‹ LES CRITIQUES LETTERAIRESChapitre 178 sur 243 · PERFECTION DE LA TROISIEME PARTIE DU <( GIL BLAS » DE LESAGE · texte numérisé non relu

PERFECTION DE LA TROISIEME PARTIE DU <( GIL BLAS » DE LESAGE

Les critiques espagnols ont été si frappés de l'exactitude et de la ressemblance de la peinture, le romancier leur a paru si parfaitement informé de faits si particuliers, ils ont enfin trouvé le détail lui-même des mœurs si profondément espagnol, que c'est de cette partie, qui cependant contient le moins d'imitations manifestes, qu'ils ont voulu tirer, par un tour inattendu, leurs plus forts arguments pour prétendre qu'un auteur espagnol avait seul pu tracer cet admirable tableau. Et, de fait, lorsqu'on se reporte du roman à l'histoire, il est impossible de ne pas admirer l'art prodigieux avec lequel Lesage a extrait de l'histoire générale ce qu'il en peut pour ainsi dire tenir dans la vie d'un simple Gil Blas. Le tableau ne déborde pas de son cadre ; il y demeure sévèrement, maintenant*. Et là où tant d'autres, comme accablés sous le nombre de renseignements de toute sorte que leur otTraient les anecdotes et les mémoires du temps, eussent laissé l'histoire envahir sur le roman, Lesage, en cela véritablement classique, est peut-être encore moins admirable pour ce qu'il met que pour ce qu'il omet, pour ce qu'il dit que pour ce qu'il sacrifie, pour ce qu'il montre enfin que pour ce qu'il nous laisse à deviner.

La satire en même temps est devenue moins âpre, eux moins dans la forme, la narration tout entière moins longue, et cependant plus ample. Les personnages, moins dessinés en caricature, sont plus naturels et plus vrais. Notons aussi Tart de poser et d'animer les ensembles. Il éclate, quand on compare ce troisième volume aux deux premiers, et le fourmillement de toutes ces foules de serviteurs ou d'empressés qui s'agilont dans le palais de l'archevêque, ou dans les coulisses du théâtre de Grenade, au caractère en quelque sorte individuel des aventures qui se succédaient ou plutôt s'em-

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