‹ LES CRITIQUES LETTERAIRESChapitre 3 sur 243 · Voltaire, Dictionnaire philosophique : Critique · texte numérisé non relu

Voltaire, Dictionnaire philosophique : Critique

4. Th. Gautier, Préface de Al^^' Afaupin, o. RicHEPiN, Préface de la Glu,

îent, le génie, comme vassal de la critique, et à revendiquer pour leurs décisions une autorité souveraine. « Si on voulait dire, écrit un des critiques les plus considérables de notre temps, qu'aucune littérature moderne eût pu se développer ou se soit en effet développée en dehors et indépendamment de la tutelle ou de l'action de la critique, on aurait tort... Voilà bientôt, en effet, trois cents ans, ou même un peu plus, que la critique est vraiment l'âme de la littérature française ^ »

Or, s'il est vrai que l'écrivain créateur ne doive pas s'assujettir aux règles de la critique quand elle se fait esclave de conventions étroites qu'elle impose comme des lois, rien ne l'autorise à se proclamer infaillible ; il est tenu de se conformer aux conditions éternelles du vrai et du beau; et s'il s'en écarte, si grand qu'il soit, il devient justiciable de la critique. Ce droit de censure, le grand Corneille le reconnaît à tout le monde, dans l'examen qu'il fait de sa tragédie d'Horace. « Tous veulent, dil-il, que la mort de Camille en gâte la fm, €t j'en demeure d'accord 2. » D'un autre côté, s'il n'est pas douteux que la critique exerce une influence considérable sur les auteurs comme sur le public, et qu'elle contribue à former le goût, lorsqu'elle est à la fois éclairée et impartiale, c'est aller trop loin que de placer le génie sous la tutelle de la critique, qui n'existerait pas sans lui, qui lui doit par conséquent bien plus qu'elle ne lui donne, et dont Horace comparait modestement l'ofQce à celui de la pierre à aiguiser, « qui peut faire couper le fer, mais qui ne peut pas couper •elle-même » :

Fungar vice colis, acutum Reddere quae ferrum valet, exsors ipsa secandi^.

La vérité est que l'homme de génie obéit à des lois supérieures dont il est tenté de se croire indépendant, parce que souvent il les applique par une sorte d'intuition spontanée ; <l\ie le critique, à son tour, est dépendant des mêmes lois ; et, comme il a pour mission de les rappeler au génie quand celui-ci les méconnaît, il est tenté de croire que c'est lui qui les établit, tandis qu'il ne les connaît d'ordinaire que par les

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