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Danse prjrenrale où l'on défile en se tenant par la main

lions. Autrefois on disait fécondité et puissance, aujourd'hui Ton dit tisane... Soyez de la Société de tempérance. Un bon livre de critique est un traité sur les dangers de la boisson. Défense de lianter le cabaret du sublime... Passez votre vie a vous retenir. »

Etc., etc. Car Hugo n'est jamais «sobre », et le propre de ce genre d'esprit est précisément l'intempérance. De même dans la Réponse à un acte d'accusation et dans A propos d'Horace, des images inattendues et fantasques éclatent comme des fusées bariolées : J'ai mis le bonnet rouge au vieux dictionnaire. — J'ôtaiducoudu chien stupéfait son collier d'épithètes. — L'emphase frissonna dans sa fraise espagnole. — J'ai de la périphrase écrasé les spirales, — Sur le Racine mort le Campistron pullule (excellent). — On rencontre encore souvent cette forme de la satire par le grotesque dans Napoléon le Petit, livre qu'on ne lit déjà plus, parce que c'est une œuvre de circonstance, mais dont il faudrait tirer quelques pages, superbes de vraie éloquence, ou étincelantes d'ironie.

Mais, remarquez-le, cet esprit est relativement facile, et, en son fond, il est très vulgaire. Le heurt des mots entrechoqués d'une main vive et très habituée au vocabulaire en fait presque tous les frais. C'est pour cela, encore qu'il n'y ait aucune raison de le proscrire, qu'il est un danger quand on n'en a pas d'autre. L'esprit bouffon mène à dire des choses amusantes; mais l'esprit vrai mène surtout, ce qui est bien plus important, à ne pas dire de sottises. Et l'esprit bouffon, non surveillé par l'esprit vrai, a parfois une autre suite, désastreuse, qui est de se prendre au sérieux. Il arrive que Victor Hugo prend pour une idée et quelquefois pour une découverte une fantaisie que lui souffle le démon burlesque qui est son génie familier. C'est alors qu'il s'écrie : Nomen, Numen, Lumen^, très sérieusement, ou que, voyant la lune se lever, il dit avec gravité : « Dieu officie, et voici l'élévation. » Le passage du burlesque qui s'amuse au burlesque qui devient dupe de luimême et se prend subitement pour une métaphysique, est

1. Ces trois mots latins signiflent ; Nom, puissance, lumière, et n^ont, par conséquent, d'autre rapport entre eux que celui des consonaïuces.

très sensible dans cette jolie Réponse à un acte d'accusation que nous citions tout à l'heure. Dans toute une première partie, d'un badina^e un peu lourd, mais amusant en somme, le poète s'égaye. «Allons, oui! dit-il, je suis un affreux perturbateur. J'ai déchaîné l'émeute dans la langue française et terrorisé Batteux^? J'ai été le « buveur du sang des phrases ». Voilàt-il pas une grosse affaire?» Puis, tout à coup, il se ravise : « Mais oui, c'est une grosse affaire, et j'ai tort d'en faire un jeu. Car qui délivre le mot délivi^e l'idée, et qui délivre l'idée affranchit les hommes, et c'est ainsi que Théophile Gautier est un continuateur de la Révolution française; et le mot c'est le verbe, et le verbe c'est Dieu, d'où il suit que tout homme qui remplace une périphrase par une métaphore est un Christ. » Il ne dit guère moins. Il a perdu pied. Il a subi la fascination d'une plaisanterie qu'il a faite jusqu'à la prendre pour un Sinaï^. C'est dans ce cas, et malheureusement dans quelques autres, que le mot féroce de Veuillot : « Jocrisse àPalhmos» ne semble que dur. On a très bien dit que l'esprit ne suffît à rien, et sert à tout. On pourrait même dire qu'insuffisant en toute chose, il est nécessaire en toute chose, même dans le génie, qu'il empêche de déraisonner. Or, de l'esprit, Hugo «n a, mais d'un certain genre; et il a le genre d'esprit qu'on a d'ordinaire quand on n'en a pas assez.

Pourquoi relever un défaut de dixième ordre chez un homme qui a des facultés de premier rang? — Parce que ces facultés ont presque constamment souffert du voisinage de ce défaut; parce que ce sont leurs défauts qui limitent les hommes, et qu'en ce moment je m'attache surtout à fixer les limites d'Hugo, ne sachant pas d'autre méthode pour définir que de délimiter.

{Études littéraires sur le dix-neuvième siècle, Victor Ilugo,lW,)

1. lUrrRirx (1713-1780), littérateur, professeur de philosophie au collège de Friinre, «t chanoine honoraire de l'église de RcMms. On a de lui, entre autres, un Cours i/e belles-lettres et de nombreuses traductions.

2. JusquW croire qu'elle était grande et élevée, qu'elle était une révélation.

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