BUFFON
La peinture vraie ou conjecturale des mœurs des animaux, la description des lieux qu'ils habitent, et, en contraste, ce mélange de la nature vivante et de la nature inanimée offraient de vives couleurs. Pline ^ les a quelquefois saisies, dans leurs plus grandes diversités. Qu'il décrive le lion ou le rossignol, il est tour à tour énergique et brillant. Avec le même éclat
1. 4. vol. in-J2, Paris, librairie académique Didier; Perrin et €'• éditeurs. -1. Pline l'Ancien, célèbre naturaliste romain (23-79; da notre ère), alaiàsé un© Histoire naturelle en trente-sept livres.
Buffon est plus égal, plus élevé, plus pur. Pline appartenait à cette école d'imagination plutôt que de goût qui produisit dans Tacite un peintre incomparable, mais qui partout ailleurs est empreinte de déclamation et de subtilité. Homme de lettres bien plus que de science, Pline jette souvent sur des fables ou des idées fausses un style recherché. Buffon, éclairé des lumières de la science moderne, est sévère et précis dans ses descriptions même les plus ornées. Sa diction, plus irréprochable que celle de Rousseau, n'a pas les affectations qui se mêlent parfois au style si français de Montesquieu. Par un autre privilège bien rare, pendant quarante années on n'aperçoit pas de déclin ni de fatigue dans son talent ; et si Ton excepte quelques circonlocutions inutiles, quelques phrases pompeuses, tout dans ses écrits semble également jeune et mûr, vigoureux et poli. Souvent avec une préoccupation savante, qui n'est pas moins expressive que la naïveté du fabuliste*, il transporte à la peinture morale des animaux plus d'un trait emprunté à la nôtre ; et il décrit leurs forêts et leurs déserts par la force de Fimagination, comme s'il les avait parcourus. Quoi qu'en ait dit un illustre écrivain^, la bonté de cœur n'est pas étrangère à ses récits. S'il a oublié le chien de l'aveugle, et avec lui l'image chrétienne du malheur et de la charité, il n'est aucun bon sentiment qu'il ne cultive et ne rappelle, l'amour de la paix, de la vertu, du travail, de la gloire.
Heureux de ses études, de sa grande renommée, s'accommodant doucement des mœurs de son temps, il n'a ni cette misanthropie ni cette verve amère de quelques philosophes ; mais il n'en est pas moins ami de l'humanité, sans déclamation'; et, quoiqu'il fût seigneur un peu fastueux dans sa terre de Montbard, il exprime souvent des idées touchantes et pra-