‹ LES CRITIQUES LETTERAIRESChapitre 16 sur 243 · PRINCIPAUX CRITIQUES FRANÇAIS · texte numérisé non relu

PRINCIPAUX CRITIQUES FRANÇAIS

François-René, vicomte de Chateaubriand, né à Saint-Malo le 4 septembre 1768, était le dernier de dix enfants. Il fut élevé au château de Combourg, puis envoyé au collège de Dol, pour s'y préparer à entrer dans la marine royale. Il est mis ensuite au collège de Rennes, et de là il se rend à Brest pour y chercher son brevet d'aspirant. Sans l'attendre il retourne brusquement à la maison paternelle, part bientôt pour Cambrai, en qualité de sous-lieutenant au régiment de Navarre. Il vient à Paris vers 1788, fréquente les gens de lettres, puis, en 1791, part pour l'Amérique du Nord avec le dessein de découvrir le passage polaire : il se contente de visiter les États-Unis, et en janvier 1792 il débarque au Havre et retourne en Bretagne. Il se marie, et va aussitôt rejoindre les émigrés. Il assiste au siège de Thionville, est laissé pour mort pendant la retraite des Prussiens, et, après mille épreuves, gagne enfin Londres. C'est là qu'il publie en 1797 son premier ouvrage, VEssai sur les révolutions anciennes et modernes, considérées dans leurs rapports avec la Révolution française. Rentré en France, il donne Atala, et bientôt après le Génie du Christianisme (1802), où il apprécie d'une manière neuve et originale au point de vue chrétien les chefsd'œuvre de la littérature moderne. Pour s'attacher l'auteur, le pre~ mier consul le nomme secrétaire d'ambassade à Rome, puis chargé d'affaires dans le Valais. A la mort du duc d'Enghien, il donne sa démission. Il publie en 1805 René; l'année suivante il part pour Jérusalem, visite la Grèce, la Syrie, revient par l'Egypte, Tunis et l'Espagne. De ce voyage datent V Itinéraire de Paris à Jérusalem et les Martyrs, sorte d'épopée en prose. En 1811, élu par l'Académie françiLise pour succéder à Chénier, les allusions hardies qu'il fait dans son discours aux souvenirs de la Révolution et au présent

Irritent Tempereur, et il ne peut être reçu. Plein de rancune à regard de l'Empire, il écrit en 1814 son pamphlet De Buonaparte et 'des Bourbons. 11 entre alors k pleines voiles dans la politique. 11 accompagne Louis XVIII à Gand pendant les Cent-jours; à la seconde Restauration, il est nommé pair de France, est un instant ministre d'État, puis, privé de son titre, se jette dans l'opposition (1816). Plus tard, il se rapproche de la cour et est envoyé successivement comme ambassadeur à Berlin et à Londres, Ministre des affaires étrangères en 1822, il se déclare pour l'intervention de la France en Espagne. Disgracié brusquement en 1822, il s'occupe de publier ses Œuvres complètes, où figurent pour la première fois les Natchez, les Aventures du dernier Abencerage et une tragédie de Moïse, Envoyé comme ambassadeur à Rome par M. de Martignac, il rentre un an après dans la vie privée. Hostile au gouvernement de Louis- Philippe, il se mêle à des intrigues légitimistes qui le font traduire devant le jury en 1832. En 1833, il se rend à Prague auprès des Bourbons exilés pour y parler en faveur de la duchesse de Berry, échoue, et consigne dans ses Mémoires d'outre-tombe l'expression •de son désenchantement.

Les lettres occupèrent la fin de sa vie. On sait assez ce qu'il réunissait d'admirateurs dans le salon de M™o Récamier. 11 mourut le 4 juillet 1848. 11 avait demandé à être enterré au rocher du Grand- Bé, dans la rade de Saint-xMalo. Ses dernières années, comme bien des périodes de sa vie, avaient été marquées par des prodigalités et d'incessants besoins d'argent : afin d'assurer son repos, il ven- -dit pour 250,000 francs une fois payés et une pension annuelle de 42,000 francs ses Mémoires d'outre-tombe (1836).

Dans les ouvrages qui n'ont pas été cités, il faut mentionner ses

Études historiques (1831), un Essai sur la littérature anglaise (1836),

le Congrès de Vérone (1838) (il y raconte complaisamment le rôle

qu'il y joua, en 1822, comme ministre plénipotentiaire), et enfin la

Vie de Rancé (1844).

Quelques lignes du Génie du Christianisme feront connaître le point de vue nouveau auquel se placel'auteurpour juger les œuvres littéraires, en y recherchant l'intluence exercée par la religion chrétienne : « En traitant du génie de cette religion, comment pourrions-nous oublier son influence sur les lettres et sur les arts, influence qui a pour ainsi dire changé l'esprit humain? »

Page 1