LA SENSIBILITÉ DE MICHELET
U a été surtout un homme de sentiments vifs et infiniment toiidres, un homme de sympathie, de pitié, d'amour profond et inquiet. Très refoulé et meurtri dans son enfance malheureuse et précaire, il ne pouvait être que très haineux ou très attendri, nullement banal de cœur. Le fond était bon, il fut aimant; il fut presque tout amour, d'une sensibilité qui aimait à se répandre, à s'épancher, qui cherchait des objets, et qui en créait presque pour en trouver. Virgile, dit-il, lui a donné le don des larmes. Il l'a bien plus que Virgile, et bien plus aussi la tendresse vraie, le besoin d'aimer. Il faut remonter plus haut que la vieille Rome pour trouver qui lui ressemble en cela. On dirait plutôt un Indien primitif, un rédacteur du Ramayana^, tout plein, non seulement du sentiment de la vie universelle, mais d'une pitié, plus encore, d'une affection fraternelle pour toute créature, surtout pour les humbles, les déshérités et les plus faibles, ce qui est la marque même d'un cœur aimant.
La femme, l'enfant, le pauvre, le peuple, l'exilé, le proscrit; plus bas, l'animal, cette àme obscure et empêchée, qui semble réclamer un droit, qu'on lui mesure, à la pensée et au sentiment ; plus bas encore, ou plus loin de nous, l'arbre, la plante, l'élément même, qui semble aveugle et monstrueux; la mer, le glacier, ces terreurs de l'homme, nos auxiliaires pourtant et nos grands nourriciers, qui nous font et refont incessamment la vie éternelle, entretenant nos corps et nos âmes, et,. qui sait? âmes eux-mêmes peut-être; ce primitif égaré dansnos âges, aiguisé du reste de toute la science et toute la pénétration de pensées contemporaines, contemple, admire, embrasse tout cela, poursuit tout cela d'une sympathie toujours allumée et renaissante.
L'un des objets le mène à l'autre. C'est dans le livre du Peuple qu'est le premier germe du livre de l' Oiseau, et à Finverse, dans le pauvre pic de nos forêts, robuste ouvrier qui