‹ LES CRITIQUES LETTERAIRESChapitre 206 sur 243 · INTÉRÊT DE LA TRAGÉDIE GRECQUE · texte numérisé non relu

INTÉRÊT DE LA TRAGÉDIE GRECQUE

Quand Phèdre, écrasée de terreur, tombe sur ses genoux en •criant : « Pardonne ! » c'est bien, si vous voulez, vers Minos qu'elle crie 2, mais nous comprenons que c'est surtout vers le Dieu de Racine.

Là est l'intérêt profond de quelques-unes de nos tragédies •classiques. Gomme le fond en est, si je puis dire, de beaucoup antérieur 3 à la forme, elles embrassent d'immenses parties de l'histoire des hommes et présentent simultanément, à des plans divers, l'image de plusieurs civilisations; Phèdre apeut- «Hre quatre mille ans, de par le Minotaure et les exploits de Thésée; elle a vingt-quatre siècles par Euripide, elle en a dixhuit par Sénèque, elle en a deux par Racine, et enfin elle est d'hier par tout ce que Racine n'y a peut-être pas mis et que j'y ai senti tout de même. Elle est de toutes ces époques à la fois; elle est éternelle, entendez contemporaine de notre race à toutes les périodes de son développement. Et voyez quelle ^Tandeur et quelle profondeur donne à l'œuvre la mythologie primitive dont elle est toute pénétrée. Quand Phèdre nommé son aïeul le Soleil, quand Aricie nomme son aïeule la Terre, nous nous rappelons soudain nos lointaines origines, et que la Terre et le Soleil sont en effet nos aïeux, et que nous tenons à Cyhèle par le fond mystérieux de nos êtres, et que nos passions ne sont en somme que la transformation dernière de forces éternelles et fatales et comme leur affleurement d'une minute à la surface de ce monde de phénomènes. Et ainsi (qui l'efit cru?) des impressions darwinistes finissent par se dégager de ■cette œuvre éminemment chrétienne.

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