‹ LES CRITIQUES LETTERAIRESChapitre 25 sur 243 · La mort de Catherine d'Aragon dans Henri VJII · texte numérisé non relu

La mort de Catherine d'Aragon dans Henri VJII

2. Le duc de Clarence, dans Richard TIL Z. Le cardinal de Wolsey, dans Henri \IIl,

Lors même que Shakespeare représente des personnage» dont la destinée a été illustre, il intéresse ses spectateurs à eux par des sentiments purement naturels. Les circonstances sont grandes; mais l'homme diffère moins des autres hommes que dans nos tragédies. Shakespeare vous fait pénétrer intimement dans la gloire qu'il vous peint; vous passez^ en l'écoutant, par toutes les nuances , par toutes les gradations qui mènent à l'héroïsme ; et votre âme arrive à cette hauteur sans être sortie d'elle-même.

(De la littérature, ch. xiii.)

NEPOMUCENE LEMERCIER

Népomucène-Louis Lbmercier, né à Paris le 21 avril 1771, montra de bonne heure un goût très vif pour le théâtre. Son véritable début dans la tragédie, Agamemnon, fut un triomphe (1797); mais le reste de sa carrière dramatique fut presque toujours malheureux, et les sifflets accueillirent plus d'une fois ses difl'érentes pièces. Dans ses essais estimables, on peut citer la comédie historique de Pinto» ou la Journée d*une conspiration; celle de Richelieu, ou la Journée des dupes; Plante , ou la Comédie latine; dans ses tragédies, il suffit de citer pour mémoire le Lévite d^Éphraïm , CharlemagnCr Jdule et Orovêse, Clovis, Charles F/, Frédégonde et Brunehaut, Richard III et Jeanne Shore.

Lemercier s'est essayé dans des genres variés. En 1799, il avait donné les Quatre Métamorphoses , agréablement versifiées, mais trop libres. 11 a cherché, sans succès, des sujets ou des cadres nouveaux. Homère, Alexandre, les Ages français, attestent son impuissance. 11 faut y joindre VAtlantiade, poème scientifique où la mythologie est remplacée par des symboles empruntés aux forces ou aux phénomènes de la nature. La Panhypocrisiade, ou le Spectaele infernal du seiziènie siècle {iSi9), est encore plus étrange : c'est à la fois une satire et une comédie où, au milieu d'innombrables bizarreries, brillent des scènes d'une rare énergie.

11 avait encouru la défaveur de Napoléon , du jour où il avait renvoyé au consul son brevet de la Légion d'honneur. Au théâtre comme dans la vie, il eut plus d'une fois à soufifrir de la mauvaisehumeur du maître. De 1811 à 1814, il donna à l'Athénée des leçons qu'il a réunies sous le titre de Cours analytique de littérature générale. Il était entré à l'Académie française en 1810. Il mourut le 7 juiu 1840. Sous la Restauration et sous le gouvernement de juillet, il avait publié ou fait représenter, mais trop lard pour le goût du public, ceux de ses ouvrages qu'il n'avait pu donner sous l'Empire.

Il indique lui-môme, dans l'introduction de son Cours de littérature, le caractère dogmatique qu'il veut imprimer à la critique littéraire : « Le goût, dit-il, n'est que le ministre d'une raison parfaite. Si vous y regardez attentivement, vous apercevrez qu'elle lui dicte ses lois impérieuses. D'où vient que Corneille, Racine, Molière et

La Fontaine ont gardé tant de pouvoir sur les esprits? C'est que le fond de leurs ouvrages est le bon sens. Qu'est-ce qui forme en Démosthène et chez les autres fameux orateurs le corps même de leurs discours? C'est la raison forte ou invincible; leur élocution n'en est que le juste vêtement. Le devoir des écrivains est de transmettre une saine philosophie , de défendre au tribunal du sentiment les droits de la morale publique et privée, et la cause des vertus attaquées; s'ils oublient le but de leur profession, leur art n'est qu'un amusement vain et pernicieux; ils ignorent que les belles-lettres exercent par leur influence une magistrature d'opinion. »

LA qRITIQUE

... Nous goûterons une volupté plus profitable à envisager les beautés sous leurs diverses faces, qu'à nous appesantir sur les défauts qui leur sont contraires. Eh ! ne nous y trompons pas, Messieurs, notre goût se formera mieux aujourd'hui en apprenant à distinguer le beau et à l'admirer, qu'en nous exerçant à censurer sans relâche : l'envieuse impuissance de produire renouvela dans tous les âges dégénérés la pernicieuse manie de critiquer opiniâtrement. On glace tout, on anéantit la poésie par les raisonnements froids d'une métaphysique partiale et maligne. On se débat contre les talents, on flétrit les jouissances qu'ils donnent, on tue l'inspiration, on se rend incapable de la sentir. Je ne nierai pas que la décomposition attentive des poèmes ne soit utile aux progrès de l'art ; mais ne doit-elle avoir pour but que de les dissoudre après les avoir dépecés ? Ne cherche-t-eJle en eux que des -causes de mortalité, et non des sources de vie ? Croit-on que la finesse de l'esprit ne se manifeste pas bien mieux à démêler un sentiment délicat, une fiction adroite, un trait saillant de l'imagination, à faire ressortir une sublimité d'invention ou d'harmonie ? Le goût qui relève l'exquis est-il moins rare que celui qui ne saisit que les fautes ? Autant la sécheresse de celui-ci vous lasse et vous rebute, autant la bienveillante pénétration de celui-là vous procure de fruit et de plaisir. Ne juge-t-on de beaux édifices que l'équerre à la main, en comptant toutes les pierres qui les composent, en analysant le ciment qui les a jointes, en en découvrant pièce à pièce toute

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la charpente, de façon à les démolir de fond en comble ? Faisons entendre le fameux Âddison à ma place : sa célébrité donnera plus de poids à son opinion qu'à la mienne , et la confiance qu'elle inspire entraînera mieux votre assentiment : « Un vrai critique, dit-il, s'arrête plutôt sur les beautés que sur les défauts ; il songe à découvrir le mérite caché d'un écrivain, et à communiquer au public les choses qui méritent de l'estime. Les mots les plus choisis et les plus beaux termes d'un auteur sont ceux mêmes qui fort souvent paraissent hasardés et défectueux à un homme qui manque de goût, et ce sont presque toujours ces endroits qu'un critique fâcheux et superficiel attaque avec le plus d'aigreur.

« Cicéron observe qu'il est fort aisé de censurer, ou de relever ce qu'il appelle verbum ardens (traduit en français par « une expression hardie », mais qui veut dire, littéralement, « expression enflammée »), et qu'il est facile de le tourner en ridicule par une froide et maligne critique : un petit esprit est également capable de condamner une beauté, et de faire un grand bruit sur une légère faute. Quoique ce procédé excite naturellement l'indignation d'un lecteur judicieux, il ne laisse pas de faire impression sur l'esprit du public, qui ne manque jamais de croire que tout ce qui est tourné en ridicule, avec quelque esprit, est absurde. »

(Cours de littérature, 3° partie. Épopée.)

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