vol. in-12; Calmann-Lévy éditeur, Paris
ser pour elle, elle reçoit leurs idées toutes faites, et elle aime mieux les répéter que de les comprendre. Sa seule fonction au monde est d'exprimer avec une magnificence incomparable le sentiment de la nature et les images de la passion.
La nature, elle la voit bien, puisqu'elle la voit belle. La nature n'est que ce qu'elle paraît : elle n'est en soi ni belle ni laide. C'est l'œil de l'homme qui fait seul la beauté du ciel et de la terre. Nous donnons la beauté aux choses en les aimant. L'amour contient tout le mystère de l'idéal. M. Garo nous rappelle à propos, dans son livre, un trait charmant de cette grande et naïve amante des choses, dont l'âme était en harmonie avec les fleurs des champs : « En portant mes mains à mon visage, dit George Sand, je respirai l'odeur d'une sauge dont j'avais touché les feuilles quelques heures auparavant. Gelle petite plante fleurissait maintenant sur la montagne à plusieurs lieues de moi. Je l'avais respectée; je n'avais emporté d'elle que son exquise senteur. D'où vient qu'elle l'avait laissée? Quelle chose précieuse est donc le parfum, qui, sans rien faire perdre à la plante dont il émane, s'attache aux mains d'un ami et le suit en voyage pour le charmer et lui rappeler longtemps la beauté de la fleur qu'il aime? Le parfum de l'âme, c'est le souvenir... »
Elle était en communion perpétuelle avec la nature, et ne pouvait respirer un brin de sauge sans sentir en elle le Dieu inconnu. Ne nous laissons point tromper par les grands mots d'art et de vérité. Le secret du beau est à la portée des petits enfants. Les humbles le devinent quelquefois plus vite que les superbes*. Aimer, c'est embellir; embelHr, c'est aimer.
L'art naturaliste n'est pas plus vrai que l'art idéaliste. M. Zola ne voit pas l'homme et la nature avec plus de vérité que ne les voyait M™® Sand. Il n'a pour les voir que ses yeux, comme elle avait les siens. Le témoignage qu'il porte des choses n'est qu'un témoignage individuel. Il nous dit comment la nature vient se briser contre lui, 'ni plus ni moins; mais il ne sait ce qu'est l'univers, ni s'il est. Naturalistes