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Longin, Traité du sublime, ch. v

i. A. Ddmas fils, Préface du Fils naturel.

le vice et à enlaidir la vertu. Mais autre chose est d'éveiller dans les âmes certaines tendances morales par la vérité et la perfection de la peinture des mœurs, autre chose est de prêcher une doctrine morale. Demander à l'auteur d'un roman, d'une tragédie, de démontrer une thèse, fût-elle la meilleure du monde, c'est vouloir qu'il fasse une peinture artificielle de la vie, où les hommes et les choses seront systématiquement adaptés à la doctrine qu'il se propose d'établir; juger de la beauté d'une œuvre par l'excellence de la leçon morale qu'elle renferme, c'est fausser le sens du beau , c'est mettre Berquin au-dessus d'Homère.

La critique moraliste doit donc s'ajouter, non se substituer à la critique esthétique, parce qu'une œuvre litéraire est avant tout une cçuvre d'art. Mais ce serait tomber dans un autre excès que de croire qu'il suffit que l'art soit respecté pour que la morale soit satisfaite, et que l'écrivain n'a d'autres lois à observer que celles qui régissent son art. C'est assez peutêtre pour ne pas être immoral, car on peut être assuré que toute œuvre qui encourt le reproche d'immoralité a violé en quelque manière les règles de l'art, en présentant une image infidèle de la vie, en défigurant la vertu , en prêtant des dehors séduisants au vice, en revêtant le mal de l'apparence du bien. Mais l'humanité, qui souffre et qui lutte, demande à l'auteur quelque chose de plus que cette vertu négative qui consiste à ne pas corrompre les mœurs. Elle veut que la loi morale qui gouverne tous les actes de la vie gouverne également les manifestations de l'art, et que l'écrivain qui, par la magie de son talent, possède l'empire des âmes, aime véritablement le bien et le fasse aimer de ses lecteurs, au lieu de se borner à les divertir. Et c'est là, quoi qu'en pensent ceux qui ne poursuivent que le succès ou le lucre, un devoir d'ordre supérieur qui, sans rien enlever à l'art, le domine comme toutes les autres branches de l'activité humaine.

La critique historique considère la littérature comme l'expression de la société. Tout auteur compose chez tel ou tel peuple, à tel ou tel moment de son histoire, dans un certain milieu dont il a reçu l'empreinte. Son œuvre est un fait dont il faut chercher la cause dans d'autres faits. Elle tire son caractère général du siècle, du pays, de la société où elle a élé conçue, son caractère particulier du tempérament, de l'éducation, des habitudes de l'auteur. La critique historique est

donc pour la critique esthétique un précieux auxiliaire. Celleci, en isolant l'ouvrage qu'elle considère des circonstances au milieu desquelles il est né, se condamne parfois à en méconnaître l'esprit, la portée, le sens véritable; et l'intelligence d'une œuvre étrangère à l'idéal de son temps et de son pays lui est pour ainsi dire fermée. C'est un des résultats de la critique historique de nous faire comprendre qu'il n'y a pas un code unique de la perfection dans l'art, et qu'il change avec les temps et les lieux, tout en gardant, en tout temps, en tout lieu, ce qui est son essence. « Ce sera toujours, écrivait Schlegel, une vaine prétention que celle d'établir le despotisme en fait de goût, et aucune nation ne pourra jamais imposer à toutes les autres les règles qu'elle a peut-être arbitrairement fixées ^ » Si la critique historique ne prétend pas se substituer à la critique esthétique, en proclamant toute beauté relative, elle l'éclairé, elle lui vient en aide, en la familiarisant avec les diverses formes du beau. Poussée à l'extrême, elle devient la négation même de l'art. Elle ne se propose plus de rendre l'appréciation de l'œuvre plus juste et plus complète, mais seulement de constater les faits dont elle est la résultante. Elle ne loue ni ne blâme ; elle se borne à noter le caractère de l'ouvrage qu'elle étudie et les causes qui l'ont déterminé, à expliquer comment telle production a dû naître dans tel milieu, comme telle plante dans tel terroir. L'une n'a pas plus de perfection que l'autre : ce sont des manifestations diverses de la vie intellectuelle, également curieuses pour un historien, pour un philosophe, comme les divers types de la vie animale ou végétale pour un naturaliste. « Le critique, dit M. Taine, est le naturaliste de l'âme. 11 accepte les formes diverses, il n'en condamne aucune et les décrit toutes ; il juge que l'imagination passionnée est une force aussi légitime et aussi belle que la faculté métaphysique ou que la puissance oratoire; au lieu de la déchirer avec mépris, il la dissèque avec précaution; il la met dans le même musée que les autres, et au même rang que les autres 2. »

Un autre danger de la critique historique portée à l'excès, c'est qu'elle tend à supprimer la valeur, l'action personnelle de l'écrivain, en exagérant l'influence du milieu, du moment,

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