L*OMBRE
Me venger sur ma tombe.
ALCMEON.
Et de qui ?
l'ombre.
De ta mère.
ALCMÉOX.
Ma mère !... Que dis-tu ? Quel oracle confus... Mais l'enfer le dérobe k mes yeux éperdus.
Voltaire î brillant génie, prodigieux esprit, quelle leçon de goût n'auriez-vous pas dû recevoir ici de l'inculte Shakespeare ?
Est-il rien de plus froidement invraisemblable que ce merveilleux devant tout un peuple et en plein midi? Est-il rien de plus faible que les paroles d'Alcméon? Où est la terreur, la solitude, l'égarement d'Hamlet ?
Cependant Voltaire, dans Sémiramis, a fait de nouveau reparaître cette ombre en grande compagnie, et encouru les plaisanteries de Lessing.
Loin d'accuser Voltaire d'avoir pillé le théâtre anglais,
avouons qu'il en a parfois méconnu les richesses. Il n'y voyait
qu'une idée à prendre, une étincelle à faire jaillir du caillou
brut. Un art plus hardi et plus neuf en aurait tiré davantage.
(La Littérature au dix-huitième siècle, neuvième leçon '. )