‹ LES CRITIQUES LETTERAIRESChapitre 117 sur 243 · ABUS DE LA CRÏTIQUE · texte numérisé non relu

ABUS DE LA CRÏTIQUE

Nous n'avons pas épargné les encouragements et les éloges à ce goût de restaurations et de revisions, à cette curiosité rétrospective, à cette recherche du détail intime et personnel, qui ne se lassent pas d'interroger le passé avec une minutie de juge d'instruction, et le font ressembler à un vaste champ où une foule toujours croissante d'archéologues et de piocheurs procéderaient à des fouilles infatigables. Mais enfin il y a un terme à tout, et c'est le cas de s'écrier, comme le public ennuyé d'une pièce trop longue : « Assez I assez! » Quand un vieillard s'enferme dans ses souvenirs et y revient sans cesse avec une loquacité maniaque, c'est qu'il se sent incapable d'y rien ajouter. On se plaint que notre littérature n'invente plus rien, que les imaginations soient frappées de stériHté et d'impuissance, que notre théâtre soit réduit à grignoter des vieilleries replâtrées à coups de pinceau; que, de tous côtés, l'art, le grand art, tombe d'inanition et de lassitude: je le crois bien! nous sommes tous, plus ou moins, des abbés Trublet^ : nous compilons beaucoup, lisons énormément, et nous gardons bien d'imaginer quoi que ce soit. Quand tout le monde fouille, comment voulezvous qu'il reste des inventeurs? Quand toutes les forces de l'esprit français sont occupées h déterrer les morts, comment ce froid et perpétuel contact leur laisserait-il la vie?

Vous aviez autrefois des poètes, des statuaires, des peintres, des créateurs ; vous avez à présent des annotateurs, des scoliastes, des anecdoliers, des biographes, des gens qui s'en vont compulser les bibliothèques, les archives, les parchemins rongés de poussière, et qui en reviennent, celui-ci avec

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