Horace, Art poétique, v
chefs-d*œuvre où les esprits créateurs les réalisent, guidés par une inspiration féconde, et, par-dessus tout, grâce aux philosophes qui ont découvert et mis en lumière les lois qui gouvernent l'esprit et le cœur de l'homme.
Car il faut aller plus loin : dès qu'il s'agit de doctrine, c'est à la philosophie qu'il faut recourir, puisqu'elle seule remonte en toute chose jusqu'aux principes. H en est du critique comme du moraliste.
Quand La Bruyère ou La Rochefoucauld juge la conduite des hommes, lorsqu'il blâme ou loue leurs actions, il le fait nécessairement en vertu de quelque principe de morale. Mais ce principe, ce n'est pas lui qui Ta posé ; c'est un philosophe, c'est un Platon, un Aristote, un Épicure, un Zenon, dont il applique la doctrine. De même ce n'est pas le critique, mais le philosophe qui, par de profondes méditations sur la nature et le jeu de nos facultés, établit les véritables conditions du beau, dont les chefs-d'œuvre des maîtres sont l'expression. Ce n'est pas que ces conditions ne soient très simples. Gomme le dit avec raison Molière : « Il semble, à vous ouïr parler, que ces règles de l'art soient les plus grands mystères du monde ; et cependant ce ne sont que quelques observations aisées que le bon sens a faites sur ce qui peut ôter le plaisir que l'on prend à ces sortes de poèmes. Et le même bon sens qui a fait autrefois ces observations les fait fort aisément tous les jours sans le secours d'Horace et d'Aristote^ » Molière aurait peut-être, en effet, pratiqué d'instinct les règles de l'art pour la comédie, sans le secours d' Aristote, comme avaient fait Homère pour l'épopée, Eschyle pour la tragédie. Mais lorsqu'il s'agit de déterminer ces règles avec une précision rigoureuse, de les rattacher à leur principe, d'en démontrer la légitimité en remontant aux lois fondamentales de l'esprit, ce n'est plus l'œuvre du critique ou du poète, mais du philosophe. Ce n'est pas Aristarque, le célèbre commentateur d'Homère, dont le nom pourtant est devenu synonyme de juge éclairé et impartial; ce n'est pas Horace, l'auteur de VÉpître aux Pisons, qui a fixé les conditions essentielles du poème épique ; c'est un de ces esprits profonds qui s'élèvent des faits aux lois et aux causes ; c'est Aristote qui, dans sa Poétique, a ramené à ses prin-