‹ LES CRITIQUES LETTERAIRESChapitre 13 sur 243 · Id., ibid · texte numérisé non relu

Id., ibid

Grecs. « Il s'agit, dans cet ouvrage, d'inspirer aux Grecs la crainte de la désunion, comme de l'obstacle à tous les grands succès. Ce dessein de morale est marqué visiblement dans tout ce poème*. » Dans la Lettre à l* Académie, il ne reconnaît pour un vrai poète que celui qui fait aimer la religion et la vertu : « Autant on doit mépriser les mauvais poètes, autant on doit admirer et chérir un grand poète qui ne fait point de la poésie un jeu d'esprit pour s'attirer une vaine gloire, mais qui l'emploie à transporter les hommes en faveur de la sagesse, de la vertu et de la religion 2. >>

Mais ceux qui demandent aux lettres de fournir un enseignement moral oublient trop souvent qu'en matière d'art la moralité naît de l'excellence de l'œuvre, et non l'excellence de l'œuvre de sa moralité. L'émolion du beau qui jious ravit à nous-mêmes, à nos intérêts, à notre égoïsme, exerce sans doute sur notre âme une action salutaire. Nous nous sentons entraînés vers une région supérieure où tout est noble et généreux; nous nous identifions, pour ainsi dire, avec ce monde que nous admirons; et nos sentiments s'élèvent, quand la nature humaine nous apparaît, dégagée de tout ce qui, dans la vie ordinaire, la corrompt ou l'abaisse. « Tout ce qui est véritablement sublime, disait Longin, a cela de propre, quand on l'écoute, qu'il élève l'àme et lui fait concevoir une plus haute opinion d'elle-même^. » Mais considérer les lettres comme une sorte de prédication, croire qu'elles ont pour objet propre de nous tracer des règles de conduite et de nous enseigner nos devoirs, c'est confondre l'art avec la morale, et c'est ce qu'on pourrait reprocher parfois à M. Vinet, qui a porté dans la critique un sens si élevé et si ferme, comme à M. Dumas fils, lorsqu'il nous dit : « Imitons en cela Voltaire, pour qui le théâtre était une tribune'». »

Tout écrivain, par cela même qu'il a une certaine conception de la vie, et qu'il l'applique dans son œuvre où le bien et le mal ont leur place comme dans la réalité, exerce une influence bienfaisante ou funeste sur ses lecteurs: bienfaisante, s'il fait aimer la vertu et haïr le vice en les représentant sous leurs véritables traits ; funeste, s'il emploie son art à parer

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