu'il n'en soit un luy-même, comme il n'en fut, comme il n'en est, et comm.e il n'en sera jamais.
«La voilà cette impression ! comme chacun de vous la lue ou se l'est fait lire, il est inutile de recommencer.
« Au haut, en tête, vous y voyez en grosse moulée, Mémoire, sans doute pour qu'on ne s'y trompe pas. C'est tout juste l'histoire de ce peintre qui, ayant fait un saint Christophe de Pâques fleuries, se crut
(i) Bien décidé, bien jugé.
(2) Se contredire.
DE GUYOT SAINTE-HÉLP.NE
obligé en conscience, d'écrire au-dessus : Messieurs, c'est un âne.
« Aussi, si je vous le dénonce, ce mémoire, ce n'est pas comme vous le savez tous du reste, parce qu'il est dangereux ; il nous a tous d'autant moins engeollés, amboisés, que nous tous sommes convenus, comme si nous nous fussions donné le mot, que quelque appipandé (i) qu'il soit, c'est un tissu de coq-à-l'âne formé de citations prises à la friperie de contes à ma mère l'oie, de principes qui n'ont ny pères ni mères, de conséquences à Margot la bossue ; que le susdit mémoire viole partout la vérité ; qu'il martirise à chaque instant le raisonnement, et que somme toute, c'est un guet-à-pens perpétré, comme en plein bois, sur la personne du bon sens, malement assassiné et tué ni plus ni moins qu'à coups d'épingles : Et c'est vrai.
« Par quoi je vous le dénonce comme la très plate, très pitoyable et très déraisonnable justification du bâillon proditoire, et contraire aux privilèges de la liberté gallicanne que le Duché vient de trouver le moyen de nous mettre encore pour arrêter nos plaintes, rembourser nos lamentations, cadenasser nos lois ; pour em.pêcher que les Etats-Généraux soient instruits de notre situation ': s'opposer à ce que avec toute la France nous reprenions ce que nous avons perdu de vie, pour de plus en plus embourber nos cadavres dans les ornières de la fiscalité, éterniser nos fers, maintenir les abus, ne pas restituer à la couronne les droits qu'on lui a escamotés en ce païs-ci ; enfin combler la mesure, nous faire la figue et nous rendre, s'il est possible, encore plus camus qu'auparavant ; et c'est clair.
« Ouï, Enfans, oui, le voilà le but, le vrai but de cette convocation faite àNevers.
(i) Bien préparé pour tromper,
« Mais qui croit guiller Guillot, Guillot le guille (i). On nous a dupés, vengeons -nous. Ce sont les deux points de ce discours. Je vais vous faire, dans l'instant, toucher tout cela du bout du doigt. Mouchons-nous, suivant l'usage ; prenons la prise et, la langue dans la poche comprimant le vagabondage de vos idées, faites que le seul bâtiment de mon discours vogue sans obstacle sur l'océan tranquille de vos unanimes attentions.